Est de la RDC : Bujumbura et Moscou prônent le dialogue pour une solution africaine à la crise sécuritaire

Edouard Bizimana, ministre burundais des Affaires étrangères, de l'Intégration régionale et de la Coopération au développement, et son homologue russe Sergueï Viktorovitch Lavrov
Edouard Bizimana, ministre burundais des Affaires étrangères, de l'Intégration régionale et de la Coopération au développement, et son homologue russe Sergueï Viktorovitch Lavrov

La situation sécuritaire dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), marquée par la poursuite des hostilités impliquant la rébellion de l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda, a été évoquée lors d'une conférence de presse conjointe tenue vendredi 10 juillet 2026 à Bujumbura entre le ministre burundais des Affaires étrangères, de l'Intégration régionale et de la Coopération au développement, Édouard Bizimana, et son homologue russe Sergueï Viktorovitch Lavrov, en visite de travail au Burundi.

Cette rencontre s'est déroulée dans un contexte régional marqué par la persistance de la crise dans l'Est de la RDC, alors que le Burundi assure actuellement la présidence tournante de l'Union africaine. Pour Bujumbura et Moscou, la résolution de cette crise doit prioritairement passer par des mécanismes africains, sans intervention extérieure qui, selon eux, risquerait de compliquer davantage la situation.

Prenant la parole, Édouard Bizimana a insisté sur la nécessité de privilégier les initiatives africaines dans la recherche de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs. Le chef de la diplomatie burundaise a également évoqué le soutien de la Russie à une représentation plus équitable de l'Afrique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies. Abordant la situation dans l'Est de la RDC, il a souligné l'importance de renforcer la coopération régionale afin de favoriser une résolution pacifique du conflit.

« La Fédération de Russie soutient la position de l'Afrique à cet égard, car les pays africains sont sous-représentés au Conseil de sécurité des Nations unies. Il serait donc conforme à la justice historique que l'Afrique y soit représentée de manière équitable. Nous avons également discuté de la situation dans la région et de la nécessité de soutenir les initiatives visant à renforcer la sécurité, en particulier dans l'Est de la RDC. Nous sommes convenus de maintenir le dialogue et de renforcer les échanges entre nos deux pays, afin de nous assurer que le conflit soit résolu par des moyens pacifiques, car il affecte l'ensemble du continent », a déclaré Édouard Bizimana.

De son côté, Sergueï Viktorovitch Lavrov a rappelé l'attention particulière accordée par Moscou aux différentes crises qui touchent le continent africain, notamment dans la région des Grands Lacs. Selon lui, la proximité du Burundi avec la crise congolaise explique l'importance accordée aux discussions sur la situation dans l'Est de la RDC.

« En parlant de l'Afrique, nous avons également accordé une attention particulière aux différentes crises qui touchent le continent. Compte tenu de la proximité du Burundi avec cette crise, nous avons discuté de la situation dans l'Est de la République démocratique du Congo ainsi que dans la région des Grands Lacs de manière générale », a indiqué le ministre russe des Affaires étrangères.

Le chef de la diplomatie russe a également réaffirmé son attachement au principe selon lequel les problèmes africains doivent trouver des solutions africaines. Il estime que l'implication d'acteurs extérieurs dans la gestion des crises du continent pourrait davantage compliquer les efforts de règlement.

« Nous partageons l'avis selon lequel le principe des solutions africaines aux problèmes africains doit être pleinement appliqué. Toute tentative d'acteurs extérieurs d'imposer leurs propres solutions ne fera qu'aggraver la situation et ne contribuera pas à résoudre ces crises », a affirmé Sergueï Lavrov.

Cette situation intervient alors que, malgré l’existence de l’Accord de Washington et la tenue successive de réunions d’évaluation, la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC continue de se détériorer. Des tensions persistent également entre Kinshasa et Kigali, chaque camp interprétant à sa manière les dispositions de l’Accord de Washington, ce qui rend sa mise en œuvre complexe et difficile, une année après sa signature au niveau ministériel.

Il en va de même pour le processus de Doha, placé sous l’égide de l’État du Qatar. Malgré plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, soutenue par le Rwanda, peinent toujours à rapprocher leurs positions sur les principaux points de divergence. L’étape de Montreux, en Suisse, qui devait insuffler une nouvelle dynamique à ce processus, n’a pas produit les résultats escomptés. Les engagements issus de cette phase de négociations n’ont pas été pleinement respectés, tandis que la détérioration de la situation sécuritaire au Moyen-Orient a également contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant davantage les efforts de médiation.

Face à cette situation, des voix continuent de s’élever aux niveaux national, régional et international pour appeler les différents protagonistes au respect des engagements souscrits dans le cadre des initiatives de paix. Toutefois, ces appels demeurent, jusqu’à présent, sans effet notable. L’objectif de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques enregistrées sur le papier peine encore à se concrétiser. Chaque partie continue, en effet, d’interpréter les dispositions de l’accord selon sa propre lecture, rendant sa mise en œuvre davantage incertaine.

Clément MUAMBA