Le Centre de Recherche en Finances Publiques et Développement Local (CREFDL) a publié une analyse critique des dépenses de rémunérations des agents publics en RDC. Selon cette étude, couvrant la période 2021–2025, le gouvernement de la République Démocratique du Congo a rémunéré 7,41 millions d’agents pour un montant total de 18,91 milliards USD.
Ces chiffres, qui font froid dans le dos, relancent le débat sur la bonne gouvernance des finances publiques, dans un contexte où le président Félix Tshisekedi avait ordonné au gouvernement lors de la 79e réunion du Conseil des ministres de procéder à un audit de l’état liquidatif de la paie, dans l’objectif de garantir la soutenabilité des finances publiques et d’assurer la continuité des opérations financières de l’État.
Selon l’analyse parvenue à la rédaction de ACTUALITE.CD, les crédits payés au titre des dépenses du personnel sont passés de 2,75 milliards USD en 2021 à 4,581 milliards USD en 2025, soit une augmentation de 39,97 %, représentant un montant additionnel de 1,83 milliard USD. Au cours de la même période, la ligne « dépenses du personnel » a connu un accroissement annuel moyen de 9,12 %. Parallèlement, les effectifs du personnel rémunéré par le Trésor public sont passés de 1 488 427 en 2021 à 1 518 276 en 2025, enregistrant une hausse de 2 %, soit 29 850 agents supplémentaires par an.
D’après le même document examiné par cette organisation de la société civile spécialisée dans les finances publiques, le rapprochement des effectifs d’agents montre qu’en 2023 et 2025, les dépenses de rémunérations ont considérablement augmenté. Le cumul des effectifs et des paiements au titre des dépenses du personnel présente la situation suivante : sur cinq ans, le gouvernement a rémunéré 7,41 millions d’agents pour un montant total de 18,91 milliards USD.
L’alerte du FMI sur l’augmentation de la masse salariale
Ce rapport vient une nouvelle fois corroborer l’alerte du FMI dans sa deuxième revue du programme au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Le Fonds monétaire international identifie la dynamique de la masse salariale publique comme un risque budgétaire majeur en République démocratique du Congo. La hausse rapide des rémunérations, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, pèse sur l’exécution du budget et réduit l’espace fiscal disponible, dans un contexte déjà contraint par l’augmentation des dépenses de sécurité.
Le rapport du Fonds monétaire international souligne que la masse salariale a connu une augmentation significative ces dernières années. Cette évolution résulte principalement des ajustements salariaux opérés dans les secteurs de l’éducation et de la santé, des recrutements et régularisations administratives, ainsi que de la poursuite d’engagements pris antérieurement par les autorités.
Selon l’institution de Bretton Woods, cette progression a accentué les pressions sur les dépenses courantes au cours de la période 2024–2025, dépassant les niveaux initialement programmés. La masse salariale absorbe désormais une part croissante des ressources budgétaires, limitant la capacité de l’État à financer d’autres priorités, notamment l’investissement public et les dépenses sociales protégées dans le cadre du programme.
Difficultés récurrentes dans le paiement des fonctionnaires de l'État
Cette situation intervient dans un contexte où, en République démocratique du Congo, les fonctionnaires de l’État font face depuis un certain temps à des retards récurrents dans le paiement de leurs salaires mensuels. À l’issue d’une récente réunion du Comité de conjoncture économique (CCE) et en sa qualité de porte-parole, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a reconnu, au nom du gouvernement, que des décalages persistent dans le paiement des salaires des agents et fonctionnaires de l’État.
Jusque-là, le gouvernement semblait privilégier la carte de l’apaisement afin de ne pas frustrer davantage ses administrés. Mukoko Samba avait expliqué que ces retards s’expliquent principalement par les tensions actuellement observées sur la trésorerie publique.
« Le décalage est dû à une tension sur la trésorerie. Il y a déjà quelques mois, le Gouvernement mettait l’accent sur le poids grandissant de la masse salariale », a-t-il fait remarquer dans sa restitution tout en évoquant également la pression exercée par d’autres dépenses jugées prioritaires, notamment les dépenses sécuritaires liées au contexte de crise que traverse le pays ainsi que les dépenses humanitaires consécutives à la situation de guerre.
Face à cette conjoncture et en vue de revenir à une situation normale, le gouvernement envisage plusieurs mesures visant à améliorer l’organisation et la mobilisation des recettes publiques. Ces dispositions s’inscrivent notamment dans le cadre de l’instruction du président de la République, Félix Tshisekedi, relative à l’audit de l’état liquidatif de la paie.
Dans le même élan, Daniel Mukoko Samba rassure que ces mesures devraient permettre de soulager la trésorerie de l’État et de rétablir progressivement un rythme normal de paiement des salaires.
Clément MUAMBA