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Est de la RDC : en 2025, les civils continuent de payer le prix le plus lourd d’une guerre sans fin, selon MSF

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Plus de 3 600 blessés de guerre pris en charge en six mois, près de 27 000 survivantes de violences sexuelles accompagnées et des milliers de personnes affectées psychologiquement. Tel est le bilan dressé par Médecins Sans Frontières (MSF) dans son rapport sur l'année 2025. Présenté le vendredi 24 juillet 2026, ce document révèle l’ampleur de la crise humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon MSF, derrière les affrontements entre groupes armés et forces régulières, les populations civiles demeurent les principales victimes.

Depuis plus de trois décennies, l’est de la République démocratique du Congo vit au rythme des conflits armés. En 2025, les violences se sont encore intensifiées, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les combats entre l’AFC/M23 et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les groupes Wazalendo, ont rapproché les lignes de front des zones où interviennent les équipes de Médecins Sans Frontières.

Selon MSF, « au cours du premier semestre 2025, les équipes qui travaillent dans l’est de la RDC ont pris en charge plus de 3 600 blessés de guerre ». Ces chiffres illustrent une réalité quotidienne : les populations civiles sont les premières touchées par les affrontements.

Des civils pris entre les feux des groupes armés

Les témoignages recueillis par MSF décrivent une violence multiforme : massacres, enlèvements, violences sexuelles, actes de torture et blessures par balles. Dans plusieurs zones, les habitants sont directement pris pour cible ; ailleurs, ils deviennent des victimes collatérales des combats.

« Je suis né dans la guerre, c’est tout ce que j’ai connu », témoigne Floribert, 20 ans, blessé par balle à la jambe et soigné à l’hôpital général de Mweso, au Nord-Kivu, où intervient MSF.

Dans cette structure sanitaire, les civils représentent jusqu’à 80 % des patients admis pour des blessures liées aux violences. Les blessures par balles figurent parmi les cas les plus fréquents, aux côtés des traumatismes causés par les bombardements, les actes de torture et les attaques à l’arme blanche.

Au Maniema, dans la zone de Salamabila, MSF rapporte 366 cas de traumatismes violents enregistrés au premier semestre 2025. La majorité des victimes avaient été fouettées, souvent après avoir été accusées de ne pas avoir payé une taxe imposée par un groupe armé contrôlant une importante exploitation minière.

« Récemment, nous avons soigné un homme qui a dû rester allongé sur le ventre pendant dix jours en raison de la gravité des plaies qu’il présentait dans le dos », explique Mamba Mwazié, travailleur social au sein de MSF.

Les femmes et les enfants au cœur d’une crise silencieuse

Les violences ne touchent pas uniquement les combattants. Les femmes et les enfants figurent parmi les victimes les plus vulnérables.

Entre janvier et septembre 2025, la clinique Salama de Bunia, en Ituri, a pris en charge 333 victimes de violences. Près d’un tiers étaient des femmes et un patient sur sept était un enfant.

Mais l’une des dimensions les plus alarmantes de cette crise reste l’ampleur des violences sexuelles. Au premier semestre 2025, MSF indique avoir pris en charge près de 27 000 survivantes de violences sexuelles dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Maniema. Environ 10 % étaient des mineures. Plusieurs hommes ont également bénéficié d’une prise en charge.

« La situation est alarmante : beaucoup de femmes victimes d’agressions sexuelles restent cloîtrées chez elles, n’osent plus sortir et leurs enfants souffrent de la faim », témoigne Merveille, sage-femme de MSF à Minova.

Selon elle, de nombreuses agressions surviennent lorsque les femmes se rendent dans les champs à la recherche de nourriture. Les conséquences dépassent les blessures physiques : isolement social, perte de revenus, traumatismes psychologiques et difficultés à subvenir aux besoins de leurs familles.

Une crise psychologique qui s’enracine dans les communautés

Au-delà des blessures visibles, la guerre laisse des séquelles profondes sur la santé mentale des populations. À Mweso, entre deux et cinq personnes sont hospitalisées chaque semaine pour des troubles psychiques liés aux violences subies. Le psychiatre de MSF, le Dr Konstantinos Zoumparis, décrit l’impact durable de cette situation :

« Le fait d’être victime de tirs, de déplacements forcés, d’agressions sexuelles, de vols, ou même simplement d’entendre régulièrement des coups de feu, affecte profondément la santé mentale. »

À Masisi, près de 2 000 consultations en santé mentale ont été réalisées entre janvier et juillet 2025 dans le seul hôpital général de référence. Pour MSF, cette réalité montre que la réponse humanitaire ne peut se limiter aux soins d’urgence. Les conséquences de la guerre nécessitent également un accompagnement psychologique et social sur le long terme.

Une population abandonnée face à une violence persistante

Alors que les combats se poursuivent dans plusieurs territoires de l’est de la RDC, MSF alerte sur l’urgence de protéger les civils et de garantir leur accès aux soins. Selon le rapport, la baisse des financements internationaux consacrés à l’aide humanitaire fragilise davantage les dispositifs de soutien, notamment ceux destinés aux survivantes de violences sexuelles.

Le rapport souligne également que plusieurs organisations locales ont réduit, voire interrompu, leurs activités faute de ressources suffisantes. En 2025, le constat demeure inchangé : derrière les statistiques et les affrontements militaires, ce sont des millions de Congolais qui continuent de vivre sous la menace permanente de la violence.

Alors que la crise se prolonge et que les hostilités persistent malgré la signature des Accords de Washington et l’ouverture du processus de Doha, les appels à la désescalade et au respect des engagements pris se multiplient aux niveaux national, régional et international. Les différentes parties prenantes sont régulièrement exhortées à mettre en œuvre les dispositions prévues par ces mécanismes de paix.

Toutefois, ces démarches diplomatiques n’ont pas encore produit de résultats tangibles sur le terrain. Cette persistance des tensions met en évidence le décalage qui subsiste entre les avancées enregistrées dans les négociations et la réalité sécuritaire dans les zones de conflit. Réduire cet écart demeure l’un des principaux défis à relever.

Chaque acteur continue de défendre sa propre interprétation des engagements contenus dans les Accords de Washington, ce qui complique leur application et entretient les incertitudes quant à leur mise en œuvre effective.

Clément MUAMBA