Kinshasa : « Inclusion dans nos cultures », une initiative pour revaloriser l’identité africaine

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Prestation de la compagnie Tshilongelu d’art

Dans le cadre de la promotion de la culture et de la créativité artistique, Monissart SARL et Cerise Production ont organisé, ce samedi 31 janvier, en partenariat avec Jeunesse Pour Christ – Paroisse CPK Matete Lokoro, une journée culturelle dénommée « Inclusion dans nos cultures ».

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de valorisation de la diversité culturelle et de l’identité africaine, tout en favorisant un dialogue constructif entre les traditions culturelles, la modernité et les valeurs chrétiennes.

La journée a été ponctuée d’expositions artistiques, de conférences, de débats, d’animations et de spectacles culturels, avec pour ambition de promouvoir l’inclusion et la diversité culturelle.

À travers cette initiative, les organisateurs entendaient favoriser une réconciliation des communautés avec leur héritage culturel, longtemps marginalisé, voire diabolisé, notamment par certains discours religieux hérités de la période coloniale.

« On veut ramener la culture dans la jeunesse. Parce que la jeunesse, c'est l'avenir de demain. Si déjà, nous étant jeunes, on est en train de perdre notre culture, plus tard, qu'est-ce qu'on aura à raconter aux enfants ? Voilà pourquoi on a décidé d'organiser des activités autour de l'inclusion de la culture », a déclaré Keren Maleli, DG de Monissart. 

Dans son mot d’ouverture, Cerise Mbenzu, initiatrice de la structure Mbenzu Production, a souligné la portée symbolique et sociale de cette journée.

« Aujourd’hui est un grand jour qui nous permet de lancer notre projet “Inclusion dans nos cultures”. Cette journée est une célébration de nos rythmes, de nos histoires et des talents uniques de nos communautés. La culture nous réunit tous et devient un langage unificateur », a-t-elle déclaré.

Pour l’organisatrice, l’inclusion culturelle ne se limite pas à une simple valorisation folklorique, mais constitue un levier essentiel pour la cohésion sociale, l’estime de soi collective et la transmission des valeurs aux générations futures.

Christianisme et cultures africaines : une opposition à déconstruire

Au cœur des échanges, une réflexion critique sur la perception dominante du christianisme comme une religion étrangère aux réalités africaines. David Londola, président de la jeunesse de la paroisse CPK Matete Lokoro, a dénoncé une lecture héritée de l’époque coloniale, qui aurait contribué à marginaliser les valeurs culturelles africaines.

« Nous avons longtemps eu le sentiment que le christianisme était exclu de la culture, ou que la culture était exclue du christianisme. Pourtant, le christianisme n’est pas contre la culture ; il la purifie », a-t-il affirmé.

Selon lui, la révélation divine ne se fait jamais en dehors du contexte culturel des peuples auxquels elle s’adresse. Il rappelle que bien avant l’arrivée des missionnaires, les sociétés africaines avaient déjà une conception du divin, citant l’exemple de Nzambi a Mpungu, reconnu comme Dieu unique dans plusieurs traditions congolaises.

Évoquant l’histoire du royaume Kongo, David Londola rappelle que le roi Nzinga a Nkuvu, baptisé sous le nom d’Alphonse Ier, avait accepté le christianisme sans le percevoir comme une rupture culturelle, mais plutôt comme une continuité spirituelle.

« Nos ancêtres connaissaient déjà Dieu avant l’arrivée des missionnaires. La caricature qui associe la culture africaine à la sorcellerie est un héritage colonial qui plaçait la culture occidentale au centre de tout », a-t-il déploré.

Interrogé sur la possibilité d’un retour aux valeurs culturelles positives du passé, David Londola plaide pour une relecture critique de l’histoire.

« Il faut questionner ce qui a été diabolisé à tort. Lorsqu’on parle de diabolisation, cela signifie qu’il y avait de bonnes choses que l’on a présentées comme mauvaises », a-t-il expliqué.

Pour lui, la responsabilité de cette réappropriation incombe à plusieurs acteurs : l’Église, appelée à accompagner spirituellement les fidèles vers la vérité ; l’État, chargé de sensibiliser et d’encadrer les politiques culturelles ; et les acteurs culturels, dont le rôle est de susciter l’introspection collective et la reconnaissance des valeurs endogènes.

Modernité et tradition : trouver le juste milieu 

De son côté, Sarah Lusandisa, intervenante lors du premier panel, a insisté sur la nécessité de bâtir des ponts entre tradition et modernité.

« L’inclusion culturelle, c’est prendre le meilleur de la modernité et le mixer avec la tradition pour créer de la valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de mystifier l’identité africaine, mais de lui redonner sa place », a-t-elle déclaré.

Elle a également souligné le rôle fondamental de l’école dans la transmission des valeurs culturelles, appelant à une intégration plus affirmée de l’identité africaine dans les systèmes éducatifs, afin d’éviter une rupture identitaire chez les générations futures.

La journée a également été marquée par les interventions de Paul Ngoie, qui s’est penché sur la place des formes artistiques souvent marginalisées, et de Benjamin Tezangi, qui a évoqué les stratégies de promotion de la commune de Matete à travers l’inclusion culturelle.

À l’instar de Ketsia Maleli, plusieurs participants sont repartis enrichis par les échanges.

« J’ai retenu que nous devons vulgariser notre culture pour permettre aux autres de mieux la connaître, sans effacer celles des autres. Nous devons aussi apprendre à faire cohabiter notre culture avec la modernité et l’utiliser comme un moyen d’attraction », a-t-elle confié.

Cette conférence s’est achevée dans une atmosphère à la fois festive et réflexive, laissant entrevoir la volonté des organisateurs et des participants de prolonger le débat au-delà de cette rencontre.

James Mutuba