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RDC : une mine de cobalt du groupe chinois CMOC a dépassé les seuils légaux d'uranium pendant des années

Cobalt

Le minerai de cobalt exporté par la RDC contient des quantités d'uranium bien plus importantes qu'on ne le pensait, selon une enquête conjointe du Financial Times et de l'organisation de journalisme Lighthouse Reports (ACTUALITE.CD est partenaire) publiée jeudi, qui évoque un « risque de prolifération ».

Premier producteur mondial de cobalt, métal essentiel à la fabrication des batteries, la RDC verrait ses exportations contaminées, entre 2000 et 2024, par une quantité d'uranium suffisante, si elle était extraite et enrichie, pour produire 600 armes nucléaires ou alimenter pendant dix ans un réacteur d'un gigawatt, selon les calculs cités par l'enquête et fondés sur une étude parue jeudi dans la revue Nature Communications.

L'uranium se trouve naturellement dans la région dite de la « ceinture de cuivre », dans le sud du pays, qui abrite la mine de Shinkolobwe, à l'origine de l'uranium utilisé dans les bombes atomiques larguées lors de la Seconde Guerre mondiale, aujourd'hui fermée mais entourée de mines de cobalt-cuivre en activité.

Selon Florimond Kabanda, directeur de l'agence congolaise de sûreté nucléaire (CNPRI), cité par le Financial Times, le trafic de matières radioactives constitue une menace sécuritaire internationale croissante, aggravée par le conflit dans l'est du pays et la porosité des frontières. Il affirme que des matières radioactives ont été retrouvées dans des provinces orientales sous contrôle de groupes armés.

L'essentiel du cobalt congolais est destiné à la Chine, premier transformateur mondial de ce métal et puissance nucléaire, ce qui soulève, selon l'enquête, des interrogations sur un éventuel prélèvement d'uranium lors du raffinage. Plusieurs spécialistes de la non-prolifération, dont David Albright, de l'Institute for Science and International Security, jugent une telle extraction plausible, sans toutefois disposer de preuve directe. Pékin n'a pas répondu aux sollicitations du Financial Times.

L'enquête cite des documents internes montrant que les taux d'uranium dans le cobalt du site de Tenke Fungurume, propriété du groupe chinois CMOC, ont dépassé à plusieurs reprises les seuils légaux congolais entre 2016 et 2020. CMOC dément toute anomalie et affirme se conformer aux normes en vigueur. D'autres exploitants, dont Glencore et Eurasian Resources Group, ont par le passé suspendu ou adapté leur production après la découverte de problèmes similaires.

Selon Steve Muanza, responsable de l'agence congolaise de l'énergie nucléaire, cité par le Financial Times, les autorités congolaises sollicitent un financement international, estimé entre 12 et 15 millions de dollars, pour installer des détecteurs de radioactivité sur l'axe reliant la ceinture de cuivre à la Zambie. Des discussions seraient en cours avec les autorités américaines à ce sujet.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), basée à Vienne, indique n'avoir aucune indication que la RDC manquerait à ses obligations de garanties concernant les exportations de minerai de cobalt uranifère.