Au cours du mois de février 2026, le Baromètre sécuritaire du Kivu, une branche d’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence a documenté au moins 207 incidents sécuritaires, dont 94 affrontements armés, 29 enlèvements et 84 tueries de civils. Bien que ce total mensuel soit le plus bas depuis octobre 2025, il ne traduit pas pour autant une amélioration de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
D’après ce rapport de février, consulté le samedi 21 mars 2026, plusieurs facteurs expliquent cette baisse apparente. D’une part, le mois de février, plus court, enregistre mécaniquement moins d’incidents que les autres. D’autre part, certains actes de guerre, survenus parfois hors de la zone de couverture du projet et sans faire de victimes, comme les attaques de drones kamikazes contre l’aéroport de Kisangani, ne figurent pas dans ces données mais témoignent néanmoins d’une intensification du conflit.
"L’Alliance fleuve Congo/ Mouvement du 23 mars (AFC/M23) et l’armée rwandaise ont été impliqués dans la majorité des affrontements armés (48 sur 92). Ils se sont notamment concentrés sur le territoire Masisi, au Nord-Kivu avec 28 incidents documentés, soit près d’un tiers du total. L’AFC/M23 a également revendiqué de nouvelles attaques de drone sur l’aéroport de Kisangani, principal centre de commandement des drones des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).Ceci n’a pas empêché les FARDC d’intensifier leur usage de drones contre l’AFC/M23, lui infligeant des pertes significatives", précise le rapport.
La situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo demeure préoccupante et précaire, en raison des combats généralisés opposant la rébellion de l’AFC/M23, appuyée par le Rwanda selon les Nations unies, aux forces gouvernementales. Ces affrontements continuent de nuire gravement au bien-être des populations civiles et d’aggraver la situation humanitaire dans cette région, dans un contexte marqué par la réduction des financements humanitaires à l’échelle mondiale et par les difficultés d’accès des acteurs humanitaires aux zones touchées, en raison des combats entre les différents protagonistes.
Alors que Kinshasa accuse la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, d’être responsable des violations répétées du cessez-le-feu, le mouvement rebelle présente pour sa part les faits à sa manière, illustrant les difficultés persistantes pour les deux parties à parler un langage commun malgré leur engagement dans les initiatives diplomatiques de paix, notamment le processus de Doha sous l’égide du Qatar.
Dans ses communiqués, le mouvement rebelle alerte la communauté nationale et internationale : le régime Tshisekedi a délibérément décidé de bafouer le cessez-le-feu et de leur imposer une guerre totale dans l’Est de la RDC. Selon ce mouvement, appuyé par le Rwanda selon l’ONU, cette guerre généralisée fait des soldats et des populations civiles les principales cibles des drones, même en dehors des lignes de front. Ces violations flagrantes ont coûté la vie à l’un de leurs officiers supérieurs de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC), le Colonel Willy Ngoma, tombé le 24 février 2026, et continuent de faire de nombreuses victimes parmi les civils innocents.
Sur la scène internationale, les initiatives diplomatiques, notamment les processus de Washington et de Doha, appuyés par l’Union africaine, progressent sur le papier mais peinent à produire des résultats concrets sur le terrain, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23. Face à ce statu quo, l’AFC/M23 continue d’administrer de vastes pans du territoire national dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Clément MUAMBA