Ebola en RDC : plus d’un mois après la fermeture de la frontière ougandaise, la hausse des prix des produits vivriers à Kasindi inquiète

Une avenue déserte dans la cité de Kasindi
Une avenue déserte dans la cité de Kasindi

Plus d’un mois après la fermeture de la frontière entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda au niveau de Mpondwe, la situation socio-économique à Kasindi-Lubirigha devient préoccupante. Une hausse notable des prix des produits de première nécessité est observée, tandis qu’une inquiétude généralisée gagne les citoyens, notamment les personnes vivant avec handicap établies dans cette cité du territoire de Beni.

Selon des sources sur place, cette situation est liée à la fermeture de la frontière ougandaise avec la RDC, décidée à la suite de la réapparition de la maladie à virus Ebola de la souche Bundibugyo en RDC. Les témoignages recueillis mercredi 15 juillet par ACTUALITÉ.CD font état des conséquences économiques et sociales de cette mesure.

« Je vis à la frontière entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Cela fait déjà au moins deux mois que les autorités ougandaises ont décidé de fermer la frontière, en interdisant à toute personne se trouvant encore au Congo de traverser vers l’Ouganda. Si vous êtes Congolais vivant en Ouganda, vous êtes obligés d’y rester. Il n’y a plus de passage jusqu’à nouvel ordre.

Seuls les véhicules transportant des marchandises sont autorisés à traverser, avec un chauffeur et son assistant. Cette situation nous affecte sensiblement. Tous les mouvements sont paralysés, au point que même les triporteurs, souvent utilisés pour le transport de colis légers, sont devenus rares. Kasindi ressemble à une ville fantôme.

Nous sommes en difficulté à la suite de la fermeture de la frontière congolo-ougandaise. Nos membres, qui se déplacent à vélo, n’ont plus accès au passage frontalier. Il n’y a actuellement aucun passage pour nous, personnes vivant avec handicap. Comment allons-nous survivre et nourrir nos familles alors que nous vivons des activités liées à la frontière ? », s’interroge Kavugho Fazila, responsable d’une association de personnes vivant avec handicap à Kasindi.

La fermeture de la frontière a fortement perturbé les activités quotidiennes, notamment le petit commerce transfrontalier, principale source de revenus pour plusieurs familles. La situation affecte particulièrement les familles des personnes vivant avec handicap, fortement impliquées dans ce secteur.

Plusieurs produits vivriers importés connaissent également une hausse de prix sur les marchés de la ville de Beni. Le constat a été fait par ACTUALITÉ.CD, notamment au marché central de Kilokwa. Les œufs, la farine, l’huile végétale, le riz et les jus figurent parmi les produits concernés.

Le bidon de 20 litres d’huile végétale est passé de 35 à 38 dollars. La caisse de 12 bouteilles de jus, notamment Mirinda, Novida, Oner, Énergie et Chrest, autrefois vendue à 9 000 francs congolais, se négocie désormais entre 9 500 et 10 000 francs.

La plaquette de 30 œufs, qui se vendait auparavant entre 9 000 et 9 500 francs congolais, coûte désormais entre 11 000 et 11 500 francs. Le sac de 25 kilogrammes de farine est passé de 18 à 20 dollars américains. Le sac de riz de 25 kilogrammes de la variété Pakistan est, lui, passé de 19 à 20 dollars.

Certains produits importés de l’Ouganda, notamment les poissons salés, frais et fumés, conservent encore leurs prix habituels. D’autres denrées commencent toutefois à se raréfier sur les marchés, sans que l’impact sur les prix ne soit encore perceptible. Cette situation concerne principalement des fruits comme la pomme, l’orange et les raisins.

Faute d’acheteurs venus d’Ouganda, les producteurs locaux voient leurs revenus chuter de moitié et peinent à écouler leur production. Dans les marchés, les consommateurs bénéficient ainsi de prix en baisse, un avantage temporaire qui masque un risque plus important pour l’économie agricole de la région frontalière.

Le vice-président de la Fédération des entreprises du Congo (FEC) à Kasindi, Kambale Kalengya Profil, appelle le gouvernement à mettre en place des mesures d’accompagnement urgentes pour soutenir les producteurs et éviter l’effondrement de l’économie agricole dans la région frontalière.

« Il y a beaucoup de produits dont des bananes qui arrivent ici et, lorsque les acheteurs ne sont pas venus, la population de Kasindi, de la frontière, en profite à plus bas prix. Mais c’est un risque économique parce que ce sont des capitaux qui sont en danger de disparition. Et donc on peut être satisfait d’avoir acheté un régime de bananes à moins cher. Par exemple, celui qui était à 30 000 francs, on le négocie aujourd’hui à 20 000 francs. Eh bien, c’est déjà un grand risque dans les opérations économiques pour la préservation de ces capitaux, pour la consolidation de cette activité économique. Nous pensons que d’ici très bientôt, les choses vont s’améliorer ici à la frontière de Kasindi », a-t-il déclaré.

Située dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, la frontière de Kasindi est l’un des principaux points d’échanges commerciaux entre la RDC et l’Ouganda. Chaque jour, des milliers de personnes y transitent pour le commerce, le transport de marchandises et diverses activités génératrices de revenus.

Depuis la fermeture de la frontière entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo, intervenue le 27 mai dernier à la suite de la réapparition de la maladie à virus Ebola de la souche Bundibugyo en RDC, des inquiétudes sont également relevées au sein de la société civile locale sur les conséquences économiques et sociales de cette mesure.

Un appel de la société civile est lancé en faveur du renforcement des dispositifs sanitaires plutôt que la suspension des échanges transfrontaliers.

L’Ouganda avait procédé à la fermeture de sa frontière près de deux semaines après la déclaration officielle de l’épidémie dans la province de l’Ituri, en RDC. Dans les premiers jours, certaines exceptions avaient été accordées pour des cas d’urgence, notamment humanitaires, liés au fret ou à la sécurité. Les autorités du district frontalier ougandais de Kasese ont par la suite renforcé les mesures, entraînant des perturbations dans les activités commerciales.

Josué Mutanava, à Goma