Présidence congolaise du Conseil de sécurité de l'ONU: Kinshasa relance le débat sur la gouvernance mondiale des ressources naturelles face aux conflits et aux économies de guerre

Mines de Rubaya
Mines de Rubaya

La République démocratique du Congo (RDC), qui assure actuellement la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, poursuit les activités prévues pour le mois de juillet. Après le briefing du Conseil consacré aux violences sexuelles liées aux conflits, tenu le 8 juillet dernier sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, cette nouvelle activité s'inscrit dans la continuité des priorités de la présidence congolaise. Le briefing avait mis en lumière le coût humain des économies de guerre ainsi que la nécessité de renforcer la prévention, la protection des survivantes, la lutte contre l'impunité et les mécanismes de réparation.

Ce lundi 13 juillet 2026 à New York, la ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale, de la Francophonie et des Congolais de l'étranger, Thérèse Kayikwamba Wagner, préside une réunion selon la formule « Arria », consacrée au lien entre les ressources naturelles, les conflits et la paix. Selon le communiqué du ministère des Affaires étrangères annonçant la présidence de la RDC au Conseil de sécurité des Nations unies, cette rencontre ouvrira une réflexion sur les lacunes du cadre normatif international face aux économies de guerre ainsi que sur les perspectives d'un cadre plus cohérent en matière de gouvernance des ressources naturelles.

D'après la note conceptuelle de la République Démocratique du Congo reprise par Security Council Report, un groupe de réflexion indépendant qui œuvre à promouvoir la transparence et l'efficacité du Conseil de sécurité des Nations unies, les ressources naturelles jouent un rôle stratégique dans le développement, notamment pour accélérer la transition énergétique, stimuler la transformation numérique et renforcer la résilience des chaînes d'approvisionnement mondiales. Le document souligne également que la demande mondiale en minéraux critiques devrait presque tripler d'ici à 2030. Il insiste en outre sur les effets néfastes de l'exploitation et du trafic illicites des ressources naturelles, précisant que ces activités financent les groupes armés, entretiennent les cycles de conflit et de violence et affaiblissent l'autorité de l'État.

Bien que le Conseil de sécurité ait déjà abordé les liens entre les ressources naturelles et l'insécurité, la note conceptuelle estime que son approche demeure fragmentée, privilégiant les situations nationales ou régionales ainsi que les régimes de sanctions. Elle souligne également que les mécanismes régionaux et internationaux existants destinés à lutter contre l'exploitation illégale des ressources naturelles sont « fragmentés, hétérogènes et insuffisamment coordonnés », ce qui en limite l'efficacité. Parmi ces mécanismes figurent le Processus de Kimberley, l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) et le Guide de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur le devoir de diligence pour des chaînes d'approvisionnement responsables. La note conceptuelle invite ainsi les participants à examiner les réussites et les limites de l'approche actuelle, ainsi que la valeur ajoutée d'un cadre plus cohérent.

Par cette réunion organisée selon la formule Arria, la RDC entend favoriser une réflexion plus large sur ces enjeux et explorer les moyens d'élaborer un cadre normatif plus harmonisé afin d'améliorer la gouvernance des ressources naturelles, de promouvoir la paix et la sécurité, tout en favorisant un développement équitable et durable. Selon la note conceptuelle, l'un des objectifs de la réunion est d'« évaluer la faisabilité politique et opérationnelle » d'un tel cadre et de « proposer des pistes concrètes » en ce sens, notamment à travers un débat thématique ou l'adoption d'une résolution.

Les discussions de ce lundi devraient ainsi alimenter le débat public de haut niveau sur les ressources naturelles que la RDC prévoit d'organiser le 21 juillet, troisième grande activité de sa présidence, au titre du point de l'ordre du jour intitulé « Maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Le président de la République, Félix Tshisekedi, devrait présider cette réunion, qui constitue l'un des principaux événements de la présidence congolaise du Conseil de sécurité en juillet.

En juillet 2025, la Sierra Leone, alors membre du Conseil de sécurité, avait également convoqué une réunion selon la formule Arria consacrée aux minéraux critiques afin de renforcer la sensibilisation internationale au lien entre ces ressources et l'insécurité en Afrique, tout en identifiant des mesures politiques concrètes pour répondre à cette problématique.

À travers cette réunion selon la formule Arria et le débat de haut niveau prévu le 21 juillet, la RDC semble vouloir donner un nouvel élan à ce dossier, qu'elle considère comme prioritaire durant son mandat au Conseil de sécurité pour la période 2026-2027. Le pays dispose d'importantes réserves de minéraux critiques et occupe une place centrale dans les chaînes d'approvisionnement mondiales, attirant ainsi l'attention des grandes puissances et des multinationales. Dans le même temps, il demeure confronté à des défis sécuritaires persistants liés à l'exploitation de ses ressources naturelles, l'extraction et le trafic illicites de minerais continuant d'alimenter les conflits et l'instabilité, notamment dans les provinces orientales.

Ces activités interviennent dans un contexte marqué par le partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis autour des minerais critiques, mais également par l'accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali. Cet accord prévoyait notamment des mesures de désescalade, le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des groupes armés opérant dans l'est de la RDC, notamment les FDLR, que Kigali considère comme une menace pour sa sécurité. Malgré ce cadre diplomatique, largement salué lors de sa signature, la situation sécuritaire demeure extrêmement fragile et continue de se détériorer un an plus tard.

Sur le terrain, le statu quo s'observe également dans le processus de Doha, conduit sous l'égide de l'État du Qatar pour faciliter le dialogue entre Kinshasa et la rébellion de l'AFC/M23. Les rebelles de l'AFC/M23, que Kinshasa, les Nations unies et plusieurs partenaires internationaux accusent d'être soutenus par le Rwanda, continuent de contrôler les villes de Goma et de Bukavu, ainsi que plusieurs autres localités des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les affrontements se poursuivent dans différentes zones, tandis que les efforts diplomatiques peinent à produire des résultats durables. Cette situation relance une nouvelle fois le débat sur l'écart persistant entre les avancées diplomatiques annoncées sur le papier et les réalités observées sur le terrain. 

Clément MUAMBA