En RDC, le débat autour du projet de changement ou de modification de la Constitution du 18 février 2006 ne se passe pas sans conséquences. Les plus flagrants, comme l’indique le Prix Nobel de la Paix, Dénis Mukwege, sont les démissions du Président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe et du deuxième vice-président du Sénat, Bahati Lukwebo qui n’ont pas soutenu ce projet porté désormais publiquement par le parti présidentiel UDPS et la coalition au pouvoir, l’Union sacrée.
Les deux responsables ont été contraints à la démission après des pétitions initiées par leurs collègues. Dans une analyse ce lundi, Dr Mukwege s’étonne des agissements des parlementaires congolais qui, selon lui, « font la honte au peuple qu’ils représentent et aux ancêtres ».
« En osant vous opposer au projet de changement de la Constitution alors que notre pays est en guerre, vous avez eu le courage de dire la vérité, signe de noblesse pour un représentant du souverain primaire. Votre responsabilité et dignité auraient dû vous amener à rester fermes, quel que soit le prix à payer », a lancé Dénis Mukwege à l’endroit de Kamerhe et Lukwebo, deux cadres importants de l’Union sacrée.
Dans ce contexte, Mukwege se montre bouleversé par l’inversion des règles démocratiques en RDC, où des députés nationaux et sénateurs censés contrôler l’action gouvernementale, se font sanctionner par le président de la République pour leur avis contraire.
« Dans une démocratie normale, les représentants du peuple contrôlent l’action présidentielle et celle du gouvernement. Mais au Congo c’est le président qui sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord en utilisant ses courtisans au Parlement. Une inversion de rôles qui tue la démocratie », a-t-il dénoncé.
A lui d’ajouter : « Il est à parier que la plupart de vos collègues restés au Sénat, à l’Assemblée nationale et au gouvernement pensent la même chose que vous, mais ils sont soumis au diktat de la mangeoire. Quelle hypocrisie ! ».
Bahati Lukwebo, président du regroupement politique AFDC-A avait heurté la majorité dont il fait partie, après sa prise de position contraire à l’idée de réviser/modifier la constitution. Lors d’un point de presse en début mars, Lukwebo avait déclaré à qui veut l’entendre que le pays n’a aucunement un problème de textes mais plutôt d’hommes pourvus de bonne foi à les mettre en pratique au bénéfice du peuple. Il avait ajouté que le mandat du Président Tshisekedi courait jusqu’à 2028. Ce que beaucoup des partisans du pouvoir ne souhaitent pas entendre estimant que « Tshisekedi n’a pas de mandat, mais plutôt une mission ».
A l’Assemblée nationale, bien que muet sur cette question liée à la constitution, Vital Kamerhe, lui, avait démissionné en septembre dernier après une pétition initiée par l’un de ses anciens fidèles, Crispin Mbindule, qui l’accusait de gestion opaque, de blocage du contrôle parlementaire et de suppression des avantages des députés.
Samyr LUKOMBO