Kinshasa : la VSV interpelle l’État sur l’accès à l’eau et à l’électricité

Forage d'eau à Salongo
Les habitants du quartier Salongo à Lemba (Kinshasa) dans un forage d'eau/Ph. ACTUALITE.CD

La Voix des Sans Voix pour les Droits de l'Homme (VSV) demande aux autorités congolaises de respecter les droits de la population à l'eau potable et à l'électricité à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Dans une déclaration parvenue à la rédaction de ACTUALITE.CD vendredi 3 avril 2026, cette organisation de défense des droits de l'homme a exprimé sa préoccupation face aux énormes difficultés rencontrées par les habitants de plusieurs quartiers de la ville pour jouir effectivement de certains de leurs droits économiques, sociaux et culturels (DESC), en particulier l'accès à l'eau potable et à l'électricité.

Des informations et plaintes parvenues à la VSV font état d'une pénurie d'eau et d'électricité, avec des conséquences négatives sur le quotidien de milliers de personnes à Kinshasa. L'organisation estime que l'État congolais doit prendre ses responsabilités au sérieux afin de mieux assurer le bien-être de sa population dans tous les secteurs de la vie.

"La VSV dénonce le fait que malgré les difficultés réelles et connues de toutes les autorités en ce qui concerne la carence d'eau et d'électricité pendant des semaines voire des mois dans plusieurs quartiers de la ville de Kinshasa que la REGIDESO et la SNEL avec leurs agents très zélés déployés sur terrain se rabattent trop sur la population pour fonctionner alors que c'est l'Etat congolais qui refuse de payer ses dettes et qui consomment à travers ses nombreux services sans payer", lit-on dans la déclaration de cette organisation de défense des droits de l'homme.

Dans la même déclaration, la VSV fustige l'envoi, en fin de mois, de factures à des clients n'ayant rien consommé, parfois depuis plusieurs mois, ainsi que l'obligation de payer pour de l'eau ou de l'électricité non consommée sous divers prétextes. La Voix des Sans Voix pour les Droits de l'Homme (VSV) dénonce également des intimidations, notamment la déconnexion des services ou le déterrage des tuyaux et des câbles, destinées à contraindre une population démunie à payer pour ce qu'elle n'a pas consommé.

Pour garantir le respect des droits de la population à l'eau potable et à l'électricité dans les quartiers touchés par ces carences, la VSV demande à l'État congolais de prendre ses responsabilités, notamment :

a) Le Gouvernement à :

• Contraindre tous les services étatiques à s'acquitter régulièrement de leurs factures de consommation d'eau et d'électricité;

• Doter la REGIDESO et la SNEL des moyens matériels et financiers nécessaires pour rendre permanente et régulière la desserte des habitants de la ville de Kinshasa en eau et en électricité ;

• Mener une lutte acharnée contre la construction anarchique des maisons et des immeubles sur les tuyaux, les vannes de la REGIDESO pour permettre à ses techniciens d'y accéder chaque fois que le besoin se fera sentir;

• Restituer à la SNEL toutes ses cabines actuellement spoliées et engager des poursuites judiciaires contre les auteurs, complices et bénéficiaires desdites spoliations pour qu'ils soient sanctionnés conformément à la loi;

• Sanctionner de manière exemplaire tous les individus impliqués dans le dysfonctionnement de la REGIDESO et de la SNEL;

• Prendre les dispositions nécessaires en faveur de la remise en état des poteaux et des câbles électriques de la SNEL endommagés suite notamment aux travaux de réhabilitation des infrastructures routières à Kinshasa.

b) La REGIDESO et la SNEL à :

• Améliorer la desserte de la population de la ville de Kinshasa en eau potable et en électricité;

• Terminer dans un délai raisonnable les travaux amorcés à travers la ville de Kinshasa en faveur de la desserte convenable et régulière de la population en eau et en électricité;

• Adapter les factures mensuelles de consommation d'eau et d'électricité à la desserte réelle bénéficiée par les clients;

• Suspendre l'émission des factures mensuelles de consommation d'eau et d'électricité dans les quartiers où les clients n'en bénéficient plus depuis un temps et ce, jusqu'à la reprise effective de la desserte.

Cette interpellation de la VSV intervient dans un contexte de grognements sociaux et de doléances croissantes à Kinshasa, face à l'incapacité des services publics à répondre aux besoins vitaux de la population, notamment en matière d'eau et d'électricité. Pourtant, parmi les six engagements du second mandat de Félix Tshisekedi à la tête de la République démocratique du Congo, figure la promesse de garantir un meilleur accès aux services de base et de renforcer l'efficacité des services publics.

Dans plusieurs quartiers de la ville, la population est confrontée à des coupures électriques intempestives, souvent sans préavis, et à des programmes de délestage non respectés dans plusieurs cabines. En cas de panne, ce sont parfois les habitants eux-mêmes qui doivent se cotiser pour motiver les agents de la SNEL ou acheter des câbles électriques, faute de disponibilité de matériel de réserve. La situation est similaire pour l’eau : dans plusieurs zones de Kinshasa, l’eau demeure un luxe, et quand elle est disponible, sa qualité pose parfois problème.

La situation s’est encore détériorée depuis l’ouverture de chantiers dans la voirie de la ville, où certains engins endommagent les tuyaux de la REGIDESO et les câbles moyenne tension de la SNEL, laissant les populations plusieurs jours sans eau ni électricité.

Clément MUAMBA