La République démocratique du Congo (RDC) vient de franchir une nouvelle étape dans le déploiement de son mécanisme de Paiements pour services environnementaux (PSE). Le gouvernement congolais, l’Initiative pour les forêts de l’Afrique centrale (CAFI) et le Fonds mondial pour la nature (WWF) ont signé le document de projet du Programme d’appui aux bassins d’approvisionnement de Kinshasa (PROBAK), doté d’un financement de 15 millions de dollars américains. Cette enveloppe vise à promouvoir des pratiques agricoles durables et à réduire la pression exercée sur les forêts qui approvisionnent la capitale congolaise.
La signature est intervenue en marge de la clôture de la deuxième édition de la Semaine nationale du climat, organisée en RDC. Le nouveau financement constitue le deuxième volet d’un programme global de 30 millions USD, placé sous le leadership du ministère de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat (MEDDNEC) et financé par CAFI.

Un premier financement de 15 millions USD avait été engagé en mars 2026 avec le CFC/FERMI pour des interventions dans le Kwango et à Nioki. Cette deuxième phase confie au WWF-RDC la mise en œuvre des activités dans les provinces de l’Équateur et du Maï-Ndombe, deux territoires concernés par les enjeux d’approvisionnement alimentaire de Kinshasa et de préservation des écosystèmes forestiers.
Pour CAFI, cette initiative s’inscrit dans une nouvelle approche de financement climatique davantage axée sur les résultats mesurables et vérifiables sur le terrain.
« Dans cette nouvelle phase du partenariat entre CAFI et la RDC, nous voulons focaliser nos interventions autour des investissements basés sur la performance et la démonstration des résultats », a expliqué Jules Katubadi, expert au Fonds CAFI.
Il a notamment souligné que les paiements seront conditionnés à des résultats vérifiés, grâce à des outils de suivi géoréférencé et à un dispositif de vérification indépendante conforme à la norme ISO. L’objectif est de mesurer l’impact des investissements et de garantir que les ressources mobilisées contribuent effectivement à la préservation des forêts et à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales.
183 000 bénéficiaires attendus dans deux provinces
Sur le terrain, le PROBAK prévoit de couvrir plus de 150 000 hectares et de toucher directement près de 183 000 personnes. Les interventions porteront notamment sur la promotion de l’agriculture durable, l’agroforesterie, la restauration des savanes, le reboisement destiné à la production de bois-énergie et la conservation communautaire.
Le programme prévoit également d'accompagner la gestion durable d'environ 27 forêts des communautés locales (CFCL), avec pour objectif de concilier les besoins économiques des populations et la conservation des ressources forestières.
L’enjeu est notamment de répondre à la demande croissante de Kinshasa en produits alimentaires, sans accentuer la déforestation dans les zones rurales qui approvisionnent la capitale.
« La pression et les besoins de desservir Kinshasa en denrées alimentaires sont énormes. Nous voulons accompagner les populations avec des pratiques durables de manière, d'un côté, à fournir des denrées alimentaires et, de l'autre côté, à les rémunérer pour leurs efforts », a déclaré Laurent Nsenga, gestionnaire de projets au WWF-RDC.
L’une des particularités du mécanisme réside dans le mode de rémunération des bénéficiaires. Selon le responsable du WWF, les paiements seront effectués directement aux communautés et aux producteurs par Mobile Money, après vérification des résultats obtenus.
Un déploiement prévu de 2027 à 2031
Les activités de terrain sont programmées sur cinq ans, de 2027 à 2031. Dans la province de l’Équateur, le programme interviendra notamment à Lukolela, Bikoro et Ingende. Dans le Maï-Ndombe, les territoires ciblés sont le plateau de Kutu, Kwamouth, Yumbi, Mushie et Bolobo.
La mise en œuvre s'appuiera sur des organisations non gouvernementales locales implantées dans ces zones, afin de faciliter l'accompagnement des communautés et le suivi des engagements environnementaux.
Au-delà du PROBAK, cette initiative s'inscrit dans l'élargissement du portefeuille national des Paiements pour services environnementaux, qui couvre déjà 12 provinces de la RDC. Ce dispositif constitue l'un des instruments envisagés par le gouvernement pour associer les communautés locales et les peuples autochtones aux efforts de conservation, en leur apportant une rémunération pour les services rendus à l'environnement.
Le portefeuille comprend également un programme régional associant la RDC, la République du Congo et la République centrafricaine, représentant 115 millions USD d'investissements. Il prévoit par ailleurs 21 millions USD de soutien direct aux organisations nationales congolaises, dont 20 millions destinés à financer des projets portés par 11 ONG nationales au bénéfice des communautés locales et des peuples autochtones.
Sur le plan institutionnel, un projet de décret spécifique, découlant du nouveau Code forestier, est également annoncé pour inscrire durablement le mécanisme des PSE dans l'architecture juridique et institutionnelle du pays.
À travers ces financements, la RDC entend ainsi faire évoluer son approche de la conservation forestière, en passant d'une logique reposant principalement sur la protection des espaces naturels à un modèle qui associe davantage les incitations financières, les performances environnementales et les moyens de subsistance des populations riveraines.