Dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu, la circulation sur l’axe Walikale–Musenge via Katoroka devient un véritable parcours du combattant pour les populations locales. Cette route, pourtant prisée pour sa courte distance, moins de 50 kilomètres, est aujourd’hui au cœur des inquiétudes en raison de la prolifération de barrières imposant des frais jugés excessifs.
Principalement empruntée par des piétons, notamment des petits commerçants et des habitants aux moyens limités, cette voie représente une alternative essentielle à la route d’Itebero, souvent plus coûteuse en transport motorisé. Cependant, cette option dite “économique” se transforme progressivement en fardeau financier.
De Walikale centre jusqu’à Musenge, en passant par Katoroka, plusieurs points de contrôle ont été installés par les wazalendo, notamment à Nyasi, à Butua, à Kasoni, ainsi qu’à Idambo, à proximité de Musenge centre. À chaque passage, les usagers sont contraints de payer environ 2 000 Fc, sans justification claire.
La situation est particulièrement critique dans le village de Kasoni, où deux barrières sont érigées à moins de cinq mètres l’une de l’autre, chacune contrôlée par un groupe différent. Cette proximité crée une pression constante sur les passants.
"On dirait une compétition. À peine tu paies à la première barrière qu’on te réclame encore à la suivante. Si tu refuses, on te menace ou on te retient longtemps," témoigne un habitant de passage, rencontré sur ce tronçon.
Au total, un aller-retour entre Walikale et Musenge peut coûter jusqu’à 20 000 Fc, une somme considérable dans une région déjà marquée par la précarité.
"Je fais le petit commerce de produits vivriers. Parfois, ce que je gagne au marché ne couvre même pas les frais payés en route," explique une commerçante de Musenge, visiblement découragée.
"Nous souffrons beaucoup. Même pour aller voir un membre de la famille, il faut réfléchir deux fois,"ajoute un autre habitant.
Cette situation impacte directement les activités économiques locales, limitant l’accès aux marchés et réduisant les revenus des ménages.
Face à cette réalité, les habitants lancent un appel aux autorités administratives, sécuritaires et locales pour une intervention urgente, mais apaisée. L’objectif n’est pas de désigner des coupables, mais de trouver des solutions durables.
Plusieurs pistes sont évoquées par la société civile locale, entre autres la régulation stricte des points de contrôle, la suppression des barrières jugées illégales, et la sensibilisation des agents impliqués dans la perception des frais.
"Nous demandons simplement la justice et la dignité. Circuler ne doit pas être un luxe," insiste un jeune du groupement Bafuna rencontré sur ce tronçon.
Pour les populations de Walikale et de ses environs, la libre circulation reste un droit fondamental, mais aussi une condition essentielle au développement économique et à la cohésion sociale.
Agir sur cette situation aujourd’hui, estiment plusieurs observateurs locaux, permettrait non seulement de soulager les citoyens, mais aussi de prévenir des tensions sociales croissantes.
Dans une région déjà fragilisée par divers défis sécuritaires et économiques, la régulation de ces pratiques apparaît comme une urgence pour restaurer la confiance entre les populations et les autorités, car au-delà des barrières physiques, c’est aussi la dignité des citoyens qui est en jeu.