La Synergie des missions d’observation citoyenne des élections (SYMOCEL) alerte sur les risques qui pèsent sur le respect des échéances électorales constitutionnelles de 2028 en République démocratique du Congo à moins de deux ans de ces échéances. Dans son rapport intitulé « RDC 2028 : Éviter le naufrage électoral. Le respect de la périodicité électorale à l’épreuve des retards, des contraintes financières et des incertitudes politiques » consacré à l’analyse du cadre juridique, de la feuille de route de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et des risques liés au processus électoral, cette plateforme de la société civile relève des retards opérationnels et financiers ainsi que des incertitudes politiques susceptibles de compromettre la tenue des prochaines élections dans les délais constitutionnels.
La conclusion générale de ce rapport, parvenu à la rédaction de ACTUALITE.CD samedi 7 novembre 2026, met en évidence une préoccupation centrale : le respect des échéances constitutionnelles de 2028 est exposé à des risques qui se renforcent mutuellement. Selon le rapport, le cadre juridique impose la périodicité électorale, tandis que la feuille de route de la CENI enregistre des retards opérationnels et financiers. Parallèlement, le débat sur la Constitution, le projet sur le référendum et les initiatives de dialogue national entretiennent une incertitude politique.
« Pris séparément, ces éléments ne prouvent pas qu’un report est décidé », souligne le rapport qui précise toutefois que leur accumulation impose une vigilance accrue.
D’après ce document, la feuille de route 2025-2029 constitue un indicateur concret. Plusieurs activités préparatoires n’ont pas été exécutées dans les délais annoncés, tandis que l’identification et l’enrôlement des électeurs demeurent déterminants pour la suite du processus. Selon l’organisation, le manque de financement, les difficultés sécuritaires et l’absence d’un rattrapage suffisamment documenté réduisent progressivement les marges de manœuvre. S’appuyant sur les analyses d’Ebuteli, le rapport relève que ces retards ne sont pas encore irréversibles, mais qu’ils exigent des décisions budgétaires rapides et un suivi institutionnel renforcé.
En prenant l’exemple de la période 2016-2018, le rapport de la SYMOCEL rappelle que le dépassement des échéances électorales peut entraîner une crise de confiance et une prolongation de fait de la transition politique. Selon cette organisation de la société civile, cette précédente séquence ne permet pas d’affirmer que l’histoire se répétera nécessairement. Elle montre toutefois qu’un retard initialement présenté comme technique peut acquérir une dimension politique lorsque les réponses institutionnelles tardent à produire des résultats vérifiables.
Une volonté politique qui doit se traduire par des actes
Le rapport évoque également la nécessité de vérifier la volonté politique à travers des actes concrets. Au regard des faits examinés, la SYMOCEL estime que cette volonté de respecter les échéances électorales ne se traduit pas encore par une mobilisation institutionnelle suffisamment visible au regard des retards constatés
« Cette appréciation ne repose pas sur la seule lecture des discours : elle tient à l’écart entre le calendrier annoncé, les opérations effectivement réalisées, les fonds mobilisés et la transparence du suivi », souligne le rapport.
Cette analyse ne signifie pas que toutes les institutions portent une responsabilité identique. Elle appelle plutôt à identifier les obligations et les défaillances propres à chacune. Pour illustrer cette situation, la SYMOCEL revient sur la déclaration du Président de la République Félix Tshisekedi, faite le 6 mai 2026. Selon le rapport, il avait affirmé que les élections de 2028 ne pourraient être organisées si la guerre dans l’Est se poursuivait et si les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ne pouvaient participer au scrutin.
« Cette position met en évidence une contrainte sécuritaire réelle, mais elle soulève également une question institutionnelle essentielle : quelles mesures concrètes seront prises pour préserver le calendrier constitutionnel, assurer la participation des populations concernées et éviter que l’insécurité ne devienne, faute d’anticipation, un obstacle durable au processus électoral ? », s’interroge l’organisation dans son rapport.
À cette situation s’ajoute le débat constitutionnel et sur le référendum qui doit également être apprécié au regard de ses effets institutionnels. Selon le rapport, le débat sur la Constitution n’établit pas, à lui seul, une volonté de reporter les élections. Toutefois, lorsqu’il se développe parallèlement aux retards électoraux persistants et aux incertitudes sur les priorités publiques, il peut contribuer à une perception de temporisation politique.
Pour la SYMOCEL, la question n’est donc pas de prêter aux acteurs une intention qui n’est pas démontrée, mais de vérifier si leurs actes préservent effectivement les échéances, les garanties constitutionnelles et la continuité du processus électoral.
Le calendrier électoral de 2028 est-il encore maîtrisable ?
À la question de savoir si l’irréparable s’est déjà produit, le rapport de la SYMOCEL précise qu’à ce stade, rien ne permet de conclure que le glissement électoral est devenu inévitable. En revanche, rien ne justifie non plus de considérer le calendrier comme sécurisé.
Selon l’organisation, la situation se caractérise par une fenêtre de rattrapage encore ouverte, mais qui se rétrécit à mesure que les opérations préparatoires prennent du retard. La question n’est donc plus seulement de savoir si les élections peuvent être organisées en 2028, mais aussi si les institutions sont disposées à prendre immédiatement les décisions nécessaires pour rendre cette échéance réalisable.
Pour la SYMOCEL, le risque d’une crise politique et institutionnelle ne doit pas être confondu avec la certitude d’un conflit armé généralisé. Le rapport estime qu’il serait excessif d’annoncer une guerre civile comme conséquence automatique d’un éventuel report. Il serait toutefois tout aussi imprudent de minimiser les tensions qu’un défaut de prévisibilité électorale, une contestation de la légitimité des institutions et une restriction des voies de participation pacifique pourraient aggraver.
La SYMOCEL estime ainsi que la prévention commande d’agir avant que les retards techniques et les divergences politiques ne se transforment en crise de confiance nationale. Selon le rapport, le véritable test sera celui des résultats observables : les décaissements effectifs au profit de la CENI, la reprise des opérations en retard, l’actualisation du calendrier électoral, la publication des obstacles et des mesures correctives, les garanties de participation dans les zones affectées par le conflit, ainsi que le respect des limites constitutionnelles.
Pour l’organisation, ces indicateurs permettront de distinguer une difficulté réelle, traitée de bonne foi, d’une temporisation qui se prolongerait sans réponse institutionnelle adéquate.
À deux ans du prochain cycle électoral prévu par la Constitution en 2028, et dans un contexte de guerre d’agression rwandaise menée par la rébellion de l’AFC/M23 devenue FRN, à la tête de laquelle se trouve l’ancien président de la République, Joseph Kabila, la question électorale et les réformes qui s’y rapportent semblent reléguées au second plan dans l’environnement sociopolitique congolais. Ce sont plutôt les appels au dialogue national et les initiatives diplomatiques qui sont mis en avant.
Parallèlement, la feuille de route 2025-2029 de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) peine à être mise en œuvre depuis sa publication, faute de moyens financiers suffisants de la part du gouvernement. Toutefois, dans le projet de loi de finances pour l’exercice 2027 déjà soumis à l’examen de l’Assemblée nationale, le gouvernement prévoit une enveloppe de 700 milliards de francs congolais pour financer les prochaines élections de 2028. Il reste à savoir si cet engagement se concrétisera, au regard des urgences sécuritaires et humanitaires auxquelles le pays est confronté.
À cette situation s’ajoute une certaine léthargie au niveau du Parlement, pourtant autorité budgétaire et organe appelé à jouer un rôle dans l’examen et l’adoption des réformes électorales en prévision des élections de 2028.
Clément MUAMBA