Pasteur Eric Nsenga (ECC) : « Le dialogue inclusif n’est pas une concession, c’est un consensus national et international pour arrêter la guerre »

Pasteur Eric Senga
Pasteur Eric Senga

Secrétaire général de l’Église du Christ au Congo (ECC) en charge de la Commission Justice, Paix et Sauvegarde de la Création, le révérend Eric Nsenga défend l’initiative du « Pacte social pour la paix » portée conjointement avec la CENCO. Face aux conditions posées par le président Félix Tshisekedi, il insiste sur la nécessité d’un dialogue vraiment inclusif, sans exclure les acteurs armés, et rappelle que cette approche complète les processus régionaux et internationaux. Depuis Washington où il a participé au national breakfast preyer, il a répondu aux questions d’ACTUALITE.CD.

Dans un contexte où les affrontements persistent dans l’est de la RDC et où le chef de l’État a récemment réaffirmé son ouverture à un « dialogue inclusif » tout en excluant les auteurs de crimes graves, le pasteur Eric Nsenga, co-porteur de l’initiative des Églises, explique pourquoi les facilitateurs religieux maintiennent leur proposition, malgré les divergences apparentes avec la vision présidentielle, et insiste sur le rôle pastoral des Églises face aux impératifs politiques.

ACTUALITE.CD : le président Tshisekedi a insisté sur le fait qu’un dialogue ne saurait servir à relativiser l’agression ni diluer les responsabilités pour crimes commis. Comment réagissez-vous ?

Senga : « Nous respectons pleinement cette position du chef de l’État, qui est légitime en tant que garant de la souveraineté et de la protection des populations. Notre initiative n’a jamais eu pour but de relativiser l’agression ou de déresponsabiliser quiconque. Au contraire, le Pacte social vise à mettre fin aux hostilités, unifier le pays et relancer les processus démocratiques. L’inclusivité que nous défendons n’est pas une prime aux criminels, mais un mécanisme pour arrêter la répétition des conflits armés. L’histoire montre que les dialogues, quand ils sont suivis de mécanismes post-conflit solides (justice transitionnelle, non-répétition), peuvent produire des résultats durables, comme à Sun City en 2002-2003. »

ACTUALITE.CD : Le président semble vouloir un dialogue « à sa taille », excluant ceux qui ont pris les armes et commis des crimes. Votre vision d’un dialogue inclusif inclut-elle réellement les groupes armés comme le M23 ?


Senga : « Selon le Pacte social que nous portons avec la CENCO, l’inclusivité doit concerner tous les acteurs impliqués dans le conflit, y compris ceux qui ont pris les armes. C’est précisément pour cela que nous sommes allés à Goma dès le début. Exclure ces acteurs risque de prolonger la crise : plus le temps passe sans accord global, plus les positions se figent sur le terrain. Le vrai enjeu n’est pas de récompenser la violence, mais de créer les conditions pour que la prise d’armes ne soit plus une option viable à l’avenir. Aujourd’hui, l’inclusivité est devenue un consensus national et international – on le retrouve dans les accords de Washington, Doha, et même dans les déclarations récentes du Conseil de sécurité. »

ACTUALITE.CD : Vous avez été reçus récemment par le président Lourenço en Angola. Quel rôle peut jouer Luanda dans ce contexte ?

Senga : « Le président Lourenço nous a reçus pour relancer le processus interne, en complément des initiatives régionales et internationales. Il a partagé sa vision d’accompagnement et nous avons harmonisé un agenda potentiel. Luanda a été mandaté pour consulter les parties congolaises et créer les conditions d’un dialogue intercongolais. Nous pensons que cela peut aider à combler l’angle mort des processus externes, mais sans se substituer à l’initiative nationale portée par les Congolais eux-mêmes. »

ACTUALITE.CD : Face aux retards observés sur le processus électoral pour 2028, craignez-vous la non tenue des élections ?

Senga : « Techniquement, nous avons déjà accumulé beaucoup de retard. Le Parlement devrait avoir engagé les débats sur les réformes et le calendrier électoral. Ce retard renforce la crise démocratique globale. Notre initiative s’inscrit dans le respect de l’ordre constitutionnel et vise à créer les conditions pour que les élections de 2028 se tiennent dans un climat apaisé et crédible. Plus on retarde, plus c’est compliqué. »

ACTUALITE.CD : En résumé, quel est votre rôle face à la nouvelle posture du président ?

Senga : « Nous restons des facilitateurs pastoraux. Nous gardons le lien avec toutes les parties, comprenons les préoccupations de souveraineté et de légalité exprimées par le président, et cherchons la marge de manœuvre consensuelle pour arrêter la guerre et unifier le pays. Nous ne sommes pas dans l’affrontement, mais dans l’harmonisation des vues entre légalité et réalité du terrain. »

Interview réalisée par Stanislas Bujakera Tshiamala