La Commission interinstitutionnelle d'aide aux victimes et d'appui aux réformes (CIA-VAR) a pris une part active à la commémoration de la Journée nationale du GENOCOST, organisée ce dimanche 2 août 2026 au Mémorial du GENOCOST à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, en présence du Président de la République, Félix Tshisekedi, ainsi que de plusieurs autorités politiques, judiciaires, administratives et d'autres personnalités réunies pour la circonstance.
Instituée par le Gouvernement de la République démocratique du Congo depuis 2022, cette journée rend hommage aux dizaines de millions de Congolais victimes des guerres et des conflits armés qui frappent le pays depuis près de trois décennies. Le terme GENOCOST, contraction de « Géno » (génocide) et « Cost » (coût), désigne le génocide congolais lié à l'exploitation des richesses naturelles à des fins économiques.
À cette occasion, le coordonnateur de la CIA-VAR, François Kakese, a apporté des précisions sur la stratégie gouvernementale en matière de mémoire, de justice transitionnelle, de réparations et de plaidoyer international. Dans son intervention, la CIA-VAR a tenu à clarifier une distinction jugée essentielle entre les notions de GENOCOST et de génocide.
« Ces deux notions, GENOCOST et génocide, sont parfois confondues, alors qu'elles renvoient à des réalités distinctes, quoique complémentaires. Le GENOCOST est le cadre mémoriel à travers lequel la Nation reconnaît, honore et transmet la mémoire de l'ensemble des victimes des crimes internationaux commis sur notre territoire. Il constitue un référentiel national pour une mémoire longtemps fragmentée, silencieuse et trop souvent ignorée. Il rappelle que, derrière les chiffres, se trouvent des femmes, des hommes, des enfants, des familles et des communautés meurtries, dont les souffrances ne sauraient être réduites à de simples statistiques » a expliqué François Kakese.
D'après François Kakese, le GENOCOST rassemble également, dans une même mémoire nationale, les victimes des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, du crime d'agression ainsi que des faits susceptibles de relever de la qualification de génocide.
« Le GENOCOST rassemble, dans une même mémoire nationale, les victimes des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité, du crime d'agression ainsi que des faits susceptibles de relever de la qualification de génocide. Il met aussi en lumière une constance observée à travers plusieurs cycles de violence, à savoir des logiques économiques liées à l'exploitation illicite des ressources naturelles et à des dynamiques de prédation et d'expansion territoriale qui ont alimenté et prolongé les conflits » a-t-il ajouté.
Le génocide, en revanche, a précisé François Kakese de la CIA-VAR, renvoie à une qualification juridique précise, définie par la Convention des Nations Unies du 9 décembre 1948, dont la reconnaissance obéit à des critères rigoureux, au premier rang desquels figure l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe ou une communauté protégée.
Selon lui, certains faits commis en RDC s'apparentent à des actes de génocide, d'où la démarche engagée par le Gouvernement.
« Notre démarche ne consiste pas à substituer le GENOCOST à cette notion juridique du génocide, mais à soumettre à une analyse scientifique et juridique rigoureuse des faits documentés dont la qualification a longtemps été reléguée au rang de tabou. Certains de ces faits, certaines campagnes de violence et certains modes opératoires présentent en effet des caractéristiques susceptibles de satisfaire aux critères de la Convention de 1948. Cela appelle un examen approfondi fondé sur les faits, les preuves et les standards internationaux applicables, notamment au regard des groupes ethniques ou des communautés qui ont été spécifiquement visés » a-t-il fait savoir.
Pour la CIA-VAR, dans le cadre de la stratégie de la RDC, ces deux notions se complètent. Le coordonnateur de la Commission affirme que cette initiative ne vise ni la stigmatisation d'un peuple ni une concurrence des mémoires.
« Autrement dit, le GENOCOST est le cadre dans lequel la Nation honore l'ensemble de ses victimes. Le plaidoyer pour la reconnaissance internationale des génocides poursuit un objectif juridique, scientifique et diplomatique distinct. Ces deux démarches ne s'opposent pas, elles se complètent : l'une relève du devoir de mémoire, l'autre de la recherche de la vérité juridique et de la reconnaissance internationale des crimes les plus graves. Notre démarche ne procède ni d'une volonté de stigmatisation ni d'une concurrence des mémoires, encore moins d'une instrumentalisation de l'histoire » a-t-il précisé.
Poursuivant son intervention, François Kakese a affirmé que la démarche de la RDC ne vise aucun pays ni aucun peuple. À l'en croire, il s'agit d'un combat fondé sur la vérité des faits afin d'honorer la mémoire des victimes et des survivants.
« Comme l'a rappelé le Président de la République lors du lancement de ce plaidoyer à Genève puis à New York, il ne s'agit pas d'un combat dirigé contre un peuple, une communauté ou une nation. C'est un combat pour la vérité, pour la justice, pour la dignité des victimes et pour la prévention des atrocités de demain. Reconnaître, ce n'est pas raviver les blessures du passé, c'est empêcher que le silence ne favorise la récidive. C'est rendre leur dignité aux victimes et opposer la vérité au déni. Cette articulation entre mémoire, vérité, justice, réparation et plaidoyer constitue le socle de la politique nationale portée par Son Excellence Monsieur le Président de la République » a affirmé le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR.
Pour y parvenir, François Kakese a indiqué que c'est la CIA-VAR qui assure la veille interinstitutionnelle, la coordination et l'accompagnement technique afin de garantir la cohérence et l'efficacité de cette politique. Cette démarche a été précédée d'une série d'activités visant à renforcer la stratégie du Gouvernement congolais.
Pour garantir la cohérence de cette action, dit-il, une feuille de route du GENOCOST est élaborée chaque année et validée par le comité de pilotage de la CIA-VAR, présidé par le directeur de cabinet du Président de la République. Selon lui, ce document traduit les orientations définies au plus haut niveau de l'État en actions coordonnées et évaluables, au service d'une stratégie nationale cohérente.
« Comprendre la dynamique que nous commémorons aujourd'hui suppose de la replacer dans la trajectoire qui lui a donné naissance. Cette trajectoire s'est affirmée à travers plusieurs étapes déterminantes, telles que les commémorations annuelles du GENOCOST, le segment de haut niveau au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, la table ronde sur l'appropriation collective du GENOCOST, ainsi que les événements parallèles tenus l'année dernière à Genève et à New York dans le cadre du plaidoyer pour la reconnaissance des génocides" a-t-il déclaré.
Il a poursuivi :
« À chacune de ces étapes, une même exigence a guidé notre action : faire de la mémoire un levier de justice, de la justice un instrument de réparation, de la réparation un facteur de réconciliation et de la réconciliation le fondement d'une paix durable. C'est en réponse à cette exigence que s'est structuré l'écosystème institutionnel placé sous la supervision du Gouvernement, à travers le ministère des Droits humains. La CIA-VAR en assure la coordination technique, en synergie avec le FONAREV. »
La date du 2 août, qui marque le début de la deuxième guerre du Congo en 1998, a été retenue comme Journée nationale de commémoration des victimes des violences massives ayant endeuillé le pays depuis plus de trois décennies, ainsi que d’hommage à celles et ceux qui leur ont porté assistance. Cette consécration tire son fondement de l’article 28 de la loi du 26 décembre 2022 fixant les principes fondamentaux relatifs à la protection et à la réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits ainsi que des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
Rappelons que la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV) ont été institués par cette même loi de décembre 2022. Ces deux institutions demeurent aujourd’hui des acteurs majeurs dans la mise en œuvre de cette politique de mémoire, de réparation et de justice transitionnelle.
Clément MUAMBA