Dans un contexte marqué par la non-exécution de la feuille de route 2025-2029 par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), près d’une année après sa publication et à deux ans d’un nouveau cycle électoral, la Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL) alerte sur l’urgence et la nécessité de respecter la périodicité des cycles électoraux telle que prévue par la Constitution de la République démocratique du Congo.
Son coordonnateur, Jean Claude Sady, l’a fait savoir au cours d’un entretien accordé à ACTUALITE.CD. Interrogé sur ce qu’il conviendrait de faire pour relancer la feuille de route ou les préparatifs des prochaines élections, celui qui fut chargé des programmes des réformes électorales avant de devenir coordonnateur encourage les différentes parties prenantes à se mettre autour d’une même table afin de dégager, dans les meilleurs délais, un consensus sur les mesures à prendre pour relancer les préparatifs et remettre en marche la machine électorale en vue des prochaines élections en RDC.
"La question que vous posez rentre dans la perspective d'interpeller les parties prenantes au respect du principe de périodicité, voyez-vous la Constitution de notre pays est formelle sur cette question, après chaque 5 ans, en principe on doit organiser les élections, ça doit se faîre de façon automatique, la question encore une fois comme je vous ai dit c'est une question qui dépend plus de la volonté politique, là où il y a enracinement de la culture electorale, ça ne devrait plus en tout cas faire l'objet d'un débat, en ce moment ici précis, on aurait déjà observé de la part du gouvernement actuel avec la CENI un geste fort, un signal qui va dans le sens de mettre à la disposition de la centrale électorale des moyens nécessaires de la mise en œuvre de sa feuille de route comme celà n'a pas été fait. Nous pensons donc qu’il est urgent que les parties prenantes se retrouvent afin de dégager le plus vite un consensus pour s'assurer du respect du principe" a-t-il fait savoir lundi 9 mars 2026
Selon lui, il s’agit d’une meilleure stratégie pour éviter les précédentes expériences fâcheuses. Il rappelle notamment qu’en 2016, le processus électoral avait connu un glissement de près de deux ans avant l’organisation des élections en 2018. Malgré ces difficultés, les scrutins avaient finalement été organisés. En décembre 2023, la CENI avait réussi à organiser les élections dans les délais. À l’en croire, on peut saluer la célérité avec laquelle cela a été fait, même si certaines critiques ont été formulées sur le fond.
Pour lui, l’objectif de Dénis Kadima était avant tout de respecter le calendrier électoral.
« Je ne veux pas entrer dans le fond du débat, mais sur le plan de la forme, c’est une CENI qui nous a organisé des élections à temps », souligne-t-il, tout en exprimant le souhait que, cette fois-ci, les choses se passent différemment.
"Nous aimerions que cette fois-ci pour les élections prochaines il est encore possible et c'est ce travail là que nous SYMOCEL en partenariat avec d'autres structures citoyennes sommes entrain de faire, nous envisageons d'examiner cette problématique il y a des contraintes, nous avons produit nos recommandations qui sont aujourd'hui appelées à être traduites à une proposition de loi citoyenne que nous allons soumettre aux députés au moment des réformes mais la question des réformes eelle-même dépend aussi de la volonté politique. Nous allons continuer à mobiliser, interpeller les parties prenantes, nous prévoyons des vastes campagnes de conscientisation et d'interpellation des responsables impliqués dans cette question" a fait savoir le coordonnateur de la Synergie des Missions d’Observation Citoyenne des Élections (SYMOCEL)
Une autre raison évoquée pour appuyer l’importance de la proposition de son organisation concerne les divergences de vues au sein de la classe sociopolitique congolaise. Ces divergences portent notamment sur les appels à l’organisation d’un dialogue national, la révision ou le changement de la Constitution, ainsi que sur la gestion de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. D’où, selon lui, la nécessité de créer un consensus national autour de ces différentes questions afin d’éviter de nouvelles tensions politiques et de garantir la poursuite du processus électoral dans le respect des échéances constitutionnelles.
"Actuellement puisqu'il y a une forte polarité qui est observée, aujourd’hui, plusieurs débats traversent le pays : la question de l’insécurité à l’Est, les appels au dialogue inclusif ou encore les discussions autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. Tous ces éléments peuvent avoir des répercussions sur le calendrier électoral. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut travailler dès maintenant à un consensus national autour de ces questions afin d’éviter que la situation ne se détériore", a-t-il soutenu dans son argumentaire
Couvrant la période allant de 2025 à 2029 en vue de baliser le chemin devant aboutir aux préparatifs et à l’organisation des scrutins combinés de 2028, cette feuille de route souffre dans son exécution et dans sa mise en œuvre. Si, un mois après sa publication, soit le mardi 6 mai 2025, le président de la Commission électorale nationale indépendante, Dénis Kadima Kazadi, s’était rendu à l’entrepôt central de la CENI pour évaluer l’état d’avancement des opérations d’inventaire et de contrôle de la fonctionnalité des matériels électoraux première étape de cette feuille de route , il se constate que d’avril 2025 jusqu’au mois de mars 2026, plusieurs activités retenues n’ont pas été exécutées et qu’il n’y a pas eu de communications officielles de la part de l’institution organisatrice des élections en République démocratique du Congo.
D’après le constat fait par ACTUALITE.CD, durant la période d’avril 2025 à juin 2025, il était prévu la mise à jour des cartographies opérationnelles. Entre avril 2025 et mai 2025, il était également prévu l’évaluation et la mise à jour des outils, méthodologies et procédures opérationnelles, ainsi que des logiciels utilisés pour la révision du fichier électoral (RFE 2022). Par ailleurs, d’avril 2025 à septembre 2025, la CENI devait procéder aux préparatifs et à l’acquisition des matériels pour l’identification et l’enrôlement des électeurs dans la province pilote. De cette programmation, aucune opération n’a été exécutée.
À partir de septembre 2025 à octobre 2025, la CENI avait prévu l’identification et l’enrôlement des électeurs dans la province pilote. Pour la période d’octobre 2025 à février 2026, il était prévu l’intégration des recommandations issues de l’évaluation de l’opération pilote. Durant la même période (octobre 2025 à février 2026), l’acquisition du matériel pour l’identification et l’enrôlement des électeurs devait également être réalisée. Enfin, entre février 2026 et septembre 2027, la CENI devait lancer l’identification et l’enrôlement des électeurs dans les quatre aires opérationnelles (AO1, AO2, AO3 et AO4). Il en est de même pour ces activités qui n’ont pas connu d’exécution, alors que, selon le calendrier établi, l’identification et l’enrôlement des électeurs devraient déjà être en cours, ce qui n’est pas le cas.
Clément MUAMBA