Il y a un an, la bataille de Goma, bascule majeure dans le conflit à l’est de la RDC
Il y a un an, Goma tombait. La capitale provinciale du Nord-Kivu, principale ville de l’est de la RDC, passait sous le contrôle du groupe politico-militaire AFC/M23, soutenu par le Rwanda. Une bataille d’une intensité inédite, sans commune mesure avec la prise de la ville en 2012, qui a marqué un tournant durable dans le conflit à l’est du pays.
Un an plus tard, alors que le mouvement administre toujours la ville, retour sur les séquences politiques, diplomatiques et militaires qui ont conduit à la bataille de Goma.
Décembre 2024 : l’échec de la médiation angolaise
Le 15 décembre 2024, à Luanda, tout semble pourtant prêt. L’Angola est sur le point d’arracher un accord entre Kinshasa et Kigali. Les délégations congolaise et rwandaise ont quasiment finalisé le texte d’un accord de paix, assorti d’un Concept des opérations (CONOPS), document technique détaillant les engagements militaires des deux pays ainsi qu’un chronogramme précis de mise en œuvre.
Mais un point bloque. Kinshasa refuse catégoriquement de négocier avec l’AFC/M23, une exigence posée par Kigali comme préalable à la signature de l’accord. Le désaccord est total. Le 16 décembre, le président rwandais Paul Kagame ne se rend pas à Luanda. Le président congolais Félix Tshisekedi s’y retrouve seul. Il n’y aura pas de signature.
À partir de cet échec diplomatique, la pression militaire s’accentue sur le terrain.
Une montée en puissance militaire documentée par l’ONU
Dans les jours qui suivent, les Nations unies documentent un déploiement d’armements sophistiqués par les forces rwandaises dans les zones contrôlées par le M23, incluant des missiles sol-air, ainsi que des opérations de brouillage GPS. Ces capacités technologiques limitent fortement l’usage de l’aviation et des drones par les forces congolaises et leurs alliés.
Face à la montée des tensions, Félix Tshisekedi tente de mobiliser les pays voisins. Le samedi 21 décembre, il se rend à Brazzaville. Le lendemain, dimanche 22 décembre, il est à Bujumbura. Sur le plan interne, le chef de l’État procède à une série de changements dans la hiérarchie militaire. Quatre jours plus tard, il remplace plusieurs commandants des Forces armées de la RDC (FARDC), notamment celui de la troisième zone de défense, qui couvre le Nord-Kivu. Le chef d’état-major des FARDC avait déjà été remplacé dix jours plus tôt.
Janvier 2025 : l’avancée du M23 vers Goma
Sur le terrain, la dynamique est désormais clairement militaire. Le vendredi 3 janvier, l’AFC/M23 prend le contrôle de Katale. Le lendemain, Masisi-centre tombe à son tour. Les combattants se trouvent alors à environ 80 kilomètres de Goma.
Le 7 janvier, des affrontements sont signalés autour de Saké, localité stratégique située à une trentaine de kilomètres à l’ouest de la capitale provinciale. Dans le même temps, les experts de l’ONU affirment que les forces rwandaises de défense « ont continué d’apporter un soutien systématique au M23 et d’en contrôler de facto les opérations ». Selon ces rapports, le général Sultani Makenga, chef militaire du mouvement, continue de « recevoir des instructions et un soutien des forces et services de renseignement rwandais ».
Durant les deux premières semaines de janvier, plusieurs lignes de front s’activent simultanément : dans le territoire de Masisi, au sud de Lubero, à Rutshuru et dans le territoire de Nyiragongo. Les combats sont intenses, prolongés, et se rapprochent progressivement de Goma.
La dernière semaine avant la chute
Le 18 janvier 2025, Félix Tshisekedi s’adresse aux ambassadeurs accrédités à Kinshasa. Il appelle les pays occidentaux à imposer des sanctions ciblées contre le Rwanda, accusé de soutenir le M23, qui contrôle alors une partie du Nord-Kivu.
Cinq jours plus tard, autour de Saké, les combats s’intensifient. Le général-major Peter Cirimwami, gouverneur militaire du Nord-Kivu, est grièvement blessé par balle le 23 janvier alors qu’il se rend sur la ligne de front à l’ouest de Goma. Il succombe à ses blessures peu après.
Le samedi 25 janvier, les affrontements atteignent les environs immédiats de Goma. L’armée congolaise et ses alliés affrontent le M23, soutenu par le Rwanda. Treize soldats, sud-africains, malawites et uruguayens, déployés au sein de la force régionale de la SADC ou de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco) sont tués.
Dans la foulée, Kinshasa rappelle ses diplomates à Kigali et donne quarante-huit heures au Rwanda pour cesser toute activité diplomatique sur le sol congolais.
Goma plongée dans le chaos
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Les lignes de haute tension sont coupées lors des combats, privant Goma d’électricité et, rapidement, d’eau. Des combattants du M23 et des soldats de l’armée rwandaise entrent dans la ville.
Le lundi 27 janvier, des tirs sont entendus jusqu’au centre-ville. Des éléments du M23 et des forces spéciales rwandaises sont signalés dans plusieurs quartiers. La veille, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a directement mis en cause Kigali après une nouvelle journée de combats.
Les affrontements se poursuivent notamment dans la partie sud de l’aéroport de Goma. Côté rwandais, un porte-parole des Forces de défense rwandaises fait état d’au moins cinq morts et vingt-quatre blessés graves dans une localité frontalière.
Le même jour, une évasion massive a lieu à la prison de Munzenze, qui comptait environ 3 000 détenus. Le mardi 28 janvier, Goma se réveille au son de fortes détonations et d’échanges de tirs, tandis qu’à Kinshasa, des manifestations éclatent dans plusieurs communes, notamment à Limete, Kitambo et dans le quartier administratif de la Gombe.
Les hôpitaux de Goma sont débordés, incapables de faire face à l’afflux de blessés.
Le mercredi 29 janvier, plusieurs centaines de ressortissants roumains, instructeurs auprès des FARDC selon Kinshasa, mercenaires selon Kigali, traversent la frontière vers Gisenyi, au Rwanda, avant d’être évacués vers la Roumanie.
Un an après, une ville toujours sous contrôle du M23
Un an après la bataille, Goma reste sous administration de l’AFC/M23. La bataille de janvier 2025 n’a pas seulement changé le contrôle d’une ville : elle a redessiné durablement les équilibres militaires et politiques dans l’est de la RDC, tout en exposant les limites des médiations régionales et internationales face à un conflit de plus en plus régionalisé.