Après la journée "ville morte", la coalition d’opposition C64 s'apprête à organiser un sit-in ce vendredi 12 juin devant le Palais du Peuple, siège du Parlement afin de s’opposer à l’initiative qu’elle qualifie de "funeste" de la majorité parlementaire, visant à changer la Constitution. Une proposition de loi référendaire a même déjà été adoptée à l’Assemblée nationale et envoyée au Sénat pour seconde lecture. L’opposition accuse le pouvoir de vouloir prolonger le maintien de Félix Tshisekedi à la tête de la RDC alors que son deuxième et dernier mandat constitutionnel s’achève en décembre 2028.
Pour le gouvernement, la population avait déjà exprimé son rejet des orientations politiques défendues par l’opposition lors de la précédente activité de " ville morte" qui pourtant, avait paralysé la ville de Kinshasa.
"Je crois que les Congolais avaient déjà dit non à ceux qui implorent l’esprit des morts. Autant les Congolais diront non à ceux qui veulent les maintenir assis, parce que nous voulons rester debout et continuer à travailler", a réagi Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement lors d’un briefing de presse mardi.
Le porte-parole du gouvernement a insisté sur la priorité donnée par les autorités aux actions de développement, tout en remettant en cause les critiques de l’opposition, estimant qu’elles ne reflètent pas la réalité vécue par la population.
"La position du gouvernement, c’est que nous travaillons et que nous construisons des routes et d’autres infrastructures. Le travail que nous faisons, dans chaque secteur, est destiné aux Congolais. On ne peut pas compter sur la bonne foi de personnes de mauvaise foi. Ceux auxquels vous faites référence sont les premiers témoins des changements portés par le Président de la République, y compris dans leurs provinces d’origine, mais certains n’ont pas le courage de le reconnaître", a-t-il souligné.
Cette activité de l'opposition interviendra après l’adoption à l'Assemblée nationale de la proposition de loi sur le référendum. Ce texte a été fait sans la participation des élus nationaux de l’opposition, qui y voient une manœuvre du pouvoir en place visant, selon eux, à ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle susceptible de prolonger le maintien de Félix Tshisekedi à la tête du pays. Cette lecture intervient dans un contexte où le chef de l’État est considéré comme étant à son second et dernier mandat au regard du calendrier électoral prévoyant des élections en 2028 et une cérémonie de remise et reprise en janvier 2029.
Du côté de la majorité parlementaire, les élus insistent sur le fait que le texte en discussion vise uniquement à doter la République démocratique du Congo d’un cadre légal permettant au peuple de se prononcer sur des questions majeures de la vie nationale. Cette proposition de loi, déposée le 14 décembre 2024 par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, vise selon son auteur à combler un vide juridique et à adapter le cadre légal du référendum aux exigences de la Constitution en vigueur.
Face à cette situation et à la suite de la journée ville morte, l’opposition réunie au sein de la coalition C64 a annoncé une activité de protestation devant le Palais du Peuple, siège du Parlement congolais. À ce sujet, les partis membres de cette coalition ont déjà informé le gouverneur de la ville de Kinshasa de la tenue de cette manifestation dans cet édifice souvent présenté comme un lieu d’inviolabilité.
Dans ce contexte, l’opposition congolaise aura la lourde responsabilité de faire reculer le Parlement, comme ce fut le cas en 2015 à la suite d’une série de manifestations. À l’époque, le Sénat, dirigé par Léon Kengo wa Dondo, avait affirmé avoir "écouté la rue" en supprimant la disposition conditionnant les élections au recensement dans le projet de loi électorale, déjà adopté en première lecture à l’Assemblée nationale alors présidée par Aubin Minaku.
Clément MUAMBA