Grève des médecins: le SYNAMED contredit le gouvernement et assure que le mouvement se poursuit après le rejet du procès-verbal par la base

Manifestation des médecins à Kinshasa
Manifestation des médecins à Kinshasa

Les médecins des hôpitaux publics affiliés au Syndicat national des médecins (SYNAMED) s'inscrivent en faux contre les conclusions de la 94ᵉ réunion du Conseil des ministres, qui a annoncé avoir trouvé un consensus avec les médecins et évoqué la levée de la grève. Le secrétaire exécutif provincial du Syndicat national des médecins (SYNAMED), le Dr Patrick Boloko, affirme que la grève des médecins se poursuit, contrairement à l'annonce faite à l'issue du Conseil des ministres. 

Dans un entretien accordé à ACTUALITE.CD, samedi 11 juillet, le responsable syndical pour la ville de Kinshasa estime que les autorités gouvernementales n'ont pas présenté fidèlement la situation au sommet de l'État.

« Je pense que les ministres sectoriels doivent rendre exactement ce qui se passe dans leur secteur afin que le président de la République et la Cheffe du Gouvernement puissent analyser la situation et prendre des décisions dans l'intérêt de la population. Nous avons été conviés, mardi passé, à une séance de travail avec le ministre de la Santé. À l'issue de cette réunion, un procès-verbal a été signé. Ce qui a dérangé les médecins, c'est que, de toute la délégation, seul le SYNAMED était en grève. Les autres étaient composés des syndicats des infirmiers et des paramédicaux qui, du reste, ne sont pas en grève », a déclaré le Dr Patrick Boloko. 

Se référant au procès-verbal des différentes rencontres avec le gouvernement, il soutient que celui-ci n'a pris aucun engagement concret en faveur des médecins. Selon lui, l'absence des signatures du vice-Premier ministre chargé du Budget et du ministre des Finances ne constitue pas une garantie suffisante.

« En analysant ce document, les médecins ont compris que le gouvernement n'avait pris aucun engagement clair et crédible sur leurs revendications. Il n'y a pas non plus de chronogramme précis. Troisièmement, les ministres qui engagent l'État en matière pécuniaire n'ont pas signé ce document, à savoir le vice-Premier ministre chargé du Budget ainsi que le ministre des Finances. Et la levée de la grève ne relève pas des dirigeants syndicaux ; cela relève de la base. Je l'ai dit et je peux même vous transmettre les documents que j'ai rédigés à la suite de la publication de ce procès-verbal », a-t-il fait remarquer. 

Dans le même registre, le Dr Patrick Boloko est revenu sur les principales revendications des médecins membres du SYNAMED. Selon lui, ces derniers attendent des réponses concrètes de la part du gouvernement.

« Les médecins réclament l'intégration, au troisième trimestre, de la paie complémentaire dans l'état liquidatif du T3. Ils réclament également qu'au minimum 800 médecins soient alignés, parce que depuis le premier trimestre, aucun alignement n'a été effectué. Il n'y en a pas eu en janvier, alors que les alignements se font trimestriellement. Il n'y en a pas eu non plus en avril, et nous souhaitons qu'ils soient effectués en juillet. Il y a près de trois mille médecins qui travaillent sans primes ni salaires. Doivent-ils continuer à travailler dans ces conditions ? », s'est-il interrogé. 

Poursuivant sa réaction, le responsable syndical a déploré ce qu'il qualifie de manque de réactivité du gouvernement face aux revendications des médecins. Il a rappelé que la décision de lever ou non la grève appartient à la base, laquelle a rejeté le contenu du procès-verbal.

« Le SYNAMED a déposé son préavis de grève le 31 mars. Le préavis est arrivé à échéance à la mi-juin. La grève a commencé le 24 juin sous le format de la prise en charge des urgences. Le gouvernement est resté pratiquement dans un mutisme qui ne dit pas son nom. Et ce n'est que le 7 juillet, mardi passé, que les médecins ont décidé de durcir le mouvement en passant au format "hôpitaux sans médecins", que nous maintenons jusqu'à preuve du contraire. Je ne voudrais pas commenter ce qu'a déclaré le ministre de la Communication et médias, porte-parole du Gouvernement, mais ce n'est pas la réalité. Les médecins continuent la grève. Il n'y a pas eu de levée de la grève », a-t-il fait savoir. 

Malgré cette situation, le Dr Patrick Boloko a réaffirmé l'ouverture du SYNAMED au dialogue et s'est dit disposé à poursuivre les discussions afin d'aboutir à la satisfaction des revendications des médecins.

« Aujourd'hui, il fallait consulter la base. La base a été consultée et elle a rejeté en bloc ce procès-verbal. Elle maintient donc la grève sous le format "hôpitaux sans médecins". Les discussions restent ouvertes, les médecins sont ouverts au dialogue », a-t-il rassuré. 

Ces déclarations divergentes entre le gouvernement et le SYNAMED interviennent quelques jours après le durcissement du mouvement de grève des médecins. Le Syndicat national des médecins (SYNAMED) avait en effet lancé l'opération « Hôpitaux sans médecins », prévue du 7 au 16 juillet 2026 sur l'ensemble du territoire national, à l'exception des provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Le syndicat avait motivé cette décision par le non-respect, selon lui, des engagements pris par le gouvernement, tout en dénonçant l'absence de discussions avec la Première ministre, malgré les instructions données par le président de la République.

Pendant cette période de grève renforcée, seuls les services des urgences et les banques de sang devaient continuer à fonctionner, les cas nécessitant une prise en charge urgente étant orientés vers des hôpitaux préalablement désignés. Le SYNAMED avait, par ailleurs, appelé ses membres à maintenir la mobilisation jusqu'à l'obtention de réponses concrètes à leurs revendications.

Clément MUAMBA