Troisième mandat : Fred Bauma interpelle Tshisekedi sur son héritage et l'accuse de « plier les institutions à la volonté d'un individu »

Le président Félix Tshisekedi lors de son discours d'investiture.

La question du troisième mandat de Félix Tshisekedi a provoqué l'une des interventions les plus marquantes du Space live animé par Stanis Bujakera Tshiamala. Fred Bauma, chercheur à Ebuteli, a livré une charge méthodique et personnelle contre ce qu'il considère comme une dérive dangereuse pour la démocratie congolaise.

Le chercheur a d'abord posé le problème dans sa dimension institutionnelle. Dès lors que l'objectif du débat constitutionnel n'est plus d'améliorer le fonctionnement des institutions, mais de trouver les moyens d'offrir un troisième mandat au chef de l'État, « on plie les institutions à la volonté d'un individu », a-t-il tranché. « Le débat est posé parce que le président indique qu'il le veut. C'est tout. »

Sur le plan éthique, Bauma a rappelé que Tshisekedi a prêté serment par deux fois de défendre et protéger la Constitution, celle-là même dont il est le garant. « La parole d'un homme d'État doit être tenue. Sinon, à quoi sert-il d'aller vers le peuple si on lui dit le lendemain le contraire de ce qu'on lui a promis ? » Il a également convoqué l'histoire de l'UDPS : le parti a mobilisé pendant des décennies pour défendre cette Constitution, au prix du sang. « Le 19 et 20 septembre 2016, l'UDPS avait appelé à des manifestations pour le respect des délais constitutionnels. Une quarantaine de personnes ont été tuées. L'UDPS ne peut pas se permettre d'enterrer quarante ans de son histoire pour devenir ce qu'il a combattu. »

Bauma a ensuite soulevé l'indécence du timing. Le pays est en guerre, une partie de deux provinces importantes échappe au contrôle de l'État, des populations entières vivent en errance. Tshisekedi avait fait campagne en 2023 en promettant de mettre fin à la guerre, une promesse que des déplacés des camps au nord de l'aéroport de Goma avaient crue en votant massivement pour lui. « Profiter de la guerre pour faire passer des pilules amères à cette population, ce serait exploiter sa misère. C'est indécent », a-t-il dit. Il a ajouté l'argument constitutionnel : la Constitution interdit toute révision en période d'état de siège, et lever cet état de siège aujourd'hui, alors que la situation sécuritaire est encore plus fragile qu'au moment de sa proclamation, est tout simplement impensable.

Enfin, Bauma a interpellé Tshisekedi sur son propre héritage politique, en lui tendant le miroir de Joseph Kabila. « Je suis convaincu que si Kabila avait décidé de quitter le pouvoir en 2016, il aurait une mémoire très différente de celle qu'il a aujourd'hui. Le fait de vouloir s'éterniser l'a fragilisé, lui et le pays. On paie encore ce prix. » Avant de conclure, sombre : « Je ne sais pas qui conseille le président d'aller dans cette voie. Mais ça fragilise les accords de Washington, ça fragilise le pays, et si ce n'est pas arrêté, ça enfermera la RDC dans un cycle où il faudra utiliser toujours plus de violence pour se pérenniser. Ni lui ni la population n'y gagnent quoi que ce soit. »