Tripartite RDC–Angola–Zambie sur le corridor de Lobito : João Lourenço insiste sur la nécessité de bien articuler toutes les initiatives afin d’éviter la fragmentation et les efforts parallèles

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Joâo Lourenço

Les travaux de la première réunion de coordination du corridor de Lobito, réunissant les ministres des Finances, des Transports ainsi que du Commerce et de l’Industrie de l’Angola, de la République démocratique du Congo (RDC) et de la Zambie, se sont ouverts ce jeudi 5 février à Luanda, en Angola. Ouverts par João Lourenço, président de l’Angola, en présence des partenaires techniques et financiers, dont la Banque mondiale, sont considérés comme une étape clé dans le renforcement de la coopération régionale autour du corridor de Lobito, une voie stratégique de commerce et de transport reliant l’Afrique australe et centrale aux marchés mondiaux.

Au cours de ces assises, qui se clôturent ce vendredi 6 février, les discussions portent sur l’alignement des politiques, la coordination des investissements et la mobilisation des partenaires publics et privés afin d’accélérer la croissance économique, la création d’emplois et le commerce transfrontalier. Les discussions abordent également d’autres priorités régionales, notamment l’élargissement de l’accès à l’énergie avec la Mission 300, le renforcement des chaînes de valeur agricoles et agroalimentaires via AgriConnect, ainsi que l’augmentation de l’accès et de la connectivité numérique.

"Cette réunion de haut niveau sur le mécanisme de coordination du corridor de Lobito représente donc une étape de consolidation consistant à porter la coordination à un niveau plus opérationnel, à assurer l'harmonisation des processus de réglementation et de facilitation, avec des objectifs, des responsabilités et un suivi régulier. Le corridor du Lobito s'est avéré être un axe clé de liaison entre l'Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie, avec un énorme potentiel pour dynamiser le commerce, la production, la logistique et la transformation économique dans notre région. En reliant l'Atlantique aux zones productives intérieures, ce corridor peut devenir une véritable plateforme de développement et de dynamisation de la zone de libre-échange continentale africaine, contribuant à l'intégration économique régionale et facilitant le commerce intra-africain, avec des avantages significatifs pour nos économies et nos populations", a déclaré le président Angolais Joao Lourenço dans son discours.

Pour celui qui est également président sortant de l’Union africaine, cette rencontre, qui réunit les pays concernés par ce projet ainsi que les partenaires de développement multilatéraux et bilatéraux, est une preuve que sa réalisation dépend de l’unité entre les parties prenantes. Selon João Lourenço, l’objectif n’est pas de créer de nouvelles structures ni d’ajouter de la bureaucratie, mais de s’assurer que toutes les initiatives entreprises sont correctement exécutées pour garantir le succès du projet.

"La présence de hauts fonctionnaires du gouvernement des trois pays qui composent le corridor et de partenaires de développement multilatéraux et bilatéraux, notamment pour la Banque mondiale, montre qu'il y a un accord commun selon lequel le succès du corridor Lobito dépend avant tout d'un alignement stratégique clair et une coordination efficace entre toutes les parties prenantes. Les partenaires de développement jouent un rôle central dans ce processus, dont le soutien a été essentiel non seulement pour mobiliser des investissements catalyseurs, mais aussi pour soutenir les réformes structurelles et l'harmonisation réglementaire, dimensions essentielles pour renforcer la crédibilité des corridors, réduire les risques, attirer les capitaux privés et garantir des résultats concrets", a fait savoir le Président Angolais Joao Lourenço.

Et de poursuivre :

"C'est dans ce contexte que le mécanisme de coordination du corridor Lobito émerge, conçu comme une plateforme de coordination et d'alignement stratégique. Leur objectif n'est pas de créer de nouvelles structures, ni de bureaucratie supplémentaire, mais de s'assurer que toutes les initiatives promues par les institutions multilatérales, les partenaires bilatéraux et les investisseurs privés sont bien articulées, évitant les doubles emplois, la fragmentation et les efforts parallèles qui pourraient réduire l'impact collectif. La complémentarité entre les projets, le financement et les réformes est la clé pour maximiser les résultats et accélérer la mise en œuvre".

Dans le même chapitre, João Lourenço a rappelé qu’il est important de souligner que le corridor de Lobito ne concerne pas uniquement les infrastructures de transport. Selon lui, ce projet doit devenir un véritable moteur de transformation économique. L’initiative, a-t-il expliqué, doit stimuler le développement de l’agro-industrie, promouvoir la transformation industrielle, renforcer les chaînes de valeur régionales et créer des opportunités économiques durables, notamment à travers la création d’emplois décents. Une attention particulière devra être accordée aux jeunes et aux femmes, afin de veiller à ce que la croissance économique se traduise par une amélioration effective de la qualité de vie des populations.

"Nous considérons qu'il est important de veiller à ce que l'épine dorsale du Corredor do Lobito, ses infrastructures ferroviaires, routières et énergétiques, soient entièrement réhabilitée et interconnectée, afin d'assurer efficacité et compétitivité. Nous estimons donc pertinent et stratégique que les projets de réhabilitation de la partie ferroviaire en République démocratique du Congo, ainsi que la matérialisation de la liaison ferroviaire et routière avec la République de Zambie, ainsi que l'interconnexion du réseau de transport d'énergie de l'Angola à la région, au profit de la population et des activités productives dans les deux pays voisins. Sans cet effort, la réalisation d'un corridor de développement efficace pour nos pays, intégré dans le contexte de l'économie mondiale, sera beaucoup plus difficile", a prévenu Joao Lourenço, président Angolais.

À ces assises, la Banque mondiale est représentée par Anna Bjerde, directrice générale des opérations du Groupe de la Banque mondiale, accompagnée de son collègue Albert Zeufack, directeur des opérations pour la République démocratique du Congo, le Burundi, l’Angola et Sao Tomé-et-Principe. Par cette présence, indique la cellule de communication de l’institution, Mme Bjerde a réaffirmé l’engagement à long terme du Groupe de la Banque mondiale en faveur du développement durable en Angola, en RDC et en Zambie.

À cette occasion, Mme Anna Bjerde a souligné l’importance d’un leadership gouvernemental fort et d’une action coordonnée pour transformer le potentiel du corridor de Lobito en résultats concrets en matière de développement. Sa présence a également mis en lumière la manière dont une approche unifiée des différentes entités du Groupe de la Banque mondiale peut favoriser la diversification économique, attirer les investissements privés et générer des bénéfices inclusifs pour les communautés situées le long du corridor.

Le corridor de Lobito est un projet ambitieux visant à faciliter l’exportation des minerais produits dans les régions minières de la RDC et de la Zambie. En juillet dernier, les présidents Tshisekedi, Lourenço et Hichilema avaient signé un accord à Lobito pour optimiser l’utilisation de ce corridor ferroviaire, situé à proximité des bassins miniers du Grand Katanga (RDC) et du Copperbelt (Zambie).

Le consortium Lobito Atlantic Railway, composé des entreprises Trafigura (Suisse), Vecturis (Belgique) et Mota-Engil (Portugal), avait remporté l’appel d’offres international pour l’exploitation de ce corridor pour une durée de 30 ans. Le consortium s’engage à porter la fréquence des trains à 49 convois par jour, à créer 1 600 emplois directs et à assurer l’entretien des infrastructures. Il prendra également en charge le transport de minerais, notamment les concentrés de cuivre, de la RDC et de la Zambie vers les marchés extérieurs.

Le corridor de Lobito comprend plusieurs infrastructures clés : le port de Lobito, le terminal de Mineiro, l’aéroport de Catumbela et le chemin de fer de Benguela. En RDC, il relie les provinces minières du Tanganyika, du Haut-Lomami, de Lualaba et du Haut-Katanga. Cette infrastructure offre une alternative au transport routier, longtemps prédominant, pour l’exportation des métaux précieux vers les marchés internationaux.

Clément MUAMBA