L’opération Shujaa, une offensive militaire menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’Uganda People’s Defence Force contre les forces insurgées au Nord-Kivu et en Ituri, principalement des groupes affiliés à l’État islamique (EI) et aux ADF interroge de plus en plus sur son efficacité à ramener la paix dans l’Est de la RDC près de cinq ans après son lancement, en novembre 2021, sous la présidence de Félix Tshisekedi.
Comme le révélait le rapport du groupe d’experts des Nations unies du mois de juillet de l’année en cours, près de cinq ans après le lancement de l’opération Shujaa, l’ONU dressait un constat alarmant marqué par le manque d’effectifs, le recours aux Wazalendo, mais aussi la dispersion des ADF et l’extension de la menace contre les civils. Près de trois mois plus tard, une nouvelle enquête de The Sentry, dévoilée mardi 27 octobre 2026, révèle que cette opération militaire n’a fait que disperser le groupe vers des zones riches en or et en cacao plus profondément à l’intérieur des terres de l’est de la RDC.
« L’Ouganda maintient plusieurs milliers de soldats dans l’est de la RDC dans le cadre d’une opération conjointe avec la RDC, officiellement pour lutter contre les ADF. Cependant, l’enquête de The Sentry révèle que cette opération militaire n’a fait que disperser le groupe vers des zones riches en or et en cacao, plus profondément à l’intérieur des terres de l’est de la RDC. La menace persistante des ADF permet à l’Ouganda de maintenir sa présence et de protéger ses intérêts sécuritaires, économiques et politiques à long terme dans des zones stratégiques de la région », rapporte l’enquête de The Sentry.
Face aux pressions militaires et aux sanctions, l’enquête de cette organisation d’analyse politique, qui vise à démanteler les réseaux prédateurs multinationaux profitant des conflits violents, de la répression et de la kleptocratie, révèle que les ADF ont trouvé de nouveaux moyens de financer leurs opérations, notamment grâce au trafic d’or et d’autres ressources. Une occasion pour cette organisation d’interpeller la communauté internationale sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour couper les sources de financement du groupe.
« Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne et le Conseil de sécurité des Nations Unies doivent agir sans délai pour tarir les sources de financement du groupe. Il est donc impératif de s’attaquer aux financiers, aux négociants en or et aux intermédiaires. Les ADF s’adaptent rapidement. La réponse internationale doit être encore plus rapide », a déclaré Justyna Gudzowska, directrice générale de The Sentry.
Au-delà de l’agression rwandaise via la rébellion de l’AFC/M23, devenue le Front pour la refondation de la nation, à la tête duquel se trouve l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, la RDC reste secouée par les attaques terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, précisément dans les territoires de Beni, Lubero, Irumu et Mambasa. Ces islamistes, qui ont fait allégeance à l’État islamique (EI), tuent des civils depuis plus de dix ans, et la violence ne faiblit pas, en dépit des opérations conjointes des armées congolaise et ougandaise menées depuis mai 2021, mais aussi de l’état de siège proclamé dans ces deux provinces par le chef de l’État, Félix Tshisekedi.
Si les dirigeants se sont toujours montrés relativistes et optimistes face à ces deux mesures, à savoir les opérations militaires conjointes entre la RDC et l’Ouganda et l’état de siège, cinq ans après leur mise en place, estimant que des résultats palpables sont visibles tout en reconnaissant que des défis restent à relever, les élus du coin et certaines organisations de la société civile estiment que ces deux mesures n’ont pas donné les résultats escomptés et qu’elles ont, au contraire, contribué à aggraver la situation. À ce jour, l’activisme des ADF est également signalé dans la province du Haut-Uele, une province qui n’était pas touchée avant l’instauration de l’état de siège et le lancement des opérations conjointes
Rappelons-le, le général d’armée Muhoozi Kainerugaba, fils de Yoweri Kaguta Museveni et chef d’état-major général de l’armée ougandaise, et le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, chef d’état-major des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), ont signé, vendredi 20 juin 2025, à Kinshasa, le mémorandum d’entente révisé sur les opérations conjointes Shujaa contre les terroristes ADF-MTM.
Selon le compte rendu fait par le général-major et porte-parole des FARDC, Sylvain Ekenge, le nouveau mémorandum d’entente, réactualisé en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain, prévoit le renforcement des opérations contre les ADF et leur élargissement au territoire de Mambasa, en Ituri. Ces opérations conjointes seront également étendues aux groupes armés responsables de l’insécurité dans la province de l’Ituri, plus particulièrement dans les territoires de Djugu, d’Irumu, de Mahagi et d’Aru. Pour appuyer ces opérations, il a été décidé de maintenir l’équipe conjointe de renseignement. L’autre point inscrit dans le nouveau document concerne la sécurisation conjointe des travaux de réhabilitation de la route Kasindi-Beni-Butembo
Clément MUAMBA