Le prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a fermement dénoncé à la fois la décision l’administration de l’AFC-M23 de nommer de nouvelles autorités académiques à la tête des universités et instituts supérieurs des villes de Goma et Bukavu, ainsi que la décision surprenante de Kinshasa de suspendre jusqu’à nouvel ordre les activités académiques dans ces établissements d’enseignements supérieurs.
Dans sa déclaration rendue publique ce mercredi, le gynécologue de renommée internationale considère la fermeture des universités dans les zones sous occupation rebelle comme une annonce venue resserrer l’étau autour de plus de 12 millions de Congolais déjà asphyxiés par la fermeture des aéroports, banques, ainsi que par la restriction de l’aide humanitaire et des mouvements de la population.
Originaire de la province du Sud-Kivu, Denis Mukwege s’en prend sévèrement à Kinshasa et à l’AFC-M23, rappelant à chacune des parties ses écueils, avant de faire savoir que suspendre les activités académiques était une ligne rouge inacceptable.
«𝐕𝐨𝐮𝐬 𝐚𝐯𝐞𝐳 𝐝é𝐣à 𝐛𝐫𝐢𝐬é 𝐥'𝐚𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐣𝐞𝐮𝐧𝐞𝐬𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐜𝐡ô𝐦𝐚𝐠𝐞, 𝐥𝐞 𝐝é𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐬 𝐝𝐞𝐬𝐭𝐢𝐧é𝐬 à 𝐬𝐨𝐧 é𝐩𝐚𝐧𝐨𝐮𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭, 𝐥𝐞 𝐫𝐞𝐜𝐫𝐮𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐟𝐨𝐫𝐜é 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐝𝐞𝐬 𝐠𝐫𝐨𝐮𝐩𝐞𝐬 𝐚𝐫𝐦é𝐬, 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐮𝐞𝐫𝐢𝐞𝐬 𝐪𝐮𝐢 𝐞𝐧𝐝𝐞𝐮𝐢𝐥𝐥𝐞𝐧𝐭 𝐜𝐡𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐣𝐨𝐮𝐫 𝐧𝐨𝐬 𝐟𝐚𝐦𝐢𝐥𝐥𝐞𝐬. 𝐁𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐚𝐮𝐣𝐨𝐮𝐫𝐝'𝐡𝐮𝐢 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐞𝐬𝐩𝐨𝐢𝐫 𝐝𝐞 𝐫ê𝐯𝐞𝐫, 𝐝'𝐚𝐩𝐩𝐫𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞, 𝐝𝐞 𝐬𝐞 𝐟𝐨𝐫𝐦𝐞𝐫 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐫é𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐚𝐬𝐩𝐢𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐞𝐭 𝐬𝐞𝐫𝐯𝐢𝐫 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢é𝐭é, 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐥𝐢𝐠𝐧𝐞 𝐫𝐨𝐮𝐠𝐞 𝐢𝐧𝐚𝐜𝐜𝐞𝐩𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞 », écrit-il.
Tout en formulant un appel pressant en vue de la recherche d’une solution à cette nouvelle forme de bras de fer entre les deux parties déjà à couteaux tirés, l’ex candidat à la dernière présidentielle insinue des « coïncidences troublantes », qu’il estime favorables à ouvrir la voie à une « possible coordination » entre Kinshasa et Kigali « avec ses supplétifs de l’AFC-M23-Twiraneho, sur l’hypothèse d’un plan bien rodé pour se départager la RDC ».
Dans la foulée de sa déclaration, Denis Mukwege exige la fin d’instrumentalisation et d’ingérence dans la gestion des établissements scolaires et universitaires par les militaires, et insiste sur la reprise sécurisée des cours dans tout le pays, ainsi que dans les zones sous contrôle de la rébellion. Il s’insurge enfin contre « des calculs politiques ou des ambitions territoriales », qui risquent de peser sur l’avenir de la jeunesse de ce coin du pays.
Samyr LUKOMBO