Le chercheur Christian-Géraud Neema estime que le silence des États-Unis face au projet de révision constitutionnelle en République démocratique du Congo pourrait, à terme, nuire aux intérêts américains dans le pays, en donnant l'impression d'un soutien implicite au président Félix Tshisekedi dans sa quête présumée d'un troisième mandat.
Dans une analyse publiée mardi, l'auteur affirme que le chef de l'État congolais présente le Partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC (SPA), signé en décembre 2025, comme une justification d'une révision de la Constitution, alors que, selon lui, l'accord ne requiert pas une telle modification. Il soutient que les adaptations prévues concernent le cadre fiscal, minier et réglementaire, et non la Constitution.
Selon Christian-Géraud Neema, cette interprétation du partenariat stratégique entraîne Washington dans le débat politique congolais et risque d'en faire, de facto, un soutien aux ambitions politiques du président Tshisekedi. Il relève que les autorités américaines n'ont jusqu'à présent ni confirmé ni démenti publiquement les affirmations du chef de l'État congolais.
L'auteur estime qu'une crise politique provoquée par une contestation d'un éventuel troisième mandat pourrait accroître le risque pays, décourager les investissements américains et compromettre les objectifs poursuivis par le partenariat stratégique, notamment l'accès aux minerais critiques et la concurrence avec la Chine.
Il rappelle que les États-Unis avaient, entre 2014 et 2018, publiquement appelé l'ancien président Joseph Kabila à respecter les limitations constitutionnelles des mandats et s'étaient opposés à toute modification de la Constitution susceptible de prolonger son maintien au pouvoir. Il souligne également que l'administration Trump a sanctionné Joseph Kabila en avril 2026 en invoquant notamment les précédents liés aux reports électoraux.
Christian-Géraud Neema avertit qu'une tentative de prolongation du mandat présidentiel pourrait superposer une crise politique nationale au conflit en cours dans l'est de la RDC, avec un risque d'extension des violences et d'instabilité. Il cite notamment les tensions existantes dans certaines régions, la mobilisation de l'opposition contre le projet de révision constitutionnelle et les fragilités au sein de l'appareil sécuritaire.
L'auteur conclut qu'une prise de position claire de Washington contre toute révision constitutionnelle destinée à permettre un troisième mandat contribuerait, selon lui, à préserver la stabilité politique de la RDC, à renforcer la crédibilité des États-Unis comme partenaire et à créer un environnement plus favorable aux investissements de long terme.