Pays confronté aux conflits armés, à l’activisme des groupes armés et victime d’agressions répétées, la République démocratique du Congo a pris part au débat de la 10 226e séance du Conseil de sécurité des Nations Unies, tenue sous la présidence de la France et consacrée à l’avenir des opérations de maintien de la paix. Nicolas Mupepe Matomene, Ministre-Conseiller et Coordonnateur politique adjoint à la Mission permanente de la RDC auprès des Nations Unies, a défendu la position de Kinshasa en plaidant pour une transformation des opérations de paix, fondée sur leur adaptation aux réalités du terrain, des mandats assortis de moyens adéquats et un partenariat permanent avec les États hôtes.
La délégation de la République démocratique du Congo, qui appelle également à une articulation renforcée entre le maintien de la paix, la consolidation de la paix, la prévention et la médiation, a insisté sur la nécessité de garantir des ressources financières suffisantes aux missions de maintien de la paix afin de leur permettre d’exécuter efficacement les mandats qui leur sont confiés.
« Nous le faisons non pas en observateur, mais à partir d’une expérience de plus de deux décennies, avec ses acquis, ses difficultés, ses attentes parfois déçues, mais aussi avec la conviction que le maintien de la paix demeure l’un des instruments les plus précieux dont dispose notre Organisation. Cette expérience nous enseigne surtout que l’avenir du maintien de la paix ne saurait se penser à travers des solutions uniformes », a déclaré, vendredi 18 septembre 2026, Nicolas Mupepe Matomene, membre de la délégation de la RDC auprès de l’ONU.
La crise de liquidité au cœur des préoccupations
Au-delà de la transformation des mandats, la RDC a mis l’accent sur la situation financière des opérations de maintien de la paix. Pour Kinshasa, les difficultés budgétaires auxquelles font face les Nations Unies ont des conséquences directes sur les capacités opérationnelles des missions déployées sur le terrain.
Pour la RDC, la recherche d’efficience ne devrait donc pas se traduire par une diminution progressive des moyens indispensables à l’exécution des mandats décidés par le Conseil de sécurité.
« La crise de liquidité que traversent les opérations de paix ne constitue pas une difficulté comptable abstraite. Elle se traduit sur le terrain par des capacités réduites, une présence moindre dans certaines zones, des moyens de réaction plus limités et, en définitive, une protection affaiblie pour les populations civiles. La recherche d’efficience ne saurait conduire à priver progressivement les missions des moyens nécessaires à l’exécution des mandats que nous leur avons nous-mêmes confiés », a-t-il insisté.
Face à cette situation, la délégation congolaise soutient le développement de mécanismes permettant d’assurer un financement plus prévisible et durable des opérations de maintien de la paix conduites par les organisations régionales, notamment l’Union africaine.
La résolution 2719 du Conseil de sécurité, adoptée en décembre 2023, constitue notamment un cadre destiné à permettre le financement des opérations de soutien à la paix menées par l’Union africaine à partir des contributions mises à disposition des Nations Unies.
« Ma délégation soutient à cet effet le développement de mécanismes de financement prévisible et durable pour les opérations de maintien de la paix conduites par les organisations régionales, notamment l’Union africaine, et considère que la résolution 2719 doit pouvoir pleinement déployer son potentiel », a déclaré Nicolas Mupepe Matomene.
Protéger les casques bleus
La RDC a également soulevé la question de la sécurité du personnel des Nations Unies.
« Repenser les opérations de paix implique aussi de protéger celles et ceux auxquels nous demandons de servir sous le drapeau des Nations Unies. Les attaques contre les Casques bleus et le personnel civil de l’Organisation, les restrictions à leur liberté de mouvement, ainsi que les détentions arbitraires de personnels onusiens sont autant d’atteintes à notre capacité collective d’agir ».
Cette question revêt une importance particulière pour la RDC, où la MONUSCO est confrontée à un environnement sécuritaire complexe dans les provinces de l’Est du pays où des centaines de groupes armés opèrent, dont le M23.
« Le gouvernement de la République démocratique du Congo a constamment rappelé que la liberté de mouvement de la MONUSCO, son accès aux zones affectées et la levée des restrictions imposées par les forces négatives, notamment le M23, demeurent indispensables à l’accomplissement de son mandat », a souligné Nicolas Mupepe Matomene.
Cette interpellation de la République démocratique du Congo intervient dans un contexte financier particulièrement difficile pour les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Dès octobre 2025, la MONUSCO était concernée par le plan d’urgence prévoyant une réduction de 15 % des dépenses imposées aux différentes missions onusiennes, selon les explications fournies à ACTUALITE.CD par un haut fonctionnaire des Nations Unies. Cette mesure intervenait alors que la mission déployée en RDC traversait déjà une période sensible, marquée par la perspective d’un retrait progressif de certaines zones du pays.
« La MONUSCO est concernée, tout comme d’autres missions, par la mise en œuvre du plan d’urgence », avait expliqué ce responsable. Il avait toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas d’une décision visant spécifiquement à réduire les capacités de la mission.
« Cependant, ce n’est pas dans le sens d’une réduction volontaire de ses capacités, mais plutôt une adaptation à la situation. Il faut dissocier cela de la question du plan de retrait, qui, pour le moment, est en quelque sorte mis en veille, compte tenu de tout ce qui se passe », avait-il ajouté.
Selon ce haut fonctionnaire, la MONUSCO avait auparavant négocié un calendrier de retrait et avait déjà engagé son désengagement du Sud-Kivu. Toutefois, la dégradation de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC a considérablement modifié cette perspective.
« La MONUSCO avait négocié un plan de retrait », avait-il rappelé, précisant que la mission avait déjà amorcé son désengagement du Sud-Kivu. Mais « l’offensive du M23 et les conséquences qui en ont découlé, ainsi que d’autres événements, ont profondément modifié la perspective ».
Clément MUAMBA