« Un pays avec 80 ou 90 % de croyants, comment pouvez-vous continuer à dire que c'est un État laïc ? » : l'archevêque Ejiba Yamapia plaide pour le changement de la constitution 

La question de la révision ou changement constitutionnel en République démocratique du Congo ne se limite pas à un débat politique. Elle touche aussi, selon l'archevêque Ejiba Yamapia, des enjeux identitaires, religieux et sociaux profonds que le texte fondamental actuel ne reflétait pas fidèlement.

Interrogé par Stanis Bujakera Tshiamala lors d'un live Space sur X mardi, sur les raisons qui justifieraient une révision ou changement de la Constitution, le pasteur a dressé un réquisitoire articulé autour de plusieurs griefs, dont le plus saillant touche à la nature laïque d'un État majoritairement croyant.

« Un pays avec 80 ou 90 % de croyants, comment pouvez-vous continuer à dire que c'est un État laïc ? » a lancé l'archevêque, sur un ton à la fois interrogatif et provocateur. Pour Ejiba Yamapia, la contradiction est manifeste : la Constitution reconnaît explicitement le pouvoir des chefs coutumiers et de diverses institutions traditionnelles, mais ne consacre nulle part le rôle ni le droit du clergé. Une omission qu'il juge difficilement défendable dans un pays où la foi, qu'elle soit chrétienne ou musulmane, structure en profondeur le tissu social et moral de la nation.

« Pourquoi ne pas le déclarer carrément un État croyant ? » a-t-il suggéré, précisant aussitôt qu'une telle reconnaissance n'opposerait pas les communautés religieuses entre elles, mais refléterait une réalité démographique et culturelle incontestable. Rappelant que ce pays « a été dédié entre les mains de Dieu », il a plaidé pour que le droit constitutionnel rejoigne enfin, selon lui, la vérité du terrain. Rappelons que la RDC est à ce jour, un État laïc.

Autre grief soulevé par l'archevêque : le principe de la nationalité congolaise « une et exclusive », inscrit dans la Constitution. Ce dispositif frappe, dit-il, de nombreux Congolais de la diaspora qui, ayant acquis une nationalité belge ou américaine, se trouvent exclus de plein droit de leur citoyenneté d'origine. Il a cité, à titre d'illustration, le cas des joueurs potentiels des Léopards : « Il y a de nos jeunes gens qui, si on avait accepté la binationalité dans notre Constitution, allaient démontrer leur talent dans l'équipe nationale. »

L'archevêque a également évoqué les récents accords de Washington, qu'il juge « bénéfiques pour la nation ». Il a relevé que ces accords prévoient des réformes nécessitant une mise en cohérence avec le cadre constitutionnel existant, ce qui rendrait, selon lui, le débat sur la révision non seulement légitime, mais inévitable.

Prenant acte des tensions que suscite ce débat, l'archevêque Ejiba Yamapia a fermement condamné les attaques ad hominem visant ceux qui se prononcent en faveur d'une réforme. Répondant à des accusations selon lesquelles certains partisans de la révision « parleraient comme des perroquets », il a estimé que ces propos « frisent le mépris » et constituaient une atteinte à la dignité citoyenne. « Ma Bible m'enseigne qu'il faut respecter son prochain », a-t-il rappelé, avant d'avertir que les insultes, au-delà de leur dimension morale, sont aussi des infractions au regard du droit.