Kinshasa : des jeunes leaders de la société civile débattent de la réforme constitutionnelle et de la double nationalité 

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Les participants à la matinée de réflexion entre jeunes leaders de la société civile et des étudiants

La Coalition citoyenne pour la Nation a organisé, ce samedi 23 mai, au bâtiment administratif Tembe na Tembe à Kinshasa, une matinée de réflexion réunissant des jeunes leaders de la société civile et des étudiants autour du thème "Les jeunes face à la problématique de la réforme constitutionnelle en RDC".

Cette rencontre visait à ouvrir un cadre de réflexion citoyenne autour des enjeux actuels, en particulier ceux liés à une éventuelle révision ou modification de la Constitution congolaise, dans un contexte marqué par des débats récurrents sur la gouvernance, la sécurité, la paix et l’implication des jeunes dans la vie politique.

Les échanges ont notamment porté sur la consolidation de la paix, la préservation de l’intégrité territoriale, la place de la jeunesse dans les débats institutionnels ainsi que la problématique de la double nationalité.

« La jeunesse ne doit pas réfléchir par procuration »

Le premier panel, axé sur le thème "Comment maintenir l’équilibre entre la paix et la sécurité dans cette période difficile", a été animé par Nathanaël Atibu. Au cours de son intervention, il a insisté sur le rôle central de la Constitution dans le maintien de la stabilité des institutions et dans la prévention des crises politiques.

« La Constitution n’est pas seulement un texte juridique. Elle représente le pacte de confiance entre l’État et les citoyens. Elle organise le pouvoir, protège les libertés, garantit les droits et fixe les règles du vivre-ensemble », a-t-il déclaré.

Pour Nathanaël Atibu, dans un pays confronté à des conflits récurrents et à des tensions politiques comme la RDC, le respect de la Constitution demeure indispensable à la cohésion nationale et à la préservation de la paix.

« Lorsque les règles du jeu sont contestées, imposées ou mal comprises, cela peut engendrer des frustrations, des divisions, voire des violences », a-t-il expliqué.

S’adressant à la jeunesse, il a insisté sur la nécessité pour les jeunes de ne pas se laisser instrumentaliser dans les débats politiques.

« Nous devons refuser d’être manipulés ou transformés en acteurs de violences politiques. La jeunesse doit devenir une force de réflexion, de vigilance citoyenne et de propositions », a-t-il affirmé.

L’intervenant a également invité les jeunes à adopter une démarche autonome et critique face aux discussions autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle.

« On ne peut pas réfléchir par procuration. Si nous devons soutenir un changement ou une révision, nous devons savoir ce qui doit être changé et pourquoi », a-t-il déclaré, invitant les jeunes à élaborer leurs propres revendications institutionnelles.

Parmi les propositions évoquées figure notamment la création d’un organe constitutionnel consacré à la jeunesse, à l’instar des conseils nationaux de la jeunesse existant dans certains pays africains.

Le débat sur la double nationalité relancé

Le deuxième panel a été consacré à la problématique de la double nationalité en République démocratique du Congo. Les discussions ont été animées par Me Gauthier Nkanga, qui a rappelé, dans son exposé, les fondements juridiques de la nationalité congolaise.

L’avocat a souligné que la Constitution actuellement en vigueur repose sur les principes d’unicité et d’exclusivité de la nationalité congolaise.

« Depuis 1964, toutes les constitutions congolaises ont maintenu ce principe », a-t-il indiqué.

Selon lui, cette orientation historique s’explique notamment par des considérations liées à la souveraineté nationale ainsi qu’à la volonté d’éviter des situations de loyautés partagées dans un contexte politique souvent sensible.

Toutefois, Me Gauthier Nkanga estime que les réalités actuelles, notamment l’importance grandissante de la diaspora congolaise et les mutations sociales, rendent nécessaire une réflexion plus approfondie sur la question de la double nationalité en RDC.

« La diaspora contribue déjà à l’économie nationale »

Dans son exposé, l’avocat a mis en avant l’apport économique des Congolais vivant à l’étranger. Il affirme que ceux-ci jouent un rôle majeur dans les investissements, les transferts financiers et certains secteurs économiques du pays.

« La diaspora apporte beaucoup à l’économie nationale et, parfois, supplée même certaines insuffisances de l’État », a-t-il soutenu.

Il a également évoqué les limitations auxquelles seraient confrontés certains Congolais d’origine ayant acquis une nationalité étrangère, notamment dans les domaines de la sous-traitance, de l’immobilier ou de l’investissement.

Sur le plan politique, Me Nkanga a estimé que plusieurs responsables congolais détiendraient déjà, de manière officieuse, une autre nationalité, malgré l’interdiction constitutionnelle.

Il a aussi évoqué le cas des sportifs binationaux évoluant au sein de l’équipe nationale congolaise. Sur la question, il estime que cette réalité illustre les limites pratiques du cadre juridique actuel.

« Il est important de réfléchir sérieusement à la question de la double nationalité, notamment pour les Congolais d’origine », a-t-il plaidé.

Il a également insisté sur la nécessité d’aborder toute réforme constitutionnelle avec prudence et responsabilité.

« La Constitution est une question extrêmement importante. On ne la modifie pas comme une simple loi ordinaire », a-t-il déclaré, appelant à privilégier des débats fondés sur des préoccupations concrètes de société plutôt que sur des intérêts politiques immédiats.

Une nouvelles coalition pour la réflexion citoyenne

Dans la continuité des échanges, Grâce Ebuwe, président de la plateforme Pona Congo, a annoncé la sortie officielle de la Coalition citoyenne pour la Nation prévue le 5 juin prochain, à travers une marche pacifique.

Initiée par l’archevêque Ejiba Yamapia Evariste, cette plateforme rassemble des acteurs de la société civile confessionnelle et non confessionnelle. Selon ses initiateurs, elle entend offrir un espace de dialogue et de réflexion autour des grands enjeux nationaux.

« L’objectif n’est pas d’imposer une pensée, mais de créer un cadre libre de réflexion autour des enjeux de l’heure », a expliqué Grâce Ebuwe.

Pour lui, la jeunesse congolaise doit prendre part aux débats portant sur l’avenir institutionnel du pays.

« Nous ne pouvons pas rester silencieux sous prétexte que nous n’occupons pas de fonctions politiques. Les décisions prises aujourd’hui auront un impact direct sur notre avenir », a-t-il déclaré.

La coalition prévoit notamment la mise en place de structures de coordination dans plusieurs secteurs, l’organisation de sessions de formation sur les questions constitutionnelles à l’intention des communicateurs, ainsi que des activités de sensibilisation sur le terrain.

James Mutuba