La 9e édition de la Grande rentrée littéraire de Kinshasa se tiendra du 10 au 12 septembre 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles. Placée sous le thème "Littérature : gardienne des mémoires et clé du développement intégral", cette édition entend mettre en lumière le rôle du livre et des écrivains dans la sauvegarde de la mémoire, la construction d’un avenir commun et la promotion de la paix. Elle sera notamment marquée par la participation du Congo-Brazzaville, invité d’honneur, ainsi que par un hommage à l’écrivain et philosophe congolais Valentin-Yves Mudimbe.
L’ouverture officielle est annoncée pour jeudi 10 septembre à 10 heures, dans la grande salle de spectacle du Centre Wallonie-Bruxelles. Selon Richard Ali, écrivain et directeur de la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles, le coup d’envoi devrait être donné par la Première ministre, Judith Suminwa, sauf changement de dernière minute.
Cette nouvelle édition intervient dans un contexte particulier pour le Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, qui célèbre cette année ses 40 ans d’existence.
Le choix du thème "Littérature : gardienne des mémoires et clé du développement intégral" traduit la volonté des organisateurs de réfléchir à la place de la littérature dans la société congolaise et, plus largement, dans les dynamiques de développement.
« On voulait cette année réfléchir autour de la question de la mémoire, mais aussi montrer que la littérature pourrait évidemment jouer un rôle majeur, un rôle important dans le développement intégral », a expliqué Richard Ali lors d’un point de presse organisé mardi 8 septembre à Kinshasa.
Au-delà de sa dimension artistique, la littérature est ainsi présentée comme un espace de transmission, de réflexion et de construction collective. Pour les organisateurs, le livre peut contribuer à préserver les récits individuels et collectifs, tout en permettant aux sociétés de mieux comprendre leur présent et de penser leur avenir.
Cette réflexion prendra une dimension particulière avec la programmation consacrée aux écrivains issus des régions touchées par les conflits dans l’est de la République démocratique du Congo.
« Voix de Goma », la littérature face aux conflits
Parmi les principaux rendez-vous de cette édition figure la table ronde "Voix de Goma", qui réunira plusieurs écrivains issus des régions de l’est de la RDC touchées par les conflits.
Cette rencontre entend mettre en lumière la parole des auteurs confrontés, directement ou indirectement, aux réalités de la guerre et de la violence. Elle sera également l’occasion d’interroger la capacité de la littérature à raconter ces expériences, à préserver la mémoire des événements et à contribuer à la réflexion sur les voies de la paix.
Pour Richard Ali, directeur de la Bibliothèque Wallonie-Bruxelles, le rôle de l’écrivain va au-delà du simple témoignage. Par l’écriture, les auteurs peuvent contribuer à faire évoluer les perceptions, à questionner les imaginaires et à ouvrir des espaces de dialogue dans des sociétés marquées par les conflits.
« La littérature sauve des vies. Elle contribue à transformer la façon de voir le monde parce que tout part de la pensée. Les auteurs font un travail très fort qui mérite d’être accompagné. On fait un travail pour la sauvegarde de la mémoire, mais aussi pour contribuer à la paix », a-t-il soutenu.
Dans cette perspective, la lecture et l’écriture sont également considérées comme des outils de socialisation et de dialogue. Elles peuvent, selon Richard Ali, contribuer à canaliser les tensions et permettre aux citoyens de se projeter autour d’un avenir commun.
Le Congo-Brazzaville, invité d’honneur : le livre comme trait d’union entre les deux rives
Autre temps fort de cette 9e édition : le Congo-Brazzaville sera, pour la première fois, l’invité d’honneur de la Grande rentrée littéraire de Kinshasa. Une importante délégation d’écrivains brazzavillois est attendue Kinshasa et pourrait être conduite par le ministre de la Culture du Congo-Brazzaville.
Cette participation inédite vient renforcer la dimension culturelle et panafricaine de la manifestation, organisée dans deux capitales séparées par le fleuve Congo, mais liées par une histoire et des affinités culturelles étroites.
Durant les trois jours de la rentrée littéraire, les auteurs venus de Brazzaville prendront part aux différentes rencontres inscrites au programme. Henri Djombo, écrivain et homme de culture congolais, figure parmi les personnalités particulièrement mises à l’honneur cette année.
Sa présence sera notamment marquée par une programmation théâtrale qui lui sera consacrée. Une soirée spéciale Henri Djombo est prévue chaque jour, avec des représentations de ses œuvres. Les spectacles débuteront à 18 heures lors des deux premières journées, tandis que la représentation du samedi 12 septembre est annoncée à partir de 16 heures.
À travers cette programmation, les organisateurs entendent faire de cette rencontre entre écrivains des deux Congo un moment de dialogue et de partage autour du livre, du théâtre et de la création. Le fleuve Congo, qui sépare géographiquement Kinshasa et Brazzaville, devient ainsi un espace de circulation des œuvres, des idées et des imaginaires.
Parmi les invités de cette 9e édition figure également l’écrivain belge Philippe Marczewski. Il est attendu à Kinshasa pour prendre part aux différentes activités de la rentrée littéraire.
Lauréat du prix Rossel, il animera plusieurs ateliers consacrés à la création littéraire à Kinshasa. Ces rencontres permettront notamment aux participants d’échanger autour de l’écriture et des pratiques de création.
Un hommage à Valentin-Yves Mudimbe
La 9e édition de la Grande rentrée littéraire de Kinshasa sera également marquée par un hommage à Valentin-Yves Mudimbe, figure majeure de la littérature et de la pensée africaine. Écrivain, philosophe et intellectuel congolais, il est reconnu pour sa contribution à la réflexion sur l’Afrique, sa culture et son histoire.
À travers cet hommage, les organisateurs souhaitent mettre en lumière l’héritage intellectuel et littéraire laissé par Mudimbe et rappeler l’importance de la transmission des œuvres et des idées aux nouvelles générations.
Un choix qui fait directement écho au thème de cette édition, consacré à la littérature comme « gardienne des mémoires ». Il s’agit ainsi de préserver la mémoire des œuvres et des penseurs qui ont contribué à façonner la littérature et la pensée africaines, tout en interrogeant leur portée pour les générations présentes et futures.
Durant les trois jours de la manifestation, le Centre Wallonie-Bruxelles accueillera une programmation riche et variée, avec notamment des rencontres littéraires, conférences-débats, panels, ateliers de création, expositions ainsi que des présentations et ventes d’ouvrages.
Un marché du livre offrira également aux visiteurs l’occasion de découvrir une diversité de publications et d’échanger avec les acteurs du monde littéraire.
Point culminant de cette édition, la remise du Prix Zamenga est prévue le 12 septembre, date de clôture de cette 9e édition de la Grande rentrée littéraire de Kinshasa.
James Mutuba