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RDC : malgré des besoins croissants, la crise humanitaire reste largement oubliée, MSF plaide pour un engagement renforcé afin de mettre fin à cette crise prolongée

Un centre de santé à Sake soutenu par MSF

Les crises humanitaires en République démocratique du Congo ne font plus souvent la une des journaux internationaux. Pourtant, pour des millions de femmes, d’hommes et d’enfants, l’urgence est quotidienne. Conflits armés persistants, épidémies récurrentes, déplacements massifs de populations, malnutrition chronique et accès limité aux soins de santé composent une réalité impitoyable.

Tel est le constat dressé dans le rapport 2025 de Médecins Sans Frontières (MSF), rendu public  vendredi 24 juillet 2026 à Kinshasa.

Face à cette accumulation de crises, précise le rapport, l’action humanitaire, notamment celle de Médecins Sans Frontières, reste vitale, mais elle ne peut, à elle seule, combler les lacunes d’un système de santé fragilisé. 

Depuis plusieurs décennies, rappelle le document, l’est du pays, notamment les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, est le théâtre de violences armées récurrentes.

« Ces violences ne se limitent pas à des affrontements entre groupes armés : elles affectent directement les populations civiles. Des villages sont abandonnés, des familles fuient sans rien, et des centaines de milliers de personnes vivent dans une précarité extrême, sans accès suffisant à l’eau potable, à la nourriture ou aux soins médicaux. Depuis le passage d’une grande partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sous le contrôle de l’AFC/M23, la situation humanitaire reste très préoccupante », souligne le rapport de MSF.

À l’ouest du pays, le rapport relève que des affrontements violents opposent les communautés Teke et Yaka dans les provinces du Kwango, du Maï-Ndombe et dans la périphérie de Kinshasa, aggravant davantage la situation humanitaire. 

Dans ces conditions, les maladies et la malnutrition deviennent aussi meurtrières que les armes. Selon MSF, l’impact sur le système de santé est dévastateur.

« De nombreuses structures médicales sont détruites, pillées ou tout simplement débordées. Le personnel de santé, souvent en nombre insuffisant, travaille dans des conditions extrêmement difficiles. Les patients arrivent tard, parfois après plusieurs jours de marche, dans un état critique. Dans l’ensemble du pays, des maladies pourtant évitables, comme la rougeole, le paludisme ou le choléra, continuent de faire des victimes, faute d’un accès rapide aux soins, en raison de ruptures récurrentes des stocks de médicaments et de vaccins » ajoute le rapport.

D’après le même document, à cela s’ajoute une autre crise, plus silencieuse mais tout aussi grave : le manque de financement humanitaire. Alors que les besoins augmentent, les ressources, elles, stagnent ou diminuent.

Selon MSF, cette réalité oblige les organisations humanitaires à faire des choix impossibles : réduire certaines activités, limiter leur présence ou prioriser certaines urgences au détriment d’autres.

Derrière ces décisions se trouvent des vies humaines. Selon MSF, chaque projet non financé, chaque intervention retardée représente des souffrances prolongées et des vies mises en danger.

« Le contexte humanitaire en RDC met également en lumière une injustice fondamentale : la normalisation de la souffrance. Lorsqu’une crise dure trop longtemps, elle finit par devenir invisible aux yeux du monde. Pourtant, le fait qu’une crise soit ancienne ne la rend ni moins urgente ni moins tragique. Les populations congolaises ne devraient pas être condamnées à vivre dans un état d’urgence permanent » déplore l’organisation.

Malgré ces défis, MSF affirme qu’il existe aussi des raisons d’espérer. Chaque jour, des équipes médicales congolaises et internationales travaillent sans relâche pour fournir des soins gratuits et de qualité. 

Elles soignent les blessés, prennent en charge les enfants souffrant de malnutrition, assistent les femmes lors des accouchements et répondent aux épidémies. Leur présence ne remplace pas un système de santé solide, mais elle permet de sauver des vies là où, autrement, il n’existerait aucune alternative.

« C’est le cas de Médecins Sans Frontières, dont les équipes interviennent encore au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Ituri, à Kinshasa, dans le Grand Katanga, dans l’ex-Province orientale ainsi qu’au centre du pays, à travers des projets réguliers et des interventions d’urgence, malgré un contexte particulièrement difficile. Cependant, l’action humanitaire ne doit pas devenir un substitut permanent aux responsabilités structurelles. Elle est, par nature, une réponse d’urgence » peut-on lire dans le rapport.

Pour MSF, une solution durable passe par un engagement plus fort de toutes les parties : les autorités nationales, les partenaires internationaux et la communauté internationale dans son ensemble. Selon l’organisation, il est essentiel d’investir dans les systèmes de santé, de protéger les civils et de garantir un accès sûr et durable aux soins.

La situation en RDC n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques, économiques et internationaux. Elle peut donc changer. Mais ce changement exige une prise de conscience collective et une volonté réelle d’agir. 

« Ignorer cette crise, c’est accepter que des millions de personnes continuent de souffrir en silence » fait remarquer l’organisation dans son rapport.

Et de poursuivre :

« Aujourd’hui, plus que jamais, la RDC nous rappelle une vérité essentielle : l’humanité ne se mesure pas à nos paroles, mais à notre capacité à agir lorsque des vies sont en danger. »

La publication de ce rapport intervient dans un contexte où la crise dans l’est de la RDC continue de s’enliser. Malgré la signature des Accords de Washington et le lancement du processus de Doha, les combats se poursuivent sur le terrain. Face à cette situation, les appels à la désescalade et au respect des engagements souscrits se multiplient, tant au niveau national que régional et international, les partenaires insistant sur la nécessité d’appliquer les mesures prévues par ces différents cadres de paix.

Jusqu’à présent, toutefois, ces initiatives diplomatiques n’ont pas permis d’obtenir des avancées concrètes sur le plan sécuritaire. La poursuite des hostilités illustre le fossé qui persiste entre les progrès réalisés dans les discussions politiques et la réalité vécue par les populations dans les zones affectées par le conflit. Combler cet écart demeure l’un des principaux défis du processus de paix.

En outre, les divergences d’interprétation des engagements contenus dans les Accords de Washington continuent d’alimenter les blocages. Chaque partie défend sa propre lecture des dispositions convenues, ce qui complique leur mise en œuvre et entretient les incertitudes quant à l’aboutissement du processus

Clément MUAMBA