Face à la persistance de l’insécurité dans plusieurs territoires de l’Est de la République démocratique du Congo, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations (ESURSI) a décidé de mettre en place des mesures particulières afin de permettre aux étudiants affectés par les conflits de poursuivre leur parcours académique.
À travers la note circulaire n°032/MINESURSI/CAB.MIN/SASM/MMK/2026, rendue publique mardi 25 août, le ministère entend faciliter l’accueil et l’admission des étudiants provenant des établissements situés dans les zones touchées par les conflits. Cette mesure vise à préserver le droit à l’éducation et à éviter que la situation sécuritaire ne compromette durablement les études universitaires.
Cette décision intervient après la suspension des activités académiques dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur et universitaire de Goma et de Bukavu, ainsi que dans certaines autres localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. La dégradation de la situation sécuritaire dans ces zones ne permettant plus aux institutions de fonctionner normalement, le gouvernement entend ainsi offrir une alternative aux étudiants contraints d’interrompre leur cursus et leur permettre de poursuivre leurs études dans des établissements situés dans des zones épargnées par les conflits.
" Face à cette situation exceptionnelle, l’ESURSI instruit les établissements situés dans les zones non affectées par les conflits à faciliter l’accueil et l’intégration académique des étudiants régulièrement inscrits dans les établissements touchés. Les étudiants concernés pourront être admis sur présentation des documents permettant d’établir leur situation académique ", renseigne le ministère de tutelle.
D'après le même document, une attention particulière est accordée aux étudiants inscrits dans les filières de Médecine. Selon la note circulaire, les établissements organisant ces formations sont appelés à prendre toutes les dispositions nécessaires pour permettre à ces étudiants de poursuivre leur cursus, de participer aux opérations de jury lorsqu’ils sont finalistes et d’achever régulièrement leurs études dans le respect des exigences académiques et réglementaires en vigueur.
La note circulaire recommande également la mise en place de mécanismes administratifs adaptés pour vérifier les parcours académiques des étudiants concernés tout en tenant compte des circonstances exceptionnelles liées au conflit. Le Ministère insiste sur le fait que ces contraintes ne doivent en aucun cas constituer un obstacle à la poursuite ou à l’achèvement des études.
" À travers cette initiative, l’ESURSI réaffirme son engagement à protéger les acquis académiques des étudiants et à garantir l’accès à l’enseignement supérieur sur l’ensemble du territoire national, même dans un contexte marqué par des défis sécuritaires majeurs. Les autorités académiques sont invitées à assurer une large diffusion de cette mesure et à veiller à son application rigoureuse dans l’intérêt supérieur des étudiants concernés ", ajoute le ministère de tutelle.
Pour rappel, out a commencé par la réaction du gouvernement de la République démocratique du Congo, qui s’est une nouvelle fois opposé aux décisions de l’AFC/M23 concernant la désignation des membres des comités de gestion de dix établissements publics d’enseignement supérieur et universitaire à Goma, au Nord-Kivu, et à Bukavu, au Sud-Kivu.
Dans un communiqué publié lundi 10 août, le ministère de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et de l’Innovation indique avoir été informé des nominations opérées par l’AFC/M23 le 7 août dernier. Ces décisions concernent plusieurs institutions publiques d’enseignement supérieur implantées dans les deux provinces contrôlées par le mouvement rebelle.
L’AFC/M23 avait officialisé ces nominations à travers une décision portant la référence COORDO/AFC-M23/FRK/SB/2026. Celle-ci prévoit la désignation de nouveaux membres au sein des comités de gestion des établissements d’enseignement supérieur, universitaire, de recherche scientifique et d’innovation du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le mouvement politico-militaire, soutenu par le Rwanda, avait justifié cette initiative par la volonté de remplacer certains responsables et de pourvoir les postes restés vacants dans plusieurs institutions. Selon l’AFC/M23, ces changements visent à assurer la continuité du fonctionnement des établissements situés dans les zones qu’il présente comme des « territoires libérés ».
Cette nouvelle controverse intervient dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions entre Kinshasa et l’AFC/M23, alors que les deux parties ont récemment poursuivi leurs échanges en Suisse dans le cadre du processus de Doha. Elle met une nouvelle fois en évidence les profondes divergences qui persistent entre les protagonistes sur l’administration et la gestion des territoires contrôlés par la rébellion.
Plus d’un an après la prise de Goma, de Bukavu et d’autres zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par l’AFC/M23, avec le soutien du Rwanda selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, l’installation d’autorités parallèles dans des secteurs relevant normalement de la compétence de l’État congolais renforce les interrogations sur l’avenir de l’intégrité territoriale du pays.
Pour certains observateurs, cette situation fait ressurgir le spectre d’une fragmentation progressive de la RDC, souvent décrite comme une possible « balkanisation » qui ne dit pas encore son nom. Une telle perspective pourrait toutefois être évitée si la classe sociopolitique congolaise prenait conscience de l’urgence de la situation, se ressaisissait et privilégiait l’intérêt supérieur de la nation afin de contribuer à mettre un terme à cette crise.
Clément MUAMBA