La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a présenté le 4 avril 2025 sa feuille de route pour la période 2025-2029, comme une boussole pour les années à venir, un outil de planification et un gage d’engagement de la centrale électorale à remplir sa mission avec loyauté, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et des standards internationaux. Mais cette feuille de route ne semble pas atteindre les objectifs ou les missions qui lui sont assignés, près d’une année après sa publication, alors que certains camps politiques contestent toujours les résultats des élections générales de décembre 2023.
Cet outil censé baliser le chemin en vue d’aboutir aux préparatifs et à l’organisation des scrutins combinés de 2028, souffre dans son exécution et dans sa mise en œuvre. Si, un mois après sa publication, soit le mardi 6 mai 2025, le président de la Commission électorale nationale indépendante, Dénis Kadima, s’était rendu à l’entrepôt central de la CENI pour évaluer l’état d’avancement des opérations d’inventaire et de contrôle de la fonctionnalité des matériels électoraux première étape de cette feuille de route , il se constate que d’avril 2025 jusqu’au mois de mars 2026, plusieurs activités retenues n’ont pas été exécutées et qu’il n’y a pas eu de communications officielles de la part de l’institution organisatrice des élections en République démocratique du Congo.
D’après le constat fait par ACTUALITE.CD, durant la période d’avril 2025 à juin 2025, il était prévu la mise à jour des cartographies opérationnelles. Entre avril 2025 et mai 2025, il était également prévu l’évaluation et la mise à jour des outils, méthodologies et procédures opérationnelles, ainsi que des logiciels utilisés pour la révision du fichier électoral (RFE 2022). Par ailleurs, d’avril 2025 à septembre 2025, la CENI devait procéder aux préparatifs et à l’acquisition des matériels pour l’identification et l’enrôlement des électeurs dans la province pilote. De cette programmation, aucune opération n’a été exécutée.
À partir de septembre 2025 à octobre 2025, la CENI avait prévu l’identification et l’enrôlement des électeurs dans la province pilote. Pour la période d’octobre 2025 à février 2026, la CENI était censée intégrer les recommandations issues de l’évaluation de l’opération pilote. Durant la même période (octobre 2025 à février 2026), l’acquisition du matériel pour l’identification et l’enrôlement des électeurs devait également être réalisée. Enfin, entre février 2026 et septembre 2027, la CENI devait lancer l’identification et l’enrôlement des électeurs dans les quatre aires opérationnelles (AO1, AO2, AO3 et AO4). Il en est de même pour ces activités qui n’ont pas connu d’exécution, alors que, selon le calendrier établi, l’identification et l’enrôlement des électeurs devraient déjà être en cours, ce qui n’est pas le cas.
À qui la faute ?
Dans l’environnement sociopolitique congolais, la non-exécution de la feuille de route 2025-2029 est perçue par certains observateurs comme une forme d’absence d’intérêt de la part du gouvernement de la République, censé financer les activités de la CENI. Cette perception s’explique notamment par les difficultés financières et opérationnelles auxquelles la CENI a toujours été confrontée lors des cycles électoraux précédents.
Lors de la publication de cette feuille de route, M. Kadima avait déjà alerté que ce document, bien que ambitieux et porteur d’espoir, ferait face à plusieurs défis clairement identifiés. Il s’agit notamment des défis sécuritaires, en particulier dans les régions de l’Est du pays où la paix demeure précaire. Selon lui, la CENI fait également face à d’importants défis logistiques, couplés à des contraintes climatiques, en raison de l’immensité du territoire national et des difficultés d’accès à certaines zones. Les défis financiers ne sont pas en reste et nécessitent une mobilisation constante des ressources.
Enfin, des défis juridiques subsistent, appelant à des réformes concertées afin de renforcer la cohérence et l’efficacité du cadre légal et opérationnel. D’où son appel à toutes les parties prenantes à s’approprier pleinement cette feuille de route.
"Depuis bientôt deux décennies, les partis politiques, les organisations de la société civile, les partenaires internationaux et le peuple congolais ont investi massivement dans la construction d’une démocratie vivante, fondée sur des élections libres, crédibles et transparentes. La CENI et moi-même en tant que Président de cette institution d’appui à la démocratie, croyons à ce projet. Ne laissons donc rien freiner cet élan. Ce serait un recul pour notre pays, un signal désastreux pour la région et un précédent dangereux pour le continent. Enfin, la feuille de route que la CENI publie aujourd’hui servira de socle à l’élaboration du calendrier électoral. Elle est conçue comme un document vivant, ouvert à l’enrichissement", avait déclaré Dénis Kadima.
Divergences persistantes de la classe socio politique
En dépit du contexte sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo, marqué par l’occupation de vastes pans des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par la rébellion de l’AFC/M23 appuyée par le Rwanda, le second et dernier mandat de l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi, doit s’achever en 2028, conformément aux prescrits de la Constitution du 18 février 2006. Cette dernière prévoit un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable une seule fois.
Dans la pratique, il se constate que la question de la crise sécuritaire dans l’Est du pays, ainsi que les appels au dialogue en vue de trouver une solution à cette crise, semblent prendre le dessus dans les priorités de certaines organisations et personnalités politiques. Cette situation relègue au second plan la question relative à l’organisation des prochaines élections.
Pourtant, le mandat de l’actuelle équipe dirigeante de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est censé prendre fin l’année prochaine, soit en 2027, conformément à la nouvelle loi organique régissant cette institution. Cette échéance censée intervenir dans un contexte marqué par la complexité des tractations liées à la désignation des membres de la centrale électorale par les différentes parties prenantes, une démarche souvent à la base à de fortes tensions politiques.
Pour certains acteurs, l’organisation des élections dans le contexte sécuritaire actuel ne semble pas constituer une priorité. D’autres, en revanche, estiment que cette question devrait être abordée dans le cadre d’un dialogue national inclusif réunissant toutes les tendances sociopolitiques et militaires du pays. Toutefois, ces initiatives sont retardées pour l’instant à des blocages, le chef de l’État n’ayant pas encore inscrit la question d’un dialogue national parmi les priorités de son agenda politique.
Clément MUAMBA