Se dirige-t-on vers la convocation d’un dialogue national en République démocratique du Congo avec l’implication de la République d’Angola ? La question mérite d’être posée d’autant plus que lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, l’ambassadeur Francisco José da Cruz, représentant permanent de la République d’Angola auprès des Nations Unies, a, après avoir déploré la situation sécuritaire dans la région, qui continue de se détériorer et se caractérise par une prolifération préoccupante des groupes armés, alimentée par la méfiance entre les communautés, rappelé l’engagement de son président, João Lourenço, auprès des parties prenantes congolaises pour créer les conditions d’un dialogue inclusif en vue de la réconciliation nationale.
Sans toutefois préciser la date de la convocation dudit dialogue national, tant attendu par les forces sociopolitiques congolaises, en particulier celles de l’opposition, ni la réaction des autorités congolaises, l’ambassadeur Francisco José da Cruz a révélé mercredi 15 avril 2026 que les efforts du président João Manuel Gonçalves Lourenço " ont abouti à l’élaboration d’un mandat de dialogue structuré et transparent". Selon le diplomate angolais, ce cadre a également été présenté aux autorités de la République démocratique du Congo. Ce dialogue national, selon ses partisans et les partenaires régionaux et internationaux de la RDC, est censé venir en appui aux initiatives diplomatiques internationales en cours, appuyées par l’Union africaine.
"Dans ce contexte et conformément aux efforts régionaux et internationaux pour la paix en République Démocratique du Congo, Son Excellence João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola, a participé activement aux côtés des partenaires congolais et a créé les conditions pour un dialogue inclusif entre Congolais visant à une réconciliation nationale. Cet effort a abouti à la rédaction du mandat pour un dialogue structuré, transparent et axé sur les résultats, celui-ci a été présenté aux autorités de la République Démocratique du Congo", a déclaré l’ambassadeur Angolais Francisco José da Cruz lors de son intervention.
Pour le représentant de l’Angola à l’ONU, la situation dans l’Est de la RDC reste une importante source de tensions régionales. Il dit reconnaître les différentes initiatives régionales et internationales visant à restaurer la confiance et à faire avancer la paix dans la région, rappelant que la République d’Angola demeure gravement préoccupée par la situation de conflit dans l’Est de la RDC et ses répercussions potentielles pour la région.
Il a réitéré la position selon laquelle une solution durable ne peut être obtenue par des moyens militaires uniquement. À cet égard, il souligne l’importance d’une mise en œuvre pleine et vérifiable des engagements pris dans le cadre de l’accord de Doha du 15 novembre 2025, de l’accord de Washington du 4 décembre 2025, ainsi que des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 2773 et 2808.
"Ces engagements sont essentiels pour restaurer la confiance et garantir la crédibilité du processus de paix, lequel doit également être inclusif, approprié et dirigé au niveau national. Nous sommes également encouragés par les évolutions récentes, notamment la réunion entre la RDC et le Rwanda tenue à Washington le 18 mars 2026 en vue d’une désescalade des tensions, ainsi que la réunion tenue à Genève sous format de l’Union africaine pour évaluer les progrès sur le terrain, y compris les travaux du mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu", a déclaré l’ambassadeur Angolais Francisco José da Cruz lors de son intervention.
Et de poursuivre :
"L’Angola réitère son plein soutien aux efforts régionaux et internationaux en cours afin de parvenir à une solution politique et durable au conflit en RDC. Nous insistons sur l’importance de renforcer la coordination et la cohérence entre les différentes initiatives de médiation. Nous sommes également guidés par le principe de solutions africaines aux problèmes africains et saluons le rôle de Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, Président de la République togolaise, en sa capacité de médiateur de l’Union africaine, afin d’optimiser les synergies et d’éviter les fragmentations. Nous appelons le Conseil de sécurité à garantir la pleine participation de toutes les parties concernées dans la mise en œuvre des accords conclus, en vue de préserver les progrès réalisés".
La République d’Angola avait officiellement reçu le mandat d’engager des consultations avec les différentes parties congolaises en vue de préparer un dialogue intercongolais. Il s’agissait de l’une des résolutions issues de la rencontre de Luanda, qui a réuni le président angolais João Lourenço, à l'époque président en exercice de l’Union africaine (UA), son homologue congolais Félix Tshisekedi, le chef de l’État togolais Faure Essozimna Gnassingbé, médiateur de l’UA dans la crise congolaise, ainsi qu’Olusegun Obasanjo, représentant les cinq anciens Chefs d’État désignés comme facilitateurs du processus de paix en RDC.
Dans une communication faite mercredi 11 février 2026, la Présidence angolaise a fait le point sur cette recommandation. Luanda a promis de révéler, en temps voulu, le lancement de la phase préparatoire de ce dialogue tant attendu dans l’environnement sociopolitique congolais, en vue d’appuyer les processus de Washington ainsi que celui de Doha.
Les positions des acteurs politiques congolais divergent fortement. Le pouvoir défend un dialogue encadré, piloté par les institutions de la République, excluant toute remise en cause de l’ordre constitutionnel et toute forme d’impunité. À l’inverse, le parti Ensemble pour la République de Moïse Katumbi rejette un dialogue conduit par le pouvoir et estime qu’il ne peut être crédible que sous l’égide du tandem formé par la CENCO et l’ECC, à l’origine d’une feuille de route commune pour un dialogue national. Cette formation qualifie le schéma présidentiel de « simulacre de dialogue ». C’est aussi la position de Martin Fayulu qui insiste sur le rôle des églises.
Les confessions religieuses, en particulier la CENCO et l’ECC, défendent une approche inclusive du dialogue, tout en affirmant que l’inclusivité ne signifie pas l’impunité. Elles évoquent la possibilité de mécanismes de justice transitionnelle et appellent à un dialogue rapide afin d’éviter l’enracinement des groupes armés dans les zones occupées. D’autres acteurs de la société civile soulignent, à l’instar de responsables associatifs, que le dialogue « n’est pas une blanchisserie », tout en reconnaissant la nécessité d’un cadre de discussion pour sortir de l’impasse.
À ce stade, le dialogue national n’est toujours pas convoqué. Les initiatives diplomatiques parallèles, notamment les processus de Washington et de Doha, progressent sur le plan politique, mais sans résultats tangibles sur le terrain, où la situation sécuritaire demeure dégradée dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le mandat confié à l’Angola apparaît ainsi comme la principale séquence opérationnelle en cours, dans un contexte de méfiance persistante et de divergences profondes entre les acteurs congolais.
Clément MUAMBA