Le dernier rapport du Groupe d'experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo met en lumière l'intensification des affrontements autour de Minembwe, dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu, ainsi que la détérioration de la situation humanitaire des populations civiles, en particulier celle de la communauté banyamulenge.
Dans ce rapport, transmis le 8 mai 2026 au Comité des sanctions du Conseil de sécurité des Nations Unies et consulté par ACTUALITE.CD le mercredi 1er juillet 2026, les experts indiquent qu'à la fin du mois de janvier 2026, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les groupes Wazalendo, les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB) et des sociétés militaires privées, ont lancé une offensive depuis Uvira en direction de Minembwe contre le Mouvement révolutionnaire pour la défense du peuple (MRDP/Twirwaneho) et l'AFC/M23.
Bataille pour le contrôle de Minembwe
« À la fin de janvier 2026, les FARDC, avec le soutien des Wazalendo, de la FDNB et de sociétés militaires privées, ont lancé une offensive depuis Uvira en direction de Minembwe contre le MRDP/Twirwaneho et l’AFC/M23, cette dernière ayant envoyé des renforts au MRDP/Twirwaneho en août 2025 et en février 2026. Selon les estimations, les effectifs du MRDP/Twirwaneho étaient compris entre 2 500 et 3 000 combattants, placés sous le commandement de Charles Sematama » lit-on dans le rapport du Groupe d'experts.
D'après le rapport, la présence de la RDF dans les Hauts Plateaux s'est limitée à des éléments spécialisés déployés de manière ponctuelle à l'échelon de la section, ainsi qu'à un appui aérien, vraisemblablement en raison de l'isolement géographique de la région. Selon le même document, des éléments du MRDP/Twirwaneho et de l'AFC/M23 se sont regroupés autour des centres de population banyamulenge, notamment Minembwe, Mikenge et Muranvia.
Plusieurs semaines durant, poursuit le rapport du Groupe d'experts de l'ONU, les FARDC ont coupé les voies d'approvisionnement menant à Minembwe. Le 31 mars, elles ont lancé une offensive de grande envergure sur la localité après avoir progressé de manière soutenue dans les Hauts Plateaux.
« En réponse, la RDF a fourni un soutien au MRDP/Twirwaneho et à l'AFC/M23 en effectuant des frappes de drones et en assurant des ravitaillements aériens. Les frappes menées entre début et mi-avril ont contraint les FARDC à se retirer de positions clés, notamment de Muranvia, ce qui a temporairement stoppé leur avancée » explique le rapport.
Civils banyamulenge pris au piège à Minembwe
Selon le rapport, la population banyamulenge, concentrée à Minembwe et dans ses environs, s'est retrouvée prise au piège des hostilités en cours. Depuis la mi-2025, la localité est de fait encerclée par les FARDC et les forces alliées, ce qui entrave considérablement les mouvements de la population ainsi que l'acheminement des produits de première nécessité et de l'aide humanitaire.
« Depuis février 2026, le seul accès possible est par voie aérienne. Toutes les lignes de communication ont été coupées, ce qui aggrave encore la situation humanitaire. Parallèlement à cela, le MRDP/Twirwaneho a empêché les civils de quitter Minembwe par crainte de défections et de fuites d'informations, notamment en recourant à la coercition et à la menace de la violence. Comme signalé précédemment, tous les garçons âgés de 10 à 12 ans et tous les hommes valides ont été contraints de rejoindre Twirwaneho et de prendre part aux combats, ce qui constitue une violation de l'interdiction du recrutement forcé ainsi que du recrutement et de l'utilisation d'enfants dans les conflits armés » souligne le rapport du Groupe d'experts de l'ONU.
Par ailleurs, le rapport du Groupe d'experts de l'ONU révèle que des membres de la communauté banyamulenge ont accusé les deux parties d'avoir piégé des civils dans une zone de combat active, appelant les FARDC à lever le siège et à mettre en place un couloir humanitaire, et le MRDP/Twirwaneho ainsi que l'AFC/M23 à permettre aux civils de quitter la zone en toute sécurité.
« Les comportements décrits soulèvent de graves préoccupations au regard du droit international humanitaire, notamment en ce qui concerne l'interdiction d'utiliser des civils comme boucliers humains pour protéger des objectifs militaires » déplore le rapport du Groupe d'experts de l'ONU.
Toujours selon le rapport, les dirigeants du MRDP/Twirwaneho et de l'AFC/M23 ont affirmé que les FARDC et la FDNB avaient mené une campagne d'extermination préméditée, systématique et ciblée contre la population banyamulenge, notamment à travers des bombardements aériens sur des zones densément peuplées.
« Bien que la population civile des Hauts Plateaux ait été exposée à des risques importants du fait des hostilités en cours, le Groupe d'experts ne dispose pas d'éléments de preuve permettant de conclure qu'elle a été prise pour cible intentionnellement. Dans le contexte des fréquentes opérations aériennes observées depuis la mi-2025, des membres de la communauté banyamulenge et des organisations de défense des droits humains ont signalé que trois civils avaient été tués (un adolescent et deux personnes âgées) » souligne le rapport
En République démocratique du Congo, Minembwe, localité située dans les Hauts Plateaux du territoire de Fizi, au Sud-Kivu, est au cœur de violents affrontements opposant les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et leurs alliés au Mouvement révolutionnaire pour la défense du peuple (MRDP/Twirwaneho) ainsi qu'à l'AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Sous la médiation conjointe des États-Unis, du Qatar et de l'Union africaine, Kinshasa et Kigali se sont engagés à désamorcer les tensions dans cette partie de l'est de la RDC.
Réuni le mois dernier à Londres, le Comité mixte de surveillance de l'Accord de paix entre la RDC et le Rwanda a exprimé sa vive préoccupation face à l'escalade des combats, aux conséquences des frappes de drones sur les populations civiles et sur le processus de paix, ainsi qu'à l'aggravation de la situation humanitaire dans l'est de la RDC, marquée notamment par l'épidémie d'Ebola en cours.
Dans une déclaration conjointe publiée par le Département d'État américain, les représentants des États-Unis, de la RDC, du Rwanda, du Qatar, du Togo et de l'Union africaine ont souligné l'urgence de prendre des mesures pour garantir le respect du cessez-le-feu. Kinshasa et Kigali se sont notamment engagés à désamorcer immédiatement les tensions, en particulier autour de Minembwe, et à user de leur influence respective auprès de toutes les parties présentes sur le terrain afin d'atteindre cet objectif.
Clément MUAMBA