Près de cinq ans après le lancement de l'opération Shujaa, l'ONU dresse un constat alarmant : manque d'effectifs, recours aux Wazalendo, dispersion des ADF et extension de la menace contre les civils

UPDF à Bunagana
UPDF à Bunagana

Le rapport du Groupe d'experts des Nations Unies sur la République démocratique du Congo, transmis au Comité des sanctions de l'ONU, dresse un bilan mitigé de l'opération militaire conjointe Shujaa, lancée en 2021 et menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) contre les groupes armés actifs dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, principalement les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l'État islamique.

Dans ce rapport, parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD le 1er juillet 2026, consacré à l'incidence de l'opération Shujaa et aux difficultés rencontrées, le Groupe d'experts rappelle qu'à la suite des réunions tenues à Fort Portal (Ouganda) et à Beni à la mi-février 2026 pour évaluer cette opération conjointe, de nouvelles offensives ont été lancées contre les positions des ADF dans les territoires de Mambasa et d'Irumu, notamment contre le quartier général de Musa Baluku le 23 février 2026. Le rapport souligne toutefois que ces opérations n'ont pas permis de neutraliser les principaux dirigeants des ADF.

« Bien que du matériel important ait été saisi, notamment plus de 200 kg de matières explosives, plus de 100 engins explosifs improvisés et plusieurs fusils d'assaut de type AK, ces opérations n'ont pas permis de neutraliser les hauts responsables des ADF. La frappe du 23 février 2026 a entraîné un nouveau déplacement du camp vers des zones forestières plus reculées au nord-est de Mambasa » rapporte le Groupe d'experts des Nations Unies.

Le document précise que ces faits s'inscrivent dans une tendance observée depuis le lancement de l'opération Shujaa en 2021. Selon les experts, les offensives contribuent à la dispersion géographique des ADF et repoussent progressivement le groupe loin de la frontière ougandaise, ce qui a pour conséquence d'étendre la menace qui pèse sur les populations civiles.

« Ces difficultés, notamment le manque de renseignements tactiques, les problèmes de coordination et l'insuffisance des ressources, ont été abordées lors d'un forum provincial sur la paix consacré aux ADF, tenu à Beni du 23 au 25 février 2026 à l'initiative des autorités provinciales du Nord-Kivu. Les contre-offensives des FARDC ont également été limitées par un manque d'effectifs lié aux opérations militaires menées contre l'AFC/M23 » souligne le rapport.

Le Groupe d'experts rappelle également que les FARDC ont eu de plus en plus recours aux groupes armés Wazalendo, notamment l'Union des patriotes pour la libération du Congo (UPLC), dirigée par le « général » Germain Kambale Mayani, à des éléments du Nduma Défense du Congo-Rénové (NDC-R) de Guidon Shimiray Mwissa, un individu visé par des sanctions des Nations Unies, ainsi qu'à un détachement local de l'Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS), dirigé par le « général » Fimbo.

Selon le rapport, ces groupes ont participé à des opérations contre la cellule d'Abwakasi, active dans les environs de Manguredjipa, dans le territoire de Lubero, ainsi qu'aux opérations menées sur le site minier de Muchacha en mars 2026. Le rapport évoque la mort présumée de Muhammad Kasibante, alias Difenda ou Defender, l'un des principaux commandants des ADF.

« Le commandant des ADF, Muhammad Kasibante, alias Difenda ou Defender, serait décédé des suites de blessures subies lors d'affrontements avec les forces de Shujaa le 14 mars 2026, le long de la rivière Lindi (à Asangwa, dans le secteur de Bapere), qui sépare le territoire de Lubero de la province de la Tshopo. Toutefois, le Groupe d'experts n'a pas été en mesure de confirmer cette information de manière indépendante » ajoute le rapport

La publication de ce rapport intervient dans un contexte marqué par une série de massacres de populations civiles attribués aux rebelles terroristes des Forces démocratiques alliées, qui continuent de semer la désolation parmi les habitants malgré les opérations militaires conjointes menées par les Forces armées de la République démocratique du Congo et les forces ougandaises, l’Uganda People’s Defence Force.

Cette situation aggrave davantage la crise humanitaire dans cette partie de la RDC et provoque des déplacements massifs de populations. La persistance des violences, malgré l’état de siège en vigueur depuis cinq ans et l’opération militaire conjointe, ne cesse d’éroder la confiance des populations envers les autorités, certaines ayant le sentiment d’être abandonnées par leurs dirigeants.

Dans les territoires de Beni, dans la province du Nord-Kivu, ainsi qu’à Mambasa et dans d’autres localités de l’Ituri,  des zones désormais considérées comme "rouges " et au cœur de la menace des Forces démocratiques alliées,  de nouvelles attaques meurtrières ont été signalées ces derniers jours, malgré la présence des Forces armées de la République démocratique du Congo et de l’Uganda People’s Defence Force dans plusieurs zones opérationnelles.

Une situation qui n’a pas laissé indifférente la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, laquelle est montée au créneau samedi 9 mai 2026  pour condamner ces violences avec la plus grande fermeté et réitérer son appel à tous les acteurs afin qu’ils cessent immédiatement les attaques contre les civils et agissent dans le strict respect du droit international applicable

Rappelons-le, le général d'armée Muhoozi Kainerugaba, fils de Yoweri Kaguta Museveni et chef d'État-major général de l'armée ougandaise et le lieutenant général Jules Banza Mwilambwe, chef d'État-major des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) ont signé, vendredi 20 juin 2025, à Kinshasa, le mémorandum d'entente révisé sur les opérations conjointes Shujaa contre les terroristes ADF-MTM. 

Selon le général major et porte-parole des FARDC, Sylvain Ekenge, le nouveau mémorandum d'entente réactualisé en fonction de l'évolution actuelle de la situation sur le terrain prévoit le renforcement des opérations contre les ADF sur le terrain et leur élargissement dans les territoires de Mambasa en Ituri. Ces opérations conjointes seront également étendues contre les groupes armés auteurs de l'insécurité dans la province de l'Ituri plus particulièrement dans les territoires de Djugu, Irumu, Mahagi et Aru. Pour appuyer ces opérations, il a été décidé du maintien de l'équipe conjointe des renseignements. L'autre point inscrit dans le nouveau document est la sécurisation conjointe des travaux de réhabilitation de la route Kasindi - Beni - Butembo.

Précédemment accusées d'avoir étendu leur zone d'activités et d’influence sans l'approbation des autorités compétentes de la RDC, les forces ougandaises ont désormais un champ d'action élargi pour appuyer les FARDC dans la traque des ADF-MTM et d'autres groupes armés en vue de rétablir l'ordre et la sécurité dans cette région de la RDC.

L'opération Shujaa est une offensive militaire en cours menée par la RDC et l'Ouganda contre les forces insurgées au Kivu et en Ituri, principalement des groupes affiliés à l'État islamique (EI) et aux ADF. Cette opération a été lancée deux ans après l'accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême, soit en novembre 2021.

Clément MUAMBA