Tous deux signataires de l’accord de paix de Washington conclu sous les auspices de l’administration de Donald Trump, la République démocratique du Congo et le Rwanda peinent à parler le même langage et continuent de s’accuser de violations des engagements pris. Cette situation alimente une méfiance persistante et des tensions durables, freinant l’exécution et la mise en œuvre de cet accord pourtant considéré comme un levier diplomatique majeur pour le retour de la paix et de la stabilité dans la région des Grands Lacs.
Face à cette situation, des voix continuent de s’élever, tant au niveau régional qu’international, appelant les différents protagonistes au respect des engagements pris dans le cadre des initiatives de paix. L’objectif de ces appels est de réduire le fossé persistant entre les réalités du terrain et les avancées diplomatiques constatées sur le papier. Les États-Unis l’ont encore rappelé ce mercredi par la voix de leur représentante adjointe au Conseil de sécurité des Nations unies.
Tammy K. Bruce, ambassadrice adjointe des États-Unis à l’ONU a, lors de son intervention à la 10 136e séance du Conseil de sécurité consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, rappelé à la RDC la nécessité d’honorer les engagements pris dans le cadre de l’accord. Selon elle, cela passe notamment par la neutralisation " immédiate " des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), considérées comme une menace sécuritaire par Kigali.
"Le gouvernement de la République Démocratique du Congo doit honorer ses engagements visant à neutraliser immédiatement les FDLR dans les zones qu'il contrôle au moins. Prendre en considération ses préoccupations sécuritaires est indispensable si nous voulons interrompre les cycles de méfiance qui alimentent le conflit depuis des décennies. Nous n'avons pas peur de réfléchir à d'autres outils pour promouvoir la reddition des comptes pour ceux qui mettent en péril la paix", a déclaré Tammy K. Bruce, ambassadrice adjointe des États-Unis à l’ONU.
À titre illustratif, la diplomate a évoqué les récentes sanctions prises par son pays contre les forces de défense rwandaises et quatre de leurs officiers généraux, accusés d’être responsables de la déstabilisation dans la région des Grands Lacs, particulièrement dans l’Est de la RDC.
"Ceux et celles qui sapent la paix devraient s'attendre à ce que des conséquences leurs soient opposées. En tant que partenaire engagé en faveur de la sécurité et de la prospérité pour la région des Grands Lacs, le peuple américain veut se concentrer sur un objectif ultime, c'est-à-dire une paix sur le long court. Nous continuerons à suivre de près l'évolution de la situation dans la région avec une attention de tous les instants", a-t-elle souligné.
Sur le terrain, à Kisangani, le lieutenant-général Ychaligonza Jacques, commandant adjoint de l’état-major général des FARDC, avait lancé, le dimanche 29 mars, au camp général Bauma, la traque des éléments des FDLR encore présents sur le territoire congolais.
« De grès ou de force, ils doivent nous rendre les armes. Nous n'avons pas besoin de l'effusion du sang...ils doivent se rendre pour regagner leur patrie, le Rwanda. Ce n'est pas ici au Congo », avait-il dit.
La première phase, c’est-à-dire la sensibilisation, a été réalisée. Les rendus seront cantonnés à Kisangani, dans un site déjà aménagé à cet effet. Le général Ychaligonza a expliqué que cette opération est lancée dans le cadre de l’accord de Washington entre la RDC et le Rwanda.
« C'est garantie. C'est une opération qui est suivie par tout le monde, même la communauté internationale. C'est une opération qui est suivie jusqu'à ce que nous allions les rapatrier chez eux », avait rassuré le général au sujet de la sécurité des FDLR qui vont se rendre.
Trois bataillons sont engagés pour cette opération, selon l’armée.
La controverse entre Kinshasa et Kigali sur la réalité et la portée de la menace des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ne cesse de s’intensifier depuis la signature de l’accord de Washington, chaque camp s’appuyant sur des engagements diplomatiques et des données militaires pour défendre sa lecture du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Clément MUAMBA