« Les résolutions qui ne sont pas suivies d'effets risquent de se réduire à de simples déclarations d'intention plutôt qu'à de véritables instruments de paix. » C'est l'avertissement lancé par la ministre d'État des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, qui a dénoncé l'application inégale des mécanismes de prévention et de règlement des conflits prévus par la Charte des Nations unies.
La cheffe de la diplomatie congolaise s'exprimait jeudi 23 juillet 2026 à New York, lors d'un débat public du Conseil de sécurité des Nations unies consacré au renforcement des mécanismes de règlement pacifique des différends. Cette réunion, en présence du Secrétaire général de l'ONU, s'est tenue sous la présidence de la République démocratique du Congo.
Au cours de son intervention, Thérèse Kayikwamba Wagner a notamment évoqué la résolution 2773 du Conseil de sécurité, adoptée en février 2025. Selon elle, ce texte, pourtant porteur d'obligations claires, demeure largement inappliqué. Face à cette situation, Kinshasa continue de réclamer sa mise en œuvre « intégrale et inconditionnelle ».
« Des demandes de cessez-le-feu ou de retrait sont formulées sans dispositifs suffisamment robustes pour en mesurer l'exécution et en tirer les conséquences. Autrement dit, un mécanisme peut continuer d'exister sur le papier tout en perdant progressivement sa capacité à influencer les comportements sur le terrain. Or, en matière de prévention, le facteur temps est déterminant. Une médiation engagée trop tard accompagne parfois une crise sans plus l'empêcher. Une sanction décidée après des mois de violence peut punir, mais elle ne prévient plus. Une résolution sans suivi risque de devenir une déclaration d'intention plutôt qu'un véritable instrument de paix », a interpellé la cheffe de la diplomatie congolaise.
Pour Thérèse Kayikwamba Wagner, la diplomatie préventive commence bien avant le premier coup de feu. Selon elle, elle consiste à détecter les risques, établir les faits, maintenir ouverts les canaux de dialogue, créer les conditions de la désescalade et offrir des alternatives crédibles à la violence.
« Les instruments existent. La véritable question est donc moins celle de leur existence que de leur efficacité. Trop souvent, ils sont activés tardivement, appliqués de manière inégale ou privés du suivi politique nécessaire pour produire les effets attendus. Des résolutions sont adoptées, mais demeurent incomplètement mises en œuvre. Des sanctions sont décidées, mais leur suivi est retardé ou affaibli. Des mécanismes de surveillance cessent de fonctionner alors même que les violations persistent », a-t-elle fait remarquer.
Ce débat public, organisé à l'initiative de la RDC et consacré au renforcement des mécanismes de règlement pacifique des différends dans le cadre du suivi de la résolution 2788, intervient, a rappelé la ministre, à un moment où les conflits se multiplient, les crises s'enracinent et les tensions géopolitiques s'intensifient.
« Dans ce contexte, le règlement pacifique des différends n'est pas un idéal abstrait. Il constitue l'un des fondements de l'ordre international établi par la Charte des Nations unies. Le Chapitre VI met à notre disposition un ensemble d'instruments éprouvés : négociation, médiation, conciliation, arbitrage, règlement judiciaire, bons offices du Secrétaire général et coopération avec les organisations régionales. Ces mécanismes ont souvent été présentés comme des moyens de mettre fin aux conflits. Ils sont avant tout des instruments de prévention. Leur vocation première est d'empêcher que les différends ne dégénèrent, que les tensions ne s'enracinent et que le recours à la force ne devienne l'issue par défaut », a souligné Thérèse Kayikwamba Wagner.
Cette résolution, adoptée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, condamne fermement l’offensive et la progression du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo. Elle appelle les Forces de défense rwandaises (FDR) à cesser leur soutien au M23 et à se retirer immédiatement et sans conditions préalables du territoire congolais. La résolution réitère également un appel urgent à toutes les parties afin qu’elles concluent un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel.
Portée par la France et adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies, au lendemain de la prise de Goma et de Bukavu par la rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, cette résolution rappelle que la MONUSCO doit pouvoir mettre pleinement en œuvre son mandat au profit des populations civiles, sans entrave à ses activités ni à sa liberté de mouvement. Elle souligne également le rôle clé des processus de Luanda et de Nairobi dans la recherche d’une solution politique durable, fondée notamment sur le retrait des forces rwandaises du territoire congolais et le démantèlement des FDLR.
Avec plusieurs millions de personnes déplacées, des milliers de morts et de graves exactions documentées par les Nations unies, les populations civiles continuent de payer un lourd tribut à l’escalade de ce conflit qui perdure depuis plusieurs années. De son côté, l’AFC/M23 poursuit sa progression dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où le mouvement consolide ses positions et renforce son administration parallèle, sans tenir compte des dispositions de la résolution 2773 du Conseil de sécurité, principal organe des Nations unies chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.
La dynamique créée par l’adoption de la résolution 2773 s’est toutefois progressivement estompée avec l’ouverture du processus diplomatique de Washington, conduit sous l’égide des États-Unis, et celui de Doha, mené par l’État du Qatar. Si les dispositions de cette résolution ont été reprises dans l’accord de paix de Washington, plusieurs observateurs estiment qu’il manque toujours un mécanisme contraignant susceptible d’en garantir la mise en œuvre effective
Clément MUAMBA