Interrogé alors qu’il séjourne actuellement à Pretoria, en Afrique du Sud, pour le grand événement PFL Africa, l’entrepreneur et acteur sportif congolais Didon Kibuka tire la sonnette d’alarme sur la situation préoccupante de la Team RDC de MMA amateur. À quelques jours du Championnat d’Afrique IMMAF 2026, prévu du 13 au 19 avril à Luanda, en Angola, la sélection congolaise, qui avait brillé l’an dernier, se retrouve une fois de plus livrée à elle-même.
En 2025, la Team RDC avait réalisé un exploit historique : 14 combattants engagés, 10 médailles remportées — dont 6 en or, 2 en argent et 2 en bronze — propulsant la République démocratique du Congo à la 2ᵉ place du classement continental, juste derrière l’Angola, pays hôte, avec le meilleur taux de réussite du tournoi. Cette performance avait nourri l’espoir d’une reconnaissance durable et d’un véritable accompagnement institutionnel.
De retour à Kinshasa, les athlètes avaient présenté leurs médailles à Son Excellence Monsieur le Ministre des Sports, Didier Budimbu, qui leur avait promis un soutien en vue de leur participation au Championnat du monde en Géorgie. « Cette promesse n’a jamais été concrétisée faute de moyens, et la RDC a manqué une occasion majeure de s’affirmer sur la scène internationale », regrette Didon Kibuka.
Un an plus tard, le scénario se répète. Selon lui, les combattants congolais doivent aujourd’hui financer eux-mêmes leurs licences, billets d’avion et de bus, hébergement, repas et frais d’enregistrement. « On demande à des athlètes amateurs, sans salaire, de financer intégralement leur participation pour défendre les couleurs de leur pays. C’est moralement et matériellement insoutenable », déplore-t-il.
Au-delà de l’aspect financier, c’est le symbole qui choque l’entrepreneur congolais. « Comment comprendre que des sportifs qui portent le drapeau dans la cage soient moins considérés que des supporters dans les tribunes ? Si les fans de l’équipe nationale de football ont pu recevoir des véhicules en guise de reconnaissance, à combien plus forte raison les “Léopards Amateurs” de MMA méritent-ils un soutien réel de leur gouvernement ? », s’interroge-t-il.

Le contraste est d’autant plus frappant que plusieurs pays africains, comme l’Angola, le Maroc ou l’Afrique du Sud, investissent activement dans le MMA, soutenant leurs équipes amateurs, développant des infrastructures et misant sur l’impact médiatique et économique de ce sport en plein essor. Pendant ce temps, les combattants congolais se battent sur deux fronts : dans la cage pour la gloire sportive, et dans la vie quotidienne pour réunir les fonds nécessaires.
Pour Didon Kibuka, le débat dépasse largement le seul cadre du MMA : « Le sport congolais mérite mieux. Ces athlètes sont des porte-drapeaux, des modèles pour la jeunesse. Les laisser se débrouiller seuls, c’est envoyer un message dangereux : que le mérite et l’effort ne suffisent pas. » Il appelle à une politique de soutien structurée et pérenne, couvrant les déplacements, les licences, l’hébergement et la préparation, afin que les performances passées ne restent pas de simples exploits isolés.
À la veille du Championnat d’Afrique IMMAF en Angola, une question demeure : la RDC acceptera-t-elle de voir ses héros du MMA amateur continuer à s’illustrer dans l’ombre, ou décidera-t-elle enfin de leur accorder la reconnaissance et le soutien qu’ils méritent ? Pour l’instant, sur le chemin de Luanda, les “Léopards Amateurs” avancent seuls ; leur courage est intact, mais leur confiance envers les institutions, elle, commence dangereusement à s’éroder.