La République démocratique du Congo (RDC) fait toujours face à une grave crise humanitaire et sécuritaire qui affecte particulièrement le secteur de l’éducation. Dans l’Est du pays, la multiplication des violences et l’aggravation des conflits armés, notamment ceux liés à la rébellion de l’AFC/M23, devenue FRN et soutenue par le Rwanda, ainsi que les incursions des ADF et d’autres situations de catastrophe, continuent de perturber le fonctionnement du système éducatif. Cette situation prive de nombreux enfants d’un accès régulier à l’école et menace la poursuite de leur apprentissage. Face à cette insécurité persistante, les violences et les conflits constituent des entraves majeures à la scolarisation à la protection et à l’épanouissement éducatif des enfants et des jeunes.
C’est dans ce contexte que la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga a porté la voix de la République démocratique du Congo (RDC) ce jeudi 5 novembre 2026, à Genève en Suisse, lors de la conférence de haut niveau d’Education Cannot Wait (ECW) consacrée à la reconstitution des ressources financières. L’initiative « L’éducation ne peut attendre » (Education Cannot Wait – ECW) est le premier fonds mondial multilatéral des Nations Unies entièrement dédié à l’éducation dans les situations d’urgence et de crises prolongées
Intervenant lors du premier panel de la conférence, rapporte la cellule de communication du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga a d’emblée déclaré que la République démocratique du Congo tient à renforcer la résilience de son système éducatif face aux conflits armés, aux déplacements de populations et aux crises sanitaires. Devant des partenaires internationaux et des représentants de gouvernements, elle a présenté les priorités du gouvernement congolais afin de préserver le droit à l’éducation des enfants vivant dans les zones affectées par les crises et d’assurer la continuité de leur parcours scolaire, particulièrement dans l’Est du pays.
D'après Raïssa Malu Dinanga, cette orientation se conforme à la Stratégie de l’éducation et de la formation en situation d’urgence (SEFSU) 2025-2029 adoptée par le gouvernement et portée par le ministère à travers son Plan quinquennal 2024-2029. Ce cadre stratégique vise à garantir la continuité des apprentissages, à renforcer la résilience du système éducatif et à améliorer la protection ainsi que l’accompagnement psychosocial des apprenants vulnérables.
L’investissement global de la SEFSU, a-t-elle rappelé, prévoit 824,20 millions USD pour la période 2025-2029, dont 326,72 millions USD d’interventions programmées pour 2027-2029. Près de 249 millions USD de cette enveloppe concernent directement la continuité éducative, l’accès à l’éducation et la protection des enfants. Il est également question de consolider les interventions engagées en Ituri, au Nord-Kivu et au Tanganyika
« Nous avons besoin de financements pluriannuels pour assurer la continuité des interventions. Mais il est tout aussi important de disposer de financements que nous pouvons mobiliser très rapidement » a-t-elle déclaré lors de son intervention
Raïssa Malu a par ailleurs évoqué la nécessité de dépasser les réponses exclusivement scolaires pour prendre en compte les différentes vulnérabilités auxquelles les enfants sont confrontés en période de crise. Aussi le gouvernement travaille-t-il avec des partenaires, parmi lesquels ECW, à la mise en place d’espaces temporaires d’apprentissage, au fonctionnement d’écoles provisoires et au soutien des enseignants dans les zones affectées. Ces interventions doivent également s’accompagner de mesures relatives à la nutrition, à l’accès à l’eau, à la santé et à la prise en charge des traumatismes psychologiques
« Un enfant qui a faim ne peut pas étudier », a-t-elle rappelé, défendant une approche intégrée qui associe éducation, protection et bien-être, et qui rejoint les interventions soutenues par ECW en RDC, notamment à travers les programmes de résilience pluriannuels combinant espaces d’apprentissage sécurisés, nutrition scolaire, accompagnement psychosocial et formation des enseignants.
Raïssa Malu n’a pas manqué de mentionner le recours à l’enseignement à distance et la nécessité d’adapter rapidement les réponses éducatives à l’évolution des crises, notamment sanitaires, afin d’éviter que les situations d’urgence ne compromettent durablement les parcours scolaires
En outre, la ministre d’État Raïssa Malu a insisté sur l’importance d’investir dans l’éducation afin de préparer des générations capables de construire des sociétés plus stables et de rompre avec les cycles de conflits et de violence qui privent des millions d’enfants de leur droit à l’éducation. Elle a saisi cette occasion pour lancer un appel à la responsabilité collective, adressant un message interpellateur à l’ensemble de la communauté internationale
« Les crises, notamment les crises climatiques, nous pouvons les gérer. Mais les conflits, nous avons, vous et moi, nous tous, la possibilité de les faire arrêter. Nous devons maintenir les apprentissages, mais nous devons surtout nous assurer de faire arrêter les conflits, de faire arrêter les occupations illégales des territoires et de faire arrêter les exploitations illégales et violentes des ressources naturelles » a martelé la ministre d’État Raïssa Malu.
Réceptifs à cet appel lors de la conférence de Genève, rapporte la cellule de communication du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, des gouvernements, des partenaires internationaux, des bailleurs de fonds ainsi que des acteurs des secteurs public et privé se sont engagés à mobiliser immédiatement 541 600 000 USD, dans le cadre de la campagne « Hope Starts Here » (L’espoir commence ici), afin de permettre à 10 millions d’enfants touchés par les crises d’accéder à une éducation de qualité entre 2027 et 2030.
D’après le communiqué de cette organisation, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Norvège, le Canada, la Suisse, l’Irlande, l’Union européenne et le Japon figurent parmi les gouvernements dont l’engagement témoigne du leadership international constant et de la confiance accordée à la mission d’ECW. Leur soutien collectif envoie un message fort : même en ces temps difficiles, le monde ne peut se permettre de se détourner de l’éducation des enfants. Pour les organisateurs, la conférence a marqué un moment décisif au cours de l’année du dixième anniversaire d’ECW, renouvelant l’engagement pris lors de la création du Fonds en 2016 : faire en sorte que les enfants vivant des crises ne soient pas laissés pour compte
« Aujourd’hui, nos partenaires nous ont offert bien plus que des engagements financiers. Ils ont placé leur confiance en ECW et nous ont confié une immense responsabilité. Nous leur en sommes profondément reconnaissants. Mais la véritable mesure de notre succès aujourd’hui ne résidera pas dans le montant des fonds collectés, mais dans l’impact positif que nous aurons sur la vie des enfants. Notre action commence dès maintenant » a déclaré Maysa Jalbout, directrice d’Education Cannot Wait
De son côté, l’ambassadeur Dominik Stillhart, coprésident du Comité exécutif d’ECW, a rappelé que, depuis plus d’un siècle, Genève est le lieu où le monde se réunit pour relever ses défis les plus complexes et qu’une leçon s’impose : l’éducation ne peut être négligée en période de crise
« C’est pourquoi la Suisse a accueilli cette conférence et s’est engagée à verser 35 millions de francs suisses à l’initiative « L’éducation ne peut attendre » pour la période 2027-2030. Mais aucun pays ne peut y parvenir seul. Nous avons besoin que les gouvernements et nos partenaires s’impliquent davantage. Aujourd’hui, nos partenaires ont confirmé leur engagement » a fait savoir l’ambassadeur Dominik Stillhart, coprésident du Comité exécutif d’ECW.
Sigrid Kaag, présidente du Groupe de pilotage de haut niveau d’ECW, a affirmé que l’éducation est un droit humain fondamental, même en temps de conflit, de déplacement et de catastrophe
« Les engagements d’aujourd’hui témoignent avec force de la solidarité internationale et renouvellent la promesse faite il y a dix ans : que les enfants pris au piège des crises ne soient pas laissés pour compte. Il est désormais impératif que cette promesse se traduise en actes » a indiqué Sigrid Kaag, présidente du Groupe de pilotage de haut niveau d’ECW.
L’initiative « L’éducation ne peut attendre » (ECW) est le fonds mondial pour l’éducation en situation de crise. Elle fournit un financement rapide et flexible aux initiatives éducatives locales qui protègent l’apprentissage des enfants réfugiés, déplacés internes et autres enfants vulnérables, tout en renforçant les systèmes afin d’assurer la continuité de l’apprentissage et la résilience dans les contextes fragiles et touchés par les conflits. ECW collabore avec les gouvernements, les bailleurs de fonds publics et privés, les agences des Nations Unies, les organisations de la société civile et d’autres acteurs humanitaires et du développement afin qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte.
Créé en 2016 lors du Sommet humanitaire mondial, le secrétariat d’ECW est administrativement hébergé par l’UNICEF et possède un bureau stratégique majeur à Genève, en Suisse
Clément MUAMBA