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ONU : la RDC alerte sur « le coût déjà bien réel de l’inaction » face aux conflits liés aux ressources naturelles 

Ph. ACTAULITE.CD

En assumant pour la première fois depuis plus de trois décennies la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, la République démocratique du Congo (RDC) a choisi de mettre cette responsabilité au service d’un débat d’intérêt international. À l’initiative de Kinshasa, une réunion en formule Arria consacrée à « l’évaluation du déficit normatif en matière de ressources naturelles et de paix : fondements et perspectives » s’est tenue lundi 13 juillet 2026 à New York, sous la présidence de Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre d’État des Affaires étrangères.

Dans son discours d’ouverture, prononcé en présence des États membres, d’experts, de représentants de la société civile, du monde académique et d’autres personnalités, la cheffe de la diplomatie congolaise a défendu une nouvelle approche de la gouvernance des ressources naturelles. Elle a appelé la communauté internationale à dépasser une vision centrée sur la gestion des conflits pour promouvoir une gouvernance responsable des ressources naturelles comme instrument de prévention, dans le respect de la souveraineté des États. Selon elle, cette réunion marque le début d’une séquence diplomatique qui culminera avec le débat public de haut niveau présidé le 22 juillet prochain par le président de la République, Félix Tshisekedi.

« La réunion qui nous rassemble aujourd’hui ne constitue pas une consultation de plus. Elle marque l’ouverture d’une réflexion que mon pays souhaite inscrire dans la durée autour d’un défi majeur de notre époque : faire de la gouvernance des ressources naturelles non plus seulement un sujet des conflits, mais un instrument de leur prévention au service de la paix, de la sécurité et de la prospérité. Les ressources naturelles occupent une place centrale dans les grands équilibres économiques et géopolitiques », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner.

La ministre d’État a rappelé que ces ressources sont indispensables à la transition énergétique, à l’innovation technologique, au développement industriel et à la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales. Elles représentent, selon elle, une formidable opportunité de croissance et de transformation économique pour de nombreux pays. Toutefois, dans les contextes de fragilité ou de conflit, elles peuvent également alimenter des économies de guerre, un phénomène qui dépasse le seul financement direct des groupes armés par la vente de minerais.

« Il s’agit d’une économie politique plus large, dans laquelle le contrôle des sites d’extraction, des corridors commerciaux, des systèmes de taxation et des flux financiers permet de soutenir la violence, de consolider une emprise territoriale et, parfois, de substituer une autorité parallèle à celle de l’État. C’est ce mécanisme qui fait de cette question un problème récurrent de paix et de sécurité, observé dans plusieurs situations inscrites à l’ordre du jour du Conseil autour de ressources aussi différentes que les minerais, les diamants, l’or, le bois, le pétrole ou le charbon de bois. Cette réalité n’est pas nouvelle », a-t-elle fait remarquer.

Thérèse Kayikwamba Wagner a rappelé qu’une réunion d’information organisée le 16 octobre 2018, à l’initiative de la Bolivie, avait déjà mis en évidence les liens étroits entre l’exploitation illicite des ressources naturelles, le financement des groupes armés et la fragilisation des institutions étatiques, tout en soulignant la nécessité d’une gouvernance responsable et d’une coopération internationale renforcée.

« Depuis lors, des progrès significatifs ont été accomplis. Le Conseil de sécurité a développé des outils  régimes de sanctions, groupes d’experts et mesures ciblées  tandis que la communauté internationale se dotait d’instruments complémentaires, notamment le Processus de Kimberley, les lignes directrices de l’OCDE sur le devoir de diligence, les mécanismes de traçabilité et diverses réglementations nationales et régionales. Ces avancées sont réelles et méritent d’être saluées », a-t-elle poursuivi.

Toutefois, ces progrès appellent, selon elle, une réflexion plus profonde.

« Notre action collective doit-elle demeurer largement orientée vers la gestion des conséquences des conflits, à travers des réponses fragmentées et propres à chaque situation ? Ne devons-nous pas désormais réfléchir ensemble à la manière dont une gouvernance responsable des ressources naturelles peut également contribuer à prévenir ces conflits ? Car prévenir les conflits suppose aussi de prévenir les conditions économiques qui les alimentent » a souligné la ministre 

La cheffe de la diplomatie congolaise a insisté sur le fait que cette réflexion repose sur un principe fondamental : la souveraineté permanente des États sur leurs ressources naturelles.

« Il ne s’agit donc pas de créer de nouvelles obligations internationales. Il ne s’agit pas d’un code minier mondial, ni d’un modèle économique uniforme, ni d’une autorité supranationale. Il ne s’agit pas davantage de remettre en cause les instruments existants. Il s’agit de déterminer comment la coopération internationale peut aider les États à exercer plus efficacement leur souveraineté là où des acteurs armés ou des réseaux illicites capturent les ressources, les revenus et jusqu’aux fonctions de l’État. Car lorsque cette capture se produit, c’est la souveraineté elle-même qui est déjà atteinte », a-t-elle indiqué.

Pour Thérèse Kayikwamba Wagner, cette initiative dépasse largement le cadre de la RDC.

« Cette initiative n’est dirigée contre aucun État, aucune région ni aucune situation particulière. Elle procède de la conviction que ces défis concernent l’ensemble de la communauté internationale et appellent une réponse fondée sur le dialogue, le respect de la souveraineté et la recherche du consensus. Le Conseil a d’ailleurs déjà emprunté de telles démarches. Face à des phénomènes qui, sans relever exclusivement de son champ traditionnel, présentaient un lien établi et récurrent avec les conflits, il a su créer un langage commun et améliorer l’analyse et le suivi, sans se substituer aux politiques nationales concernées », a-t-elle expliqué.

Poursuivant son intervention, elle a cité les agendas « Femmes, paix et sécurité », « Jeunesse, paix et sécurité » ainsi que la résolution 2417 sur les conflits et la faim comme des exemples de démarches progressives ayant permis au Conseil de sécurité d’élargir son approche des enjeux de paix. Selon elle, il ne s’agit pas d’assimiler les ressources naturelles à ces thématiques, mais d’en retenir la méthode pragmatique, progressive et consensuelle.

La République démocratique du Congo poursuit ainsi les activités prévues dans le cadre de sa présidence du Conseil de sécurité. Cette réunion sur les ressources naturelles fait suite au briefing du Conseil consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, tenu le 8 juillet sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Cette séquence diplomatique s'inscrit dans la continuité des priorités fixées par la présidence congolaise. Le briefing avait notamment mis en lumière le coût humain des économies de guerre, ainsi que la nécessité de renforcer la prévention, la protection des survivantes, la lutte contre l'impunité et les mécanismes de réparation.

Clément MUAMBA


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