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RDC-Nyiragongo : plus de 1200 ha de champs ravagés par la lave, un nouveau risque d’envahissement du parc par des sinistrés agriculteurs et éleveurs
Lundi 14 juin 2021 - 13:49
Une partie du parc des Virunga ravagée par la lave dans le territoire de Nyiragongo/Ph ACTUALITE.CD

Plus de 1500 ha des champs, dont au moins 1200 ha des terres arables, ont été envahis par la lave lors de la dernière éruption du volcan Nyiragongo le 22 mai 2021. C’est ce que révèle un rapport publié par un groupe d’organisations paysannes dont la Fédération des organisations des producteurs agricoles au Congo (FOPAC). Ces organisations ont visité les zones sinistrées, notamment les territoires de Nyiragongo et Masisi et révèlent, dans leur rapport parvenu à ACTUALITE.CD ce lundi 14 juin, des conséquences graves sur les activités agropastorales suite à la coulée de lave dans des champs. L’entité la plus touchée c’est le territoire de Nyiragongo qui renferme 90% des terres détruites par le volcan.

Récoltes perdues, bétails engloutis

Ces organisations disent avoir identifié au moins 39 168 producteurs qui ont perdu leurs récoltes dans des champs érigés dans le périmètre ayant connu la coulée de lave, dont une ouverture a coulé vers le Rwanda avec une largeur d’environ 2000 mètres et une longueur d’environ 6 km. Ces paysans cultivaient la pomme de terre, le haricot, la banane, l’eucalyptus et pratiquaient l’élevage de petits bétails.

« Plus ou moins 39 168 producteurs ont été directement affectés ou ont perdu leurs récoltes dans les champs suite à la coulée de lave, si on considère la moyenne de 32 producteurs  par hectare compte tenu de la moyenne d’une exploitation familiale dans la zone dévastée. Des pâturages communautaires dévastés par la lave privant ainsi les éleveurs du fourrage pour les bêtes. Seulement en deux axes, nous avons estimé à 60 exploitants bénéficiaires du projet PASA-NK (Projet d’appui au secteur agricole au Nord-Kivu, Ndlr) qui ont complètement perdu leurs champs et environs  une 50 indirectement concernés  par les cendres du volcan qui ont couvert les champs et les tremblements de terres qui vont endommager la production. Un nombre important de têtes de bêtes ont été englouties et d’autres perdues lors des fuites, les éleveurs incapables de fuir avec leurs bétails ont préféré les libérer sans espoir de les retrouver après », révèlent les organisations auteures du rapport, notamment la FOPAC, le FAT (Forum des Amis de la Terre-Grands Lacs), SOCOCAR (Société congolaise de la cartographie) et la CONAPAC.

Du côté de Sake, dans le territoire de Masisi, les enquêteurs révèlent que « le volcan a déversé la cendre  qui a détruit les cultures de haricots, manioc, pomme de terre et patate douce».

Ce qui fait doubler le prix de certaines denrées alimentaires, notamment les pommes de terre, la farine de manioc. « Les  différents produits vont disparaître suite à l’absence de semences. Des bétails ont été consommés  aussi parfois suite à la  peur du vol par les déplacés et à la hausse des prix», notent-elles. 

Un casse-tête pour agriculteurs et éleveurs

Ces organisations notent un lendemain incertain pour les agriculteurs et éleveurs des zones sinistrées.

« Les champs qui n’ont pas été brûlés  par la lave du volcan ont été soit directement séchés soit alors couverts par d’énormes quantités de cendre. Les éleveurs ont des problèmes pour trouver des fourrages pour les bétails étant donné la cendre qui a couvert tous les champs et pâturages. Des grandes superficies de pâturages sont parties en fumée. (…) Ces répercussions vont jusque dans les territoires de Masisi et Goma. A Masisi, les producteurs agricoles redoutent les effets néfastes de tremblements de terre sur les tubercules. Elles risquent de pourrir. Et les légumes également vont sécher à cause des cendres et la chaleur intense qui envahit les milieux proches du volcan », s’inquiètent-elles.

Elles craignent qu’ils puissent de nouveau envahir le parc des Virunga à la recherche des nouvelles terres arables.

« La superficie totale des  terres arables  arrachées aux producteurs agricoles est estimée à plus ou moins 1224 hectares. Ces terres sont inutilisables pendant au moins 50 ans, soit jusqu’à 2070. Dans un territoire ou la terre est rare et où la cohabitation des populations autochtones et le parc pose déjà problème, les risques de voir cette population envahir davantage le parc  pour la recherche des terres arables, sont devenus très élevés. Nous avons expressément omis, les superficies que les populations exploitaient dans le parc pour des raisons éthiques et déontologiques. Certains estiment ces superficies plus grandes que celles qu’elles exploitaient dans la partie communautaire », préviennent ces organisations.

Elles regrettent que ces conséquences de l’éruption volcanique sur les activités agropastorales ne puissent pas attirer l’attention du monde.

« On parle plus de la catastrophe en ville de Goma, qui a été touchée à la suite au déplacement des populations. On oublie les milliers de tonnes   de produits vivriers  perdues dans les champs dévastés (...) Aucune représentation des paysans producteurs dans le comité de crise mis en place par les instances gouvernementales. C’est une conséquence de considérer la question des victimes du volcan comme étant ceux habitant la ville de Goma seulement », déplorent-elles.

Des actions urgentes à poser

Ces organisations proposent des actions en court et moyen termes.

En court terme, c’est par exemple : « Procéder à une réhabilitation des producteurs en fournissant des vivres jusqu’à la production locale. Envisager pour le PASA-NK des mesures d’annulation des crédits accordés et mettre en place un refinancement en termes de don et non de crédit. Pour ceux qui souhaitent se déplacer,  actionner le Fond Innovatif pour l’accès à la Terre chez FIAT via le FAT pour faciliter l’accès sécurisé dans les milieux de nouvelle installation. Négocier avec les concessionnaires locaux l’accès aux terres par les paysans sans terres victimes du volcan et ou pour un transfert de propriété via le FIAT des concessions en faveur des producteurs agricoles. Procéder à une cartographie participative rapide des terrains dévastés pendant que les mémoires sont encore fraîches pour éviter des conflits fonciers à long terme entre les occupants dont les terres ont été brûlées. Organiser un plaidoyer pour que les paysans puissent être représentés dans les comités de crise mis en place par le gouvernement provincial à tous les niveaux ».

En moyen terme, c’est par exemple : « Mettre en place une politique de peuplement des nouvelles terres vers l’Ouest de la province. Favoriser le dialogue entre les chefs terriens et coutumiers pour favoriser le glissement et l’installation des terres encore disponibles vers l’Ouest. Créer des pâturages communautaires plus adaptés afin de protéger les bétails contre les différentes catastrophes comme la sécheresse, les pluies abondantes et éventuellement les effets des volcans ».

Claude Sengenya

 

 

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