Présentés par le pouvoir de Kinshasa comme un levier diplomatique devant contribuer au retour de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo, en proie à l’agression rwandaise à travers la rébellion de l’AFC/M23, les accords signés à Washington le 4 décembre dernier continuent de susciter de vives critiques dans l’opinion publique congolaise.
Dans un message adressé à la population congolaise, mercredi 31 janvier 2025, le président du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé), Martin Fayulu Madidi, a vivement contesté la légitimité et la transparence de ces accords conclus sous les auspices de l’administration américaine de Donald Trump.
L’opposant les qualifie de décisions prises « sans le peuple, sans débat national, sans transparence et sans consentement populaire », estimant qu’elles engagent l’avenir du pays dans l’opacité la plus totale.
« Notre souveraineté est désormais menacée par des décisions prises sans le peuple. Les accords signés le 4 décembre dernier à Washington engagent l’avenir de la République démocratique du Congo sans débat national, sans transparence et sans consentement populaire. Ces accords sont opaques. Le peuple ne sait pas. Le peuple n’a pas décidé. Le Congo n’est pas une propriété privée. Le peuple congolais a le droit de savoir. Il a le droit de décider », a déclaré Martin Fayulu, président de l’ECiDé.
Pour l’ancien candidat à l’élection présidentielle, le temps de la résignation, du mensonge et de la peur est révolu. Il affirme que la situation actuelle du pays traduit l’échec de choix politiques qu’il juge irresponsables.
« Plus de huit millions de Congolais sont déplacés sur leur propre sol. Des millions vivent comme réfugiés. Plus des trois quarts de notre population peinent à se nourrir chaque jour. Et notre Nation continue de pleurer des millions de vies fauchées par des guerres imposées, notamment par l’agression rwandaise et ougandaise. Ce drame n’est ni une fatalité ni une malédiction. Il est le résultat de la convoitise étrangère, mais aussi de choix politiques irresponsables, de compromissions honteuses et de l’abandon de la volonté populaire », a-t-il dénoncé.
Selon Martin Fayulu, un État qui trahit le vote du peuple s’affaiblit et devient vulnérable aux prédateurs, une situation qui, selon lui, caractérise aujourd’hui la République démocratique du Congo.
Sur le plan diplomatique, les initiatives en cours — notamment le processus de Washington, consacré à la crise entre Kinshasa et Kigali, et celui de Doha, axé sur les discussions entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 — peinent à faire consensus dans l’environnement sociopolitique congolais, malgré l’entérinement formel des accords de Washington en présence du président américain Donald Trump.
Si le processus de Washington a connu une accélération sur le plan institutionnel, les négociations de Doha, censées compléter ces accords en s’attaquant aux causes profondes du conflit — notamment la restauration de l’autorité de l’État et la réintégration des groupes armés — restent, à ce stade, au point mort, sans avancées significatives depuis la signature de l’accord-cadre sous l’égide de l’État du Qatar.
Martin Fayulu figure parmi les acteurs sociopolitiques qui estiment que ces deux initiatives diplomatiques, à elles seules, ne peuvent résoudre durablement la crise congolaise. Il soutient plutôt l’option d’un dialogue national inclusif, telle que proposée par le Pacte social pour la paix dans la région des Grands Lacs, une initiative conjointe portée par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC).
Malgré la publication de la feuille de route des confessions religieuses, conçue pour appuyer les efforts diplomatiques menés par les États-Unis et le Qatar, le chef de l’État, Félix Tshisekedi, maintient jusqu’à présent sa position selon laquelle aucun dialogue national ne peut être organisé en dehors de son propre cadre institutionnel.
Clément Muamba