RDC : l’accord d’accueil de migrants expulsés des États-Unis suscite interrogations et débats, des kinoises s’expriment

Foto
Kinshasa, boulevard Lumumba, commune de Limete

La République démocratique du Congo s’apprête à accueillir des migrants expulsés des États-Unis dans le cadre d’un accord bilatéral qui suscite un débat croissant. Ces personnes, non congolaises pour la plupart, devraient être hébergées temporairement dans des centres d’accueil financés avec l’appui américain. À Kinshasa, la question divise, y compris au sein de la représentation nationale où des questions orales avec débat ont été adressées à la ministre des Affaires étrangères afin d’obtenir des clarifications sur les modalités, les garanties et les implications de cet accord.

Dans la capitale, cette perspective suscite des réactions, révélant à la fois un attachement aux valeurs d’hospitalité et une forte demande de transparence.

Au sein de la population, les premières interrogations portent sur les conditions concrètes de cet accueil.

Marthe Ngoma, commerçante au marché de Matete, rappelle l’ancrage culturel de la solidarité :

« Nous avons grandi avec l’idée que le Congo est une terre d’accueil. Quand quelqu’un est en difficulté, on ne peut pas refuser de l’aider. »

Mais elle nuance aussitôt :

« Aujourd’hui, la vie est chère, les revenus sont faibles. Si ces migrants arrivent, il faut que l’État explique clairement comment ils seront pris en charge. »

De son côté, Chantal Mbuyi, enseignante à Lemba, insiste sur la nécessité d’un débat public structuré :

« On ne peut pas apprendre une information aussi importante sans explications détaillées. Dans les écoles, nous faisons déjà face à un manque de moyens. Si de nouvelles populations arrivent, cela peut accentuer la pression. »

Au-delà des préoccupations immédiates, certains appellent à une lecture plus large de la situation.

Aline Kabasele, étudiante en sociologie, y voit une dynamique internationale à analyser :

« Pourquoi la RDC accepte-t-elle d’accueillir des personnes qui n’ont aucun lien avec elle ? Quelles sont les contreparties ? »

Selon elle, la question dépasse le cadre humanitaire et s’inscrit dans des logiques diplomatiques nécessitant davantage de transparence.

Sur le terrain, l’absence d’informations précises alimente les inquiétudes.

Rosalie Kikaya, mère de famille à Ngaliema, observe :

« Dans les quartiers, les gens parlent déjà de cette situation avec inquiétude. La cohabitation entre populations différentes demande une sensibilisation. »

Brigitte Ilunga, vendeuse ambulante, appelle à éviter les jugements hâtifs :

« On entend beaucoup de choses, mais on ne sait pas ce qui est vrai. Il faut vérifier qui entre dans le pays et assurer un suivi. »

Certaines voix évoquent également des perspectives potentielles.

Grâce Mbala, entrepreneure, souligne :

« L’arrivée de nouvelles personnes peut créer des opportunités économiques. »

Mais il faut éviter la concurrence déséquilibrée avec les acteurs locaux. »

Pour sa part, Jeannette Mafuta, infirmière, alerte :

« Parmi ces migrants, il y aura certainement des personnes vulnérables. Les structures de santé doivent être préparées. On ne peut pas improviser. »

Sur le plan institutionnel, la pression s’accentue. À l’Assemblée nationale, les élus ont adressé une question orale avec débat à la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner. Les préoccupations portent sur la base juridique de l’accord, le statut des migrants, les garanties sécuritaires et les implications pour la souveraineté nationale.