Uvira : plus de 33 000 déplacés vivent en familles d’accueil, tandis que 70 000 retournés font face à des besoins humanitaires critiques (OCHA)

Une femme déplacée retournée à Sake
Une femme déplacée retournée à Sake

La situation sécuritaire et humanitaire dans le territoire et la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, a occupé une place de choix dans l’aperçu du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) couvrant le mois de janvier de l’année en cours. Selon ce document rendu public mercredi 17 février 2026, l’intensification des affrontements armés dans plusieurs localités du territoire d’Uvira, notamment à Kigongo, Katongo et Lemera, a entraîné le déplacement de plus de 50 000 personnes à l’intérieur du territoire, d’après des partenaires locaux.

"Depuis le 18 janvier, des actes de pillage visant des biens civils et publics ont été signalés dans la ville d’Uvira. Entre le 18 et le 19 janvier, au moins sept organisations humanitaires ont été touchées par ces pillages et des incursions d’hommes armés. Des incidents similaires ont également été rapportés dans les villages de Kanga, Kigoma, Nyakabere et Mutarule, accentuant les risques de protection et perturbant l’accès humanitaire", lit-on dans le rapport de OCHA.

En outre, des évaluations menées du 23 au 27 janvier par l’ONG NRC dans la zone de santé de Lemera ont confirmé la présence de plus de 33 000 personnes déplacées (5 262 ménages) dans plusieurs localités, ayant fui les affrontements armés depuis décembre 2025. La majorité des déplacés vivent au sein de familles d’accueil, tandis que d’autres sont hébergés dans des centres collectifs, notamment des écoles. Parallèlement, plus de 70 000 personnes (11 141 ménages) seraient retournées dans la zone depuis la dernière semaine de décembre 2025.

"Les personnes déplacées, comme les retournés, font face à des besoins humanitaires critiques, notamment en matière d’assistance alimentaire, d’articles ménagers essentiels, d’abris, d’eau, d’hygiène et d’assainissement, d’éducation et de santé. L’insécurité persistante et les incidents affectant les acteurs humanitaires continuent de limiter la capacité de réponse", ajoute le rapport.

Dans l’est de la République démocratique du Congo, Uvira, la deuxième plus grande ville du Sud-Kivu après Bukavu, reste profondément meurtrie. Selon un récent reportage de nos confrères de RFI, l’activité y redémarre lentement, mais demeure fortement freinée par la fermeture de la frontière avec le Burundi et la proximité de la ligne de front. Les stigmates du chaos provoqué par l’occupation, puis le départ précipité du M23 à la suite des pressions américaines exercées sur le Rwanda, sont encore bien visibles.

Toujours selon RFI, le retour progressif des services de l’État est en cours, mais le processus s’avère lent tant que la frontière reste fermée. De nombreux agents de l’administration publique, personnel judiciaire, agents municipaux ou enseignants  sont encore bloqués du côté burundais.

Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira avait brièvement échappé au contrôle de Kinshasa, renforçant l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce verrou sécuritaire est perçu comme un point névralgique, susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, considéré comme le poumon économique de la République démocratique du Congo.

Clément MUAMBA