Kinshasa : entre écriture, scène et prise de parole, zoom sur les ateliers de slam de  la Constellation de l’Académie des beaux-arts

Foroy
Atelier slam de la Constellation

L’élection de nouveaux comités des étudiants dans les établissements d’études supérieures a vu le poète et artiste visuel Olivier Chiteya prendre la tête de l’académie des beaux-arts de Kinshasa. Cet établissement artistique, également centre culturel, abrite depuis un peu plus d’un mois des ateliers de slam-poésie dans le cadre des programmes de la nouvelle administration estudiantine. Une initiative qui attire des jeunes autour de l’art de la parole et qui porte de grandes ambitions pour le futur.

Reportage.

Il est un peu plus de 17h ce vendredi à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa. Dans l’une des salles de cette institution artistique de la capitale congolaise, les conversations s’estompent progressivement pour laisser place aux mots. Des carnets s’ouvrent, des stylos grattent encore quelques mots, des téléphones servent également pour les mêmes tâches. D’autres participants relisent silencieusement leurs textes avant de les soumettre au regard du groupe.

Chaque vendredi, une salle accueille les ateliers de slam organisés par la Constellation, une initiative de l’actuel président des étudiants, Olivier Chiteya. Le rendez-vous est devenu, au fil des semaines, un lieu de rencontre pour les passionnés de poésie, de littérature orale et de performance scénique.

Cette semaine, l’atelier a pris une dimension particulière avec la présence d’un invité venu du Canada : Le Slamo, artiste slameur congolais installé à Montréal. Autour de lui, des slameurs confirmés, des débutants et de simples amoureux des mots se retrouvent dans un même cercle.

La séance commence par un exercice désormais familier. Chacun est invité à partager un texte. Après chaque prestation, les autres participants réagissent, analysent, suggèrent des pistes d’amélioration.

« La première partie consistait à un partage des textes de chaque slameur et il y avait des feedbacks qui venaient de tous bords de la part des autres slameurs qui étaient là. C’était tellement constructif. J’ai tant appris et je pense que quand je vais rentrer chez moi, mes mots ne seront plus les mêmes parce qu’ils sont passés sur la machette chirurgicale des plumes que j’ai rencontrées ici », explique Le Slamo à ACTUALITE.CD

Assise parmi les participants, Joyce Lukoki suit attentivement les échanges. Pour elle, ces rencontres hebdomadaires répondent à un besoin réel dans un environnement où les espaces consacrés au slam restent rares.

« Si on est là chaque vendredi soir, c’est parce qu’on aime les mots et qu’on aime les partager. Pour moi, c’est surtout un cadre qui me permet d’apprendre à écrire, d’apprendre à slammer. J’aime les mots, j’aime entendre de belles paroles, et Constellation me permet de progresser dans ce que j’aime », confie-t-elle.

Au fil de la soirée, les textes abordent des thèmes variés : les rêves, les relations humaines, les réalités sociales ou encore les combats personnels. Certains textes sont encore hésitants, d’autres déjà très maîtrisés, mais tous trouvent leur place dans cet espace d’écoute.

Pour Joyce, les bénéfices vont bien au-delà de l’écriture.

« Avant d’être ici, j’avais fait une formation dans la voix off. Je n’avais pas l’habitude de me mettre devant les gens. Depuis que je participe à ces ateliers, j’ai appris à avoir du courage pour me présenter devant un public et parler. J’ai aussi appris à écrire et à faire évoluer mes textes. Je suis encore en train d’apprendre, mais j’ai déjà fait un pas », ajoute-t-elle.


Sur une autre chaise, Tatiana Ntumba observe avec attention les passages des autres participants. Elle se définit davantage comme poétesse que comme slameuse, mais reconnaît que ces ateliers lui apportent une nouvelle dimension.

« J’écris de la poésie depuis des années, mais ici il y a quelque chose de plus. Il y a des gens qui nous montrent comment nous tenir sur scène, comment parler, comment gérer notre temps, comment rester debout même lorsqu’on est stressé », explique-t-elle.

Pour la jeune femme, les ateliers dépassent largement le simple apprentissage du slam.

« Je recommanderais ces ateliers à beaucoup de personnes parce qu’ils ne servent pas seulement à apprendre à slammer ou à devenir poète. Ils permettent aussi d’apprendre à mieux parler devant les gens. C’est presque une formation à l’art oratoire », souligne-t-elle.

La deuxième partie de la rencontre est animée par Le Slamo. Le slameur venu de Montréal propose aux participants un échange autour des blocages que rencontrent souvent les auteurs face à la page blanche. L’exercice se poursuit avec des séances d’écriture libre où chacun est invité à écrire sans chercher immédiatement la perfection.

« On a partagé quelques astuces pour lutter contre le syndrome de la feuille blanche. On a aussi fait de l’écriture libre pour permettre aux slameurs de s’exprimer sans chercher à perfectionner dès la première phrase. Je pense que ça nous aidera tous dans nos parcours et dans nos carrières de slameurs », explique-t-il.

Au-delà des techniques, l’artiste se dit impressionné par ce qu’il découvre à Kinshasa.

« Je ne parle pas de niveau parce que chaque personne est unique avec son écriture. Mais j’ai aimé la sensibilité traduite dans les mots de chacun. Je suis certain qu’un slameur d’ici peut aller à Montréal, au Canada, à Paris ou n’importe où ailleurs et émerveiller le public, parce que la plume n’a pas de frontières », dit-il.

Dans la salle, Mbuta, l’un des participants réguliers, acquiesce. Pour lui, l’essence même de ces ateliers réside dans ce travail collectif qui permet à chacun de progresser.

« Ce qu’on fait ici, c’est prendre un moment où les gens viennent avec leurs textes, les déclament, puis reçoivent des remarques sur les points à améliorer. Notre but, c’est d’aller sur scène, de faire découvrir le slam et de le faire bien. Pour cela, il faut travailler, travailler et encore travailler. »

Selon lui, beaucoup de participants possèdent déjà une solide base d’écriture avant même de rejoindre l’atelier. "Elles ont une forte sensibilité dans l’écriture, mais ce n’est pas forcément du slam", précise-t-il, avant d’ajouter : 

« Nous ne les transformons pas. Nous nous servons de ce qu’elles sont déjà et nous les aidons à améliorer certains aspects : la déclamation, la présence devant le public, la gestion de la peur ».

Lorsque la séance touche à sa fin, les discussions se prolongent encore, personne ne semble pressé de quitter les lieux. Pour Le Slamo, cette expérience restera l’un des moments marquants de son séjour à Kinshasa, ce qui est une première pour lui qui a vécu à Bukavu avant de regagner l’Amérique.

« J’étais invité à un festival, mais je ne voulais pas quitter Kinshasa sans partager le peu que je connais du slam avec mes confrères et mes consœurs. Nous sommes des éternels apprenants. Les slameurs de Kinshasa ont aussi des choses à m’apprendre », a-t-il confié.

A long terme, le projet est de faire un spectacle avec les artistes participants à ces ateliers devant un grand public. 

Kuzamba Mbuangu