Après une première présentation au JRK Garden, dans la commune de Ngaliema, l’artiste plasticien Rodrigo Gukwikila a installé son exposition « Rayon Z », samedi 2 août, à Canon Beach, dans la commune de la N’Sele.
Présentée à l’occasion du premier anniversaire de ce site touristique, cette nouvelle étape s’inscrit dans la dynamique de Bilanga Mobile, une plateforme créée par l’artiste pour sortir l’art des galeries et l’amener au plus près du public.
À Canon Beach, les œuvres dialoguent avec le paysage, les visiteurs et l’ambiance du lieu. Pour Rodrigo Gukwikila, cette rencontre entre l’art et son environnement est une manière de rendre la création plus accessible et de susciter un échange direct avec la population.
« Nous sommes ici pour poursuivre l’aventure de Rayon Z à l’occasion du premier anniversaire de Canon Beach. Lors de l’ouverture du site, nous étions déjà présents avec des étudiants qui avaient exposé leurs œuvres. Un an plus tard, nous revenons pour prolonger cette démarche autour de l’éclat du présent », explique l’artiste.
Le projet propose une réflexion sur le temps, la résilience et la capacité de chacun à trouver de la lumière malgré les épreuves. Le titre fait référence au dernier rayon de lumière avant la nuit, une métaphore qui invite à vivre pleinement chaque instant.
« Le rayon, c’est l’éclat. Le Z, dernière lettre de l’alphabet, représente les derniers instants que nous pouvons vivre. C’est cet éclat du présent qui circule dans notre quotidien et que nous voulons partager avec la communauté », résume Rodrigo.
À travers cette démarche, Rodrigo Gukwikila souhaite également répondre à un constat selon lequel l’art reste encore peu présent dans le quotidien d’une grande partie de la population. Selon lui, le rôle de l’artiste ne se limite pas à dénoncer cette réalité, mais consiste aussi à créer les conditions d’une véritable rencontre entre les œuvres et le public.
« Nous ne voulons pas seulement parler des problèmes. Nous voulons apporter des solutions dans l’imaginaire collectif. Avec Bilanga Mobile, nous voulons permettre aux gens de découvrir l’art, de l’observer et, progressivement, de se l’approprier », affirme-t-il.
L’artiste cite d’ailleurs un épisode survenu lors de l’exposition pour illustrer cette réalité. Une visiteuse avait demandé que des tableaux soient déplacés afin de pouvoir s’installer, sans savoir qu’il s’agissait d’une exposition. Après quelques explications, elle a compris la démarche artistique.
« Elle voyait simplement des tableaux. Lorsqu’on lui a expliqué le projet, elle a compris leur valeur. C’est précisément ce type de rencontre que nous recherchons », raconte-t-il.
Cette exposition marque également une évolution dans le parcours de Rodrigo Gukwikila car après plus de 10 ans de pratique et une formation académique en arts plastiques, il affirme avoir choisi de s’affranchir progressivement du figuratif pour explorer une expression plus intuitive et plus personnelle.
Cette orientation est née d’une expérience qui l’a profondément marqué. Tombé malade il y a quelques années, il raconte avoir eu l’impression que son regard fonctionnait comme les anciens téléviseurs noir et blanc, avec des images brouillées et des mouvements inhabituels. Une sensation qui a fini par nourrir son univers artistique.
« Je me suis demandé ce qui se passait dans ma tête. C’est à partir de cette expérience que j’ai commencé à développer ce travail. Aujourd’hui, je veux proposer autre chose que le figuratif. C’est ma liberté, mon expression, c’est mon art », confie-t-il.
Depuis janvier, Rodrigo Gukwikila s’est lancé le défi de réaliser près de 200 œuvres autour du concept « Rayon Z ». Une soixantaine ont déjà été produites. À chaque exposition, il en présente une sélection, faisant de ce projet une création en constante évolution.
« Je veux pouvoir exposer partout. Si vous m’invitez chez vous, j’apporterai Rayon Z. Ce projet est fait pour voyager. Je n’ai pas peur que certains ne comprennent pas immédiatement ma démarche. Ceux qui suivent mon travail savent où je vais, et les autres finiront par comprendre », conclut-il.
Après une période dominée par la précision et la représentation du réel, Rodrigo Gukwikila privilégie aujourd'hui une création plus instinctive, nourrie par les émotions, les mouvements intérieurs et les énergies qui traversent son quotidien.