La direction générale de l’Institut national des Arts (INA) et de l’Institut des Arts du Spectacle (INAS) tire la sonnette d’alarme face à ce qu’elle qualifie de nouvelles tentatives de spoliation du bâtiment qu’occupent les deux établissements sur l’avenue du Commerce, dans la commune de la Gombe, à Kinshasa.
Lors d’un point de presse organisé ce mardi 16 juin sur le site concerné, le professeur Félicien Tshimungu Kandolo, Directeur Général de l’INA et de l’INAS, a tenu à rétablir les faits après avoir découvert sur la toile des informations faisant état d’une prétendue vente de cet immeuble, après que l’INA est allé occuper son nouvel espace sur le boulevard Triomphal.
Selon lui, le bâtiment situé au numéro 1 de l’avenue du Commerce constitue un patrimoine de l’État congolais affecté à l’institution quoi qu’il en soit.
« Ce bâtiment subit des tentatives de spoliation. Pourtant, tout le monde sait qu’il s’agit d’un patrimoine de l’État servant à la formation des étudiants et des élèves artistes. Les documents existent et attestent clairement qu’il s’agit d’un bâtiment affecté à l’université. Il ne peut donc faire l’objet d’aucune spoliation », a-t-il déclaré.
Face à cette situation, le professeur Félicien appelle les autorités à s’impliquer davantage afin de protéger ce patrimoine public. Le responsable académique a également souligné l’importance stratégique de ces institutions pour la préservation de l’identité culturelle nationale.
Félicien Tshimungu Kandolo a rappelé que l’INAS demeure la seule école secondaire du pays spécialisée dans la formation artistique et nourrit même l’ambition d’étendre son offre éducative à travers la création d’une école primaire et maternelle.
« Nous voulons que l’État s’implique totalement dans ce dossier, parce qu’il est le garant de la justice, de l’État de droit et le protecteur de la population. Un patrimoine de l’État ne peut pas être spolié. Nous devons parler de notre culture et de nos arts, et pour cela il nous faut un cadre approprié. L’État ne peut pas laisser spolier ce bâtiment qui est l’unique école formant les élèves dans le domaine des arts. C’est une question capitale », a-t-il ajouté.
Le directeur général précise que l’identité des auteurs n’est pas encore connue, mais que plusieurs procédures judiciaires sont en cours concernant les auteurs présumés de ces tentatives de spoliation.
« Les spoliateurs ne sont pas connus, mais il y a des actions en justice. Nous voulons que ces procédures aboutissent. J’ai écrit au chef de l’État, au ministre de la Justice, au ministre d’État chargé de l’Éducation nationale, au ministre de l’Enseignement supérieur et universitaire ainsi qu’au ministre des Affaires foncières », a précisé le DG de l’INA.
Un climat d’inquiétude au sein de l’école

Prenant également la parole, la préfète de l’INAS, Nadège Mitshindu Bope, a indiqué que cette situation a des conséquences directes sur le climat de travail et d’apprentissage au sein des deux établissements. Elle a dénoncé les perturbations engendrées par cette situation sur le fonctionnement de l’établissement.
« Il était temps que nous puissions dénoncer tous ces actes qui portent atteinte à l’éducation nationale. Cette situation perturbe énormément le déroulement des activités pédagogiques. Le personnel est inquiet et ne sait plus à quoi s’attendre », a-t-elle déclaré.
Selon elle, cette incertitude affecte aussi les élèves. La préfète a lancé un appel à la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale afin qu’elle s’implique personnellement dans la résolution du dossier.
« L’INAS est l’unique école de la République démocratique du Congo qui forme les élèves dans les domaines des arts du spectacle, de la musique, du théâtre, de la danse, du cinéma ainsi que des arts et technologies. Aujourd’hui, cette école est menacée. Il faut que les autorités interviennent afin qu’un climat de paix puisse régner et que nous poursuivions normalement nos activités pédagogiques et culturelles », a-t-elle plaidé.
Nadège Mitshindu Bope a également rappelé le rôle que pourrait jouer l’établissement dans le rayonnement culturel du pays.
« Nos élèves sont appelés à devenir des artistes qui contribueront à la promotion de l’image de la RDC. À l’heure où l’on parle de soft power, l’INAS constitue une véritable pépinière de talents capable de renforcer l’influence culturelle de notre pays », a-t-elle conclu.
Un litige qui remonte à plusieurs années
Selon les directions de l’Institut national des arts (INA) et de l’Institut national des arts du spectacle (INAS), les menaces de spoliation du site remontent aux années 2000, soit douze ans après l’installation des deux institutions dans ce bâtiment.
Pour rappel, l’immeuble a été officiellement attribué à l’INA et à l’INAS en 1988 par le régime du maréchal Mobutu, à la suite de leur relocalisation du Pont Kasa-Vubu pour permettre la construction du Stade des Martyrs. Près de quatre décennies plus tard, les deux institutions affirment détenir l’ensemble des titres légaux attestant de leurs droits sur ce patrimoine.
Kuzamba Mbuangu