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Est de la RDC : « Les groupes armés profitent de l’exploitation minière illégale et de la contrebande de minerais, tandis que les populations civiles continuent de payer le prix du conflit », déplore Antonio Guterres

Mines de Rubaya

Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a pris part au débat de haut niveau du Conseil de sécurité consacré à la gouvernance des ressources naturelles, une initiative portée par la République démocratique du Congo, qui assure actuellement la présidence de cet organe des Nations unies, principal organe exécutif de l’ONU chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Alors que ce débat vise à promouvoir une approche intégrée faisant des ressources naturelles un levier de prévention des conflits, de coopération internationale, de développement durable et de prospérité partagée, le chef de l’ONU a salué le leadership de Kinshasa sur cette question devenue centrale dans les dynamiques de conflits à travers le monde.

Selon lui, l’exploitation et le contrôle des ressources naturelles contribuent aujourd’hui à transformer profondément la nature des conflits, en influençant leurs causes, leur évolution et leurs enjeux.

« Partout dans le monde, le contrôle et l’exploitation des ressources naturelles redessinent profondément les conflits, leurs causes, leur déroulement et leurs enjeux. Les minéraux critiques, tels que le lithium, le cobalt, le nickel et les métaux rares, y compris les terres rares, revêtent une importance stratégique croissante », a-t-il souligné mercredi 22 juillet 2026 lors de son intervention.

Le Secrétaire général de l’ONU a toutefois relevé le paradoxe lié à l’essor de la demande mondiale en minerais stratégiques. Si cette dynamique représente une opportunité économique majeure pour les pays producteurs, elle contribue également à exacerber les tensions géopolitiques et les rivalités autour des chaînes d’approvisionnement.

« L’essor de la demande mondiale ouvre des perspectives essentielles pour le développement des pays producteurs. Mais il intensifie aussi les rivalités géopolitiques, met sous tension des chaînes d’approvisionnement très concentrées et attise les conflits, avec de lourdes conséquences humanitaires. Trop souvent, les revenus issus de l’exploitation illicite des ressources naturelles éloignent toute perspective de paix. Ils renforcent les groupes armés et les réseaux criminels, relient les violences locales à des réseaux régionaux et internationaux et sapent les perspectives de compromis politique », a-t-il déploré.

Évoquant particulièrement la situation dans l’Est de la République démocratique du Congo, Antonio Guterres a dénoncé l’exploitation illégale des ressources naturelles comme source de financement des groupes armés et des réseaux criminels.

Pour le chef de l’ONU, la situation dans l’Est de la RDC illustre cette réalité. Les groupes armés tirent profit de l’exploitation minière illégale et de la contrebande des minerais, tandis que les populations civiles continuent de subir les conséquences du conflit.

« Nous le voyons dans l’Est de la République démocratique du Congo, où les groupes armés profitent de l’exploitation minière illégale et de la contrebande de minerais, tandis que les populations civiles continuent de payer le prix du conflit, comme l’ont montré les rapports successifs du Groupe d’experts mandaté par ce Conseil. C’est pourquoi le débat public d’aujourd’hui est particulièrement opportun », a-t-il indiqué.

Antonio Guterres a estimé que le débat initié par la RDC intervient à un moment opportun, rappelant que le Conseil de sécurité reconnaît depuis plusieurs années le rôle de l’exploitation illicite des ressources naturelles dans le financement des conflits.

« Le Conseil de sécurité reconnaît depuis longtemps que le commerce et l’exploitation illicite des ressources naturelles jouent un rôle majeur dans le financement des groupes armés, l’alimentation des conflits et l’aggravation des crises humanitaires », a-t-il rappelé.

Le Secrétaire général des Nations unies a également salué les efforts engagés par le Conseil de sécurité à travers les mandats confiés aux opérations de paix, les appels à une plus grande responsabilité des acteurs régionaux et internationaux ainsi que les régimes de sanctions visant à limiter les circuits financiers liés aux ressources exploitées illégalement.

Il a rendu hommage au travail des groupes d’experts chargés d’enquêter sur ces réseaux, notamment à travers la documentation des violations, le suivi des chaînes d’approvisionnement et l’identification des acteurs impliqués dans les circuits commerciaux et financiers utilisés par les groupes armés.

« Ces connaissances doivent guider notre recherche de solutions », a indiqué Antonio Guterres, appelant à une meilleure gouvernance des ressources naturelles afin qu’elles deviennent un levier de développement plutôt qu’un facteur d’instabilité et de violence.

Cette activité s'inscrit dans le prolongement de la réunion organisée selon la formule Arria ainsi que du débat de haut niveau, au cours desquels la RDC entend donner un nouvel élan à ce dossier, qu'elle considère comme prioritaire durant son mandat au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027.

Le pays dispose d'importantes réserves de minerais critiques et occupe une place centrale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, attirant ainsi l'attention des grandes puissances et des multinationales. Dans le même temps, il demeure confronté à des défis sécuritaires persistants liés à l'exploitation de ses ressources naturelles, l'extraction et le trafic illicites de minerais continuant d'alimenter les conflits et l'instabilité, notamment dans les provinces orientales.

Ces activités interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali.

Clément MUAMBA