La bataille pour le contrôle de Bule, dans le territoire de Djugu en Ituri, se poursuit dans un contexte marqué par la dynamique du conflit, dominé depuis le mois de janvier par l’activisme de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), groupe armé de Thomas Lubanga. Selon le rapport de février 2026 du Baromètre sécuritaire du Kivu, un affrontement violent entre la CRP et les FARDC a été signalé le 4 février à Bule, localité située à environ 10 kilomètres au sud-est de Fataki.
À l’issue des combats, renseigne le rapport, la CRP a repoussé les FARDC aux marges de la cité qu’elles contrôlaient depuis le 16 janvier 2026, rapporte le Baromètre sécuritaire du Kivu. Les FARDC ont lancé une contre-attaque le même jour, sans toutefois reprendre la cité. Selon des sources locales, deux civils soupçonnés de collaboration avec les FARDC auraient été tués par la CRP. Deux autres attaques contre une position des FARDC ont également été signalées les 10 et 11 février à Bule.
"Les FARDC et CRP se sont également affrontés à Sanzi, à 5 kilomètres au nord-ouest de Nizi, provoquant la mort d’un civil et la blessure grave de trois autres par balles perdues. Au total, quatre affrontements ont opposé la CRP aux FARDC pour le contrôle de la localité de Bule durant ce mois de février. A la fin du mois, son contrôle restait contesté, avec des positions à la fois de la CRP et des FARDC. Outre les victimes collatérales des affrontements armés, la CRP pourrait être également responsable de morts violentes de civils dans le territoire de Djugu, notamment pour intimider les membres de la communauté Hema réticents à les soutenir", rapporte le rapport.
En date du 7 février, le rapport révèle qu'au village de Sapali, situé à 1 km au nord-ouest de Bule, les habitants ont découvert huit corps sans vie. D’après les sources locales, les victimes seraient des membres de la communauté Hema qui refusaient de rejoindre le groupe armé. Au mois de janvier, la CRP avait déjà tué le président de la société civile de Bule et enlevé celui de la Fédération des entrepreneurs du Congo (FEC). Tous deux appartenaient à la communauté Hema, d’après le rapport. Le tout dans un contexte de soupçon.
"Les FARDC continuent de suspecter l’armée ougandaise (UPDF) de soutenir la CRP. Lors de ce mois, ce soupçon s’est notamment renforcé du fait de la proximité observée entre la CRP et UPDF dans la localité de Savo et de l’inaction des UPDF vis-à-vis de cette milice, y compris, lors de ses attaques contre les FARDC", précise le Baromètre sécuritaire du Kivu.
Depuis l'année dernière, la coalition entre la Convention pour la Révolution Populaire (CRP) de Thomas Lubanga et le groupe armé Zaïre est à la base de l’intensification des violences dans le territoire de Djugu, en Ituri, ciblant à la fois les FARDC et les populations civiles. Ces affrontements réguliers entraînent des déplacements massifs de populations ainsi que de nombreuses pertes en vies humaines. C’est dans ce contexte que l’armée multiplie les opérations de traque afin de restaurer la sécurité et l’autorité de l’État.
La guerre et l’insécurité dans la province de l’Ituri sont perçues par certains acteurs de l’environnement sociopolitique congolais comme une crise oubliée ou moins médiatisée, alors qu’elle continue de coûter la vie à de nombreux civils. Cette situation rend également la crise humanitaire particulièrement préoccupante, marquée par un nombre élevé de populations déplacées et de victimes.
Depuis 2021, la province de l’Ituri demeure placée sous état de siège, avec une gestion administrative et la conduite des opérations sécuritaires assurées par les autorités militaires. Si certains estiment que cette mesure devrait être levée en raison de résultats jugés insuffisants, les autorités, de leur côté, affirment qu’elle a permis certaines avancées, tout en reconnaissant que le processus de pacification de la province reste encore en cours
Clément MUAMBA