Le ministère congolais des Finances a publié, le 14 janvier 2026, un communiqué apportant des clarifications factuelles et juridiques dans le litige opposant la RDC à la société américaine PayServices, qui a déposé une plainte devant une juridiction fédérale américaine, réclamant 4 milliards de dollars de dommages et intérêts, selon des informations révélées par Africa Intelligence.
Selon la plainte, PayServices affirme avoir conclu avec des entités publiques congolaises un projet de numérisation des paiements de l’État congolais, présenté comme devant générer plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels. L’entreprise soutient que le projet n’a pas été exécuté.
D’après la plainte, les premiers contacts entre PayServices et les autorités congolaises ont eu lieu le 6 décembre 2023 à Washington, lors d’une rencontre à l’ambassade de la RDC. En janvier 2024, un accord d’exclusivité aurait été signé entre PayServices et la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO).
Toujours selon la plainte, un paiement de 20 millions de dollars était attendu avant mars 2024. En avril 2024, la CADECO aurait sollicité la Banque centrale du Congo pour le déblocage de ces fonds, sans résultat. PayServices indique avoir ensuite engagé des démarches de médiation avant de saisir la justice américaine.
Dans sa plainte, la société évoque des violations contractuelles, des pressions et des tentatives de corruption, mentionnant notamment un pot-de-vin présumé de 5 millions d’euros. Elle cite plusieurs responsables congolais, dont la ministre du Portefeuille Julie Mbamubi Shiku, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde, le directeur de cabinet du président Nkinzo Kamole, le gouverneur de la Banque centrale Andrew Mwema et le directeur général de la CADECO Mukeba Muntuba.
Dans un communiqué publié le 14 janvier 2026, le ministère congolais des Finances, consulté par ACTUALITE.CD, indique que les faits rapportés dans l’article d’Africa Intelligence reposent « pour l’essentiel sur des allégations présentées par une partie privée dans le cadre d’une procédure contentieuse ». Le ministère souligne qu’« à ce stade, aucune condamnation ni constatation judiciaire définitive n’établit une quelconque responsabilité de l’État congolais ou de ses institutions ».
Sur la nature des relations avec PayServices, le ministère précise que, sous le gouvernement Sama Lukonde II, certains départements ministériels et entités publiques ont signé avec PayServices des protocoles d’accord et mémorandums d’entente à caractère exploratoire, dans le cadre d’un projet de digitalisation des services publics. Ces instruments, selon le communiqué, n’engageaient pas financièrement le Trésor public et ne constituaient pas des actes valablement conclus au sens du droit congolais des finances publiques.
Le ministère rappelle qu’en vertu de l’article 108 de la loi n°11/011 du 13 juillet 2011 relative aux finances publiques, toute opération engageant financièrement l’État relève exclusivement du ministre des Finances, après avis du ministère du Budget, et doit être autorisée par une loi votée par le Parlement.
Concernant la demande de paiement de 20 millions de dollars, le ministère indique que des diligences administratives et juridiques ont été menées, conduisant à constater l’impossibilité légale d’y donner suite. Il cite notamment l’existence de décisions émanant d’autorités bancaires et judiciaires américaines, dont la Commission bancaire du Dakota du Sud (mars 2022), la Federal Reserve Bank of San Francisco (mai 2023), le Département des Finances de l’État d’Idaho (octobre 2024) et le tribunal fédéral du district de l’Idaho (mars 2024), interdisant à PayServices de se présenter comme une banque ou d’exercer des activités bancaires.
Le ministère des Finances affirme qu’à aucun moment l’État congolais n’a procédé à un décaissement, un transfert de fonds ou pris un engagement financier au bénéfice de PayServices.
S’agissant des allégations de corruption, le gouvernement congolais dément « formellement et catégoriquement » toute sollicitation, exigence, acceptation ou perception d’un avantage financier ou d’une contrepartie en lien avec ce dossier. Il indique qu’aucun paiement, aucune promesse de paiement ni avantage indu n’a été accordé.
Dans un communiqué distinct publié le 13 janvier 2026, le ministère du Portefeuille, consulté par ACTUALITE.CD, avait également contesté les accusations de PayServices, affirmant que la société n’avait jamais disposé de la qualité juridique d’établissement bancaire et qu’aucun fonds public n’avait été transféré.
Le ministère des Finances précise enfin que les prétentions de PayServices seront examinées dans le cadre de la procédure contentieuse en cours devant la justice américaine, et réaffirme l’attachement de la RDC à la légalité, à la transparence et à la bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques.