Un calme apparent règne depuis 10 heures locales à Nyankunde (territoire d’Irumu) en Ituri après une matinée émaillée d’échauffourées et d’une attaque contre une position de l’armée congolaise par des miliciens du Front patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC-Chini ya kilima). Ces derniers, appuyés par des habitants, protestaient contre le meurtre de leur chef Herabo Tondabo, alias général Hérode, succombé mercredi dans la soirée de ses blessures à l’hôpital général de Nyankunde où il a été dépêché après avoir été ciblé, lui et ses deux gardes du corps, par une fusillade dans son bar à Mbandi, un quartier de Nyankunde.
Selon un notable de Nyankunde qui cite des témoins, cette fusillade a été menée par un groupe de quatre hommes armés et cagoulés qui se sont introduits dans un bar appartenant au chef milicien, tuant sur place ses deux gardes du corps et blessant le général autoproclamé Hérode à l’abdomen, provoquant une grave hémorragie qui l’a emporté à l’hôpital de Nyankunde où il a été évacué. Mais la nouvelle du décès du général n’a été annoncée à ses proches que le matin de ce jeudi 16 juillet, provoquant une panique au sein des habitants et des miliciens du FPIC. Les habitants, les uns se sont repliés, d’autres ont protesté, pendant que des miliciens de FPIC ciblaient une position des FARDC dans l’agglomération.
« Nous, nous l’avons su hier vers 20 heures mais probablement on a attendu le matin pour l’annoncer aux proches en vue de faciliter l’évacuation des humanitaires et se rassurer de la capacité de gestion de cet incident. Général Hérode n’est pas qu’un chef milicien. Il a de l'ancrage dans sa chefferie natale d’Andisoma pour avoir non seulement enseigné aux enfants dans une école secondaire locale, dirigée un groupe perçu comme protecteur des communautés de Chini ya kilima. En plus, il représentait l’espoir pour ses proches : il attendait soutenir son mémoire de développement dans l’extension locale d’un Institut supérieur de Bukavu, car il se préparait à se consacrer à l’agriculture, au terme du processus de désarmement qui piétine », explique à ACTUALITE.CD le notable qui a requis l’anonymat.
Le mobile de ce meurtre n’est pas encore connu mais des sources locales évoquent à ACTUALITE.CD une piste qui devrait conduire en Ouganda. Car deux semaines plutôt, Herabo Tondabo, alias général Hérode et son allié général Mbadhu de FRPI auraient refusé de se rendre en Ouganda pour d’éventuelles connexions aux mobiles floues. ACTUALITE.CD n’a jusque-là pas trouvé une source qui confirme ces allégations.
Une fusillade à dissocier avec l’attaque du CTE
Cet incident s’est déroulé parallèlement, pendant qu’une famille et un groupe de jeunes s’apprenaient au Centre de traitement d’Ebola de Nyankunde en vue de réclamer le corps de leur proche, une jeune femme enceinte décédée faute de transfusion sanguine. Cette femme, également présentée comme l’épouse d’un milicien aurait été récupérée de son domicile mercredi alors qu’elle saignait, voulant mettre au monde. Conduite à l’hôpital de Nyankunde, elle accusait déjà de l’anémie, une perte de sang et nécessitait une transfusion. Mais l’hôpital n’avait pas des poches de sang suffisantes et aurait fait appel à Bunia pour un ravitaillement, surtout que ses proches bien qu’étant prêts à le lui offrir, ne le pouvait pas. « Car nous sommes en période d'épidémie. Et en cas de perte du sang, le protocole d’Ebola exige de recourir à du sang sécurisé. Et les poches de sang ne devraient vernir que de Bunia, malheureusement avec retard », confie à ACTUALITE.CD un employé de la riposte. Et la femme est décédée, provoquant la colère de ses proches.
Ils ont réclamé le corps d’un hôpital qui ne voulait pas le livrer sans respect du protocole d’enterrement digne et sécurisé, réchauffant encore une fois les esprits de ses familiers. Ces derniers se sont appris à l’enclos du Centre de traitement d’Ebola construit en face de l’hôpital et saccagé quelques meubles, dont des chaises. Des patients et le personnel ont cru à l’attaque contre le CTE.
« Quatre malades se sont enfuis, seuls trois sont restés. Nous sommes avec eux au CTE », a confié à ACTUALITE.CD un soignant qui disait se trouver en l’enceinte du CTE autour de 10h45 de ce jeudi. « Le chef de chefferie est intervenu pour calmer les proches de la défunte. Ils ont récupéré le corps, mais les jeunes ont récupéré l’affaire et sont revenus au CTE, provoquant la peur des humanitaires qui nous aident », explique un notable de Nyankunde.
Ce jeudi matin, les organisations qui appuyaient la riposte contre Ebola à Nyankunde, notamment AFRICA CDC, l’OMS, SAMARITAN PURSE et FHI 36 ont évacué leur personnel à Bunia.
Claude Sengenya